Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /2009 14:08

 La guerre est aujourd’hui devenue un travail. Il n’y a plus de champ de bataille .Les adversaires ne connaissent plus les adversaires. La haine est devenue superflue.

 Et c’est cela précisément qui est le plus effroyable :

 

« Un simple déclic. Les activités demain décisives se dérouleront comme un simple déclenchement d’effets qui se dérouleront ensuite, éloignés des déclencheurs à des distances planétaires […]

… en vérité, haïr n'est plus réellement nécessaire. Et ce, parce que combattre aujourd'hui (même dans le meilleur des cas), aboutit à travailler.

Les aviateurs des bombardiers survolant le Vietnam ont naturellement exécuté leurs commandes (hypocritement baptisées « missions »), éradiqué cités, villages, forêts, champs, bêtes et hommes, avec tout aussi peu d'émotion que les ouvriers ou les employés exécutent les leurs dans les usines et les bureaux. Ce qui vaut pour ces derniers : qu'ils ne savent guère ni ne voient guère les résultats des « actions » - produits ou événements - dont ils sont chargés et

n'ont besoin pour les exécuter d'aucune sorte d'émotion, ni amour de prédilection ni haine, cela donc vaut également pour les soldats.

Au sens strict, ceux-ci ne devraient même plus être qualifiés de « soldats » ; ce, d'autant moins qu'ils ne visent pas non plus - élémentairement - à vaincre les soldats adverses. Au contraire, ils se limitent plutôt, tels d'autres civils, à obtenir par le travail, c'est-à-dire à l'aide d'instruments, certains effets, lesquels ne sont par eux ni projetés, ni imaginés, ni perçus post festum (1, ni à plus forte raison regrettés ; et qui ne leur sont jamais non plus reprochés. S'ajoute à cela que les effets en question se situent pareillement au-delà (de la différence) du civil et du militaire. Bombes ou fusées n'ont pas d'yeux capables d'opérer la distinction entre les uniformes et les autres vêtements, l'égalité d'aujourd'hui réside en ceci que les civils ont tous le même droit de se faire assassiner que les militaires […]

 La fin de la haine pourrait bien signaler la fin de l’humanité, parce que maintenant, ce ne sont plus nous les hommes qui combattons les hommes »

 Günther Anders La haine (pp 90-96), 1985,  Rivages Poche

 

1) Après le festin.

Par laurence hansen-love - Publié dans : Préparation IEP (sciences-po) - Communauté : Culture générale, philosophie
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