Partager l'article ! La guerre sans haine (texte de Anders): La guerre est aujourd’hui devenue un travail. Il n’y a plus de champ de bataille .Les adver ...
La guerre est aujourd’hui devenue un travail. Il n’y a plus de champ de bataille .Les adversaires ne connaissent plus les adversaires. La haine est devenue superflue.
Et c’est cela précisément qui est le plus effroyable :
« Un simple déclic. Les activités demain décisives se dérouleront comme un simple déclenchement d’effets qui se dérouleront ensuite, éloignés des déclencheurs à des distances planétaires […]
… en vérité, haïr n'est plus réellement nécessaire. Et ce, parce que combattre aujourd'hui (même dans le meilleur des cas), aboutit à travailler.
Les aviateurs des bombardiers survolant le Vietnam ont naturellement exécuté leurs commandes (hypocritement baptisées « missions »), éradiqué cités, villages, forêts, champs, bêtes et hommes, avec tout aussi peu d'émotion que les ouvriers ou les employés exécutent les leurs dans les usines et les bureaux. Ce qui vaut pour ces derniers : qu'ils ne savent guère ni ne voient guère les résultats des « actions » - produits ou événements - dont ils sont chargés et
n'ont besoin pour les exécuter d'aucune sorte d'émotion, ni amour de prédilection ni haine, cela donc vaut également pour les soldats.
Au sens strict, ceux-ci ne devraient même plus être qualifiés de « soldats » ; ce, d'autant moins qu'ils ne visent pas non plus - élémentairement - à vaincre les soldats adverses. Au contraire, ils se limitent plutôt, tels d'autres civils, à obtenir par le travail, c'est-à-dire à l'aide d'instruments, certains effets, lesquels ne sont par eux ni projetés, ni imaginés, ni perçus post festum (1, ni à plus forte raison regrettés ; et qui ne leur sont jamais non plus reprochés. S'ajoute à cela que les effets en question se situent pareillement au-delà (de la différence) du civil et du militaire. Bombes ou fusées n'ont pas d'yeux capables d'opérer la distinction entre les uniformes et les autres vêtements, l'égalité d'aujourd'hui réside en ceci que les civils ont tous le même droit de se faire assassiner que les militaires […]
La fin de la haine pourrait bien signaler la fin de l’humanité, parce que maintenant, ce ne sont plus nous les hommes qui combattons les hommes »
Günther Anders La haine (pp 90-96), 1985, Rivages Poche
1) Après le festin.
Je pense que, pour affirmer que les aviateurs (ce sont sans doute les personnes les plus "reculées" du terrain après le commandement et les artilleurs) n'ont aucun sentiment, ne ressentent aucune émotion lorsqu'ils font feu, ce M. Anders n'a jamais connu de près ou de loin un aviateur qui a vécu le front.
Anders parle ici des gens qui balancent des bombes. Il a eu un long dialogue avec celui qui a lancé la bombe sur Hiroshima, qui dit qu'il n'avait pas la moindre haine.
Le propos de Anders n'est absolument pas d'accuser les soladts de quoi que ce soit.
Ce qu'il dénonde c'est une évolution qui est telle que - à la limite- qu l'on peut faire la guerre sans envoyer de soldats se battre. Exemples; quand on bombarde Bagdad ou Gaza.
Bon, cela dit, avec le recul , nous savons que finalement il y a des soldats qui vont au front ( Afghanistan).
Mais la tendance aujourd'hui, c'est bien de faire la guerre en appuyant sur des boutons et donc sans connaître du tout son adversaire, qui n'en est pas un d'ailleurs puisque la guerre tue toujours davantage de civils.
C'est cela que dit Anders, et à mes yeux il a raison. Sur le fond il a raison, même s'il exagère.
Dans l'idéal (!) les Etats-Unis domineront le monde grâce à leur technologie, tout en épargnant leurs soldats. Le pb c'est qu'avec la prolifération nucléaire, la terre aura sans doute explosé avant cela.
Faut-il donc croire que les alliés irakiens (plan Patreus) des Américains n'ont aucune haine ? Bien au contraire. Les chiites s'allient aux USA car ils aborrent les sunnites, et les sunnites aux Iranniens car ils haissent les kurdes, etc ... (là j'inverse sans aucun doute des groupes, mais j'ai toujours du mal à savoir qui est qui en Irak).
La prolifération nucléaire est certes un problème, mais nettement plus "réduit": qui, à l'heure actuelle, croit encore que quiconque veut vraiment lancer une bombe nucléaire ? L'Iran ? La Corée du Nord ? Ces pays "rebelles" savent pertinnement ce qui leur arrivera en cas de tir nucléaire.
De plus, je suis très surpris que le "lanceur" d'Hiroshima n'était aucunement haineux: a-t-il agi par seule compassion envers les victimes de son camp? Les combats dans le Pacifique ont été extrêment durs, et j'ai beaucoup de mal à croire que les Américains étaient seulement indifférents vis-à-vis des Japonais, qui leur en ont bien fait baver ! Enfin, ce cas est sans doute isolé selon moi.
Il redoute une évolution générale de l'humanité qui est dépossédée de sa liberté, du fait de l'évolution inéluctable de la technique.
Lisez ceci :http://www.google.fr/search?hl=fr&q=Essai+sur+la+dimension+technique+du+monde+contemporain+gubther+Anders&btnG=Rechercher&meta=
Jai mis le lien sur mon post "Qui est Gunther Anders"
la correspondance entre Claude Eatherly (commandant de bord qui a accompagné le bombardier de Hiroshima) existe mais n'est pas disponible . Cela s'appelle : Avoir détruit Hiroshima http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/eatherly-claude-et-anders-gunther/avoir-detruit-hiroshima-off-limits-fur-das-gewissen-correspondance-de-claude-eat,18448351.aspx
Ce qu'explique Anders dans son essai sur le Haine c'est que la haine est fabriquée artificiellement par les chefs d'Etat, car, aujourd'hui, les gens qui se combattent ne s'affontent pas, ne se connaissent pas ...donc ne peuvent se haïr
C'est facile à comprendre, non?
C'est cette thèse précisément que je défends dans mon livre (Cours particulier de philosophie) "Un monde sans affrontement est-il souhaitable"?
Mon idée c'est que aujourd'hui la plus extrême violence est celle qui se produit sans aucun affrontement. C'est la violence des lavages de cerveau bien sûr pour commencer...Mais ensuite les très grands crimes de masse du XX siècle ont eu lieu sans affrontement mais avec méthode et préméditation : l'holocauste et le Goulag, le génocide des cambodgiens et bien sûr Hiroshima.
Le cas le plus clair à cet égard est celui d'Eichmann qui en haïssait pas les juifs, qui n'avait rien contre les juifs.
Une des clés pour comprendre notre monde, c'est le conformisme, l'indifférence,l'absence de pensée, la complicité passive.
Voir à ce sujet l'expérience de Milgram, et aussi le livre de Decoin : "Est-ce ainsi que les femmes vivent?" sur le "syndrome de Kitty Genovese"
Je crois que ces analyses de Arendt, Anders, JL. Marion (sur la technique) sont beaucoup plus utiles pour comprendre le monde qui vient que les explications par la haine -car la haine n'est pas vraiment une explication. Car il faut ensuite expliquer la haine.
Non ?
D'ailleurs on revient petit à petit aux mercenaires de nos jours, ceux ci étant "hors loi" et posant de gros soucis juridiques...
la guerre avec mercenaires, ce n'est pas du tout ce que Anders a en tête.
La guerre atomique n'est vraiment pas un business...