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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 11:07

Personnellement horrifié par le désastre de la guerre de 14-18, Freud reste lucide.  Il ne sera pas facile de trouver des exutoires à l'agressivité naturelle des hommes, agressivité que la civilisation  tente légitimement de réduire et de contenir. Avec un succès très relatif:

 "L' homme n'est pas un être doux, en besoin d'amour, qui serait tout au plus en mesure de se défendre quand il est attaqué, mais qu'au contraire il compte aussi à juste titre parmi ses aptitudes pulsionnelles une très forte part de penchant à l'agression. En conséquence de quoi, le prochain n'est pas seulement pour lui un aide et un objet sexuel possibles, mais aussi une tentation, celle de satisfaire sur lui son agression, d'exploiter sans dédommagement sa force de travail, de l'utiliser sexuellement sans son consentement, de s'approprier ce qu'il possède, de l'humilier, de lui causer des douleurs, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus' ; qui donc, d'après toutes les expériences de la vie et de l'histoire, a le courage de contester cette maxime? Cette cruelle agression attend en règle générale une provocation ou se met au service d'une autre visée dont le but pourrait être atteint aussi par des moyens plus doux. Dans des circonstances qui lui sont favorables, lorsque sont absentes les contre-forces animiques qui d'ordinaire l'inhibent, elle se manifeste d'ailleurs spontanément, dévoilant dans l'homme la bête sauvage, à qui est étrangère l'idée de ménager sa propre espèce. Quiconque se remémore les atrocités de la migration des peuples, des invasions des Huns, de ceux qu'on appelait Mongols sous Gengis Khan et Tamerlan, de la conquête de Jérusalem par les pieux croisés, et même encore les horreurs de la dernière Guerre Mondiale, ne pourra que s'incliner humblement devant la confirmation de cette conception par les faits".

Sigmund Freud, Le Malaise dans la culture (1930),

trad. P Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Éd. PUF,

 

coll. Quadrige, 3` éd. corrigée, 1998, pp. 53-54.

1. « Lhomme est un loup pour l'homme. » Formule de Plaute (Asinaria), reprise notamment par Hobbes.

2. Il s'agit ici de la Première Guerre mondiale.

 

 

"Après de longues hésitations, de longues tergiversations, nous avons résolu de n'admettre l'existence que de deux pulsions fondamentales: l'Éros et la pulsion de destruction (les pulsions, opposées l'une à l'autre, de conservation de soi et de conservation de l'espèce, ainsi que l'autre opposition entre amour du moi et amour d'objet, entrent encore dans le cadre de l'Éros). Le but de l'Éros est d'établir de toujours plus grandes unités, donc de conserver: c'est la liaison. Le but de l'autre pulsion, au contraire, est de briser les rapports, donc de détruire les choses. Il nous est permis de penser de la pulsion de destruction que son but final est de ramener ce qui vit à l'état inorganique et c'est pourquoi nous l'appelons aussi pulsion de mort. Si nous admettons que l'être vivant n'est apparu qu'après la matière inanimée et qu'il en est issu, nous devons en conclure que la pulsion de mort se conforme à la formule donnée plus haut et suivant laquelle une pulsion tend à restaurer un état antérieur. [...] Aussi longtemps que cette pulsion agit intérieurement en tant que pulsion de mort, elle reste muette, et elle ne se manifeste à nous qu'au moment où, en tant que pulsion de destruction, elle se tourne vers l'extérieur. Cette division semble indispensable à la conservation de l'individu; elle est accomplie grâce au système musculaire. À l'époque où s'instaure le sur-moi, des charges considérables de la pulsion d'agression se fixent à l'intérieur du moi et y agissent sur le mode auto-destructeur. C'est là l'un des dangers qui menacent la salubrité du psychisme et auxquels l'homme s'expose quand il s'engage dans la voie de la civilisation".

Sigmund Freud, Abrégé de psychanalyse (1938), trad. A. Bernan, Éd. PUF, 12r éd., 1995, pp. 8-9.

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

alex 23/04/2009 07:43

Bonjour, j'ai découvert votre blog il n'y a pas trés longtemps mais je ne le regrette pas vu la qualité des choix des commentairesPour cet écrit de Freud c'est un peu ce qui ressort aussi a travers certains films de cinéma comme j'ai essayé de le dire dans mes commentaires sur mon blogBonne continuationalex

Stan 21/04/2009 20:50

Doit-on opposer à cette opinion qu'a Freud de l'origine de la guerre celle qu'a Rousseau: l'orgueil, la volonté de pouvoir est à l'origine des conflits? ou bien on peut considérer ces thèses comme complémentaires? Ou bien pour Freud l'agréssivité a-t-elle un but? (le pouvoir, la reconnaissance d'Hegel)