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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 21:02

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie classes préparatoires
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commentaires

Louisiane 09/03/2010 11:38


Bonjour !

J'ai lu la dernière copie, "faut-il critiquer la démocratie ?", et oh ! chose étonnante... serait-ce un plan en 2 parties ? Où est passée la fameuse synthèse philosophique ?

2è question : quelle note sur 20 auriez-vous donné à chacune de ces copies ? De telles copies satisfont-elles totalement les attentes des correcteurs des IEP et permettent-elles donc de réussir le
concours ?


Je vous remercie d'avance de répondre à mes questions pointilleuses ^^
Louisiane


laurence hansen-love 09/03/2010 14:56



Je viens de retoucher et de compléter en ajoutant les titres des TROIS parties.

J'aurai mis 15, je pense. Mais il est exact que la troisième partie n'est pas une synthèse. Cette copie n'est donc pas une copie par thèse, antithèse, synthèse. Le raisonnement est un peu
sinueux.

Oui, c'est une excellente copie, claire et informée!


Copie :


Faut-il critiquer la démocratie ?


Par Manon Allard HK2, avril 2007


 


  La démocratie est un type de régime qui est pour nous, aujourd’hui,
synonyme de république, ou d’Etat de droit, et où le peuple se gouverne lui-même en vue de l’intérêt général. La constitution de ce type d’Etat confère des droits inaliénables aux citoyens,
droits tels que la liberté d’expression. Il est donc possible, dans une démocratie, d’exprimer une critique quelle qu’elle soit, et donc de porter un jugement critique  sur le régime lui-même. Si cela est possible, est-ce pour autant une nécessité vitale pour la démocratie ? Nous verrons que la discussion et le débat sont
au cœur du fonctionnement de la démocratie ; et qu’il est nécessaire - on doit le faire - de porter un jugement critique sur la démocratie et ses dangers pour éviter que le régime ne soit
dévoyé.


  


 


I La critique est inhérente à la démocratie


 Le débat public est au cœur du fonctionnement de la démocratie. L’une des
caractéristiques de l’Etat de droit est de comporter des séparations, qui limitent le pouvoir de l’intérieur. L’Etat est d’ailleurs conçu comme une entité supérieure à la société. Pour Hobbes,
c’est le souverain, auquel les hommes délèguent leur pouvoir et leur volonté, au travers d’un contrat (« covenant »). Son pouvoir est alors absolu sur les sociétaires, mais il les
protège les uns des autres. Pour Rousseau, on ne peut déléguer sa volonté à un tiers, elle « est sienne ou elle est autre », c’est tout. Le « contrat social » est pour lui ce
qui fait du peuple un corps politique souverain, et la loi, ou la constitution, est l’émanation de la volonté générale. Il y a donc, avec ces deux philosophes contractualistes, l’idée d’une
première division (entre corps politique-sociétaire et peuple) destinée à rétablir l’égalité naturelle (pour Rousseau) et à protéger les intérêts des sociétaires (Hobbes). Pierre Manent évoque
ces séparations dans son Cours familier  de philosophie : il montre que pour Montesquieu, la
séparation du pouvoir du souverain en trois (les pouvoirs exécutif, législatifs, et judiciaire –même si ce dernier doit être presque invisible) permet d’éviter les abus ; un équilibre
s’instaure entre eux par un jeu partisan. Cet équilibre est maintenu par l’existence d’autres séparations comme celle de l’Etat et de la société civile, de l’opposition et de la majorité ou de
l’Eglise et de l’Etat. Ces séparations sont donc la garantie d’un Etat de droit, mais elles impliquent aussi que l’équilibre soit maintenu par la discussion, le débat  entre les différents partis ; débat qui porte sur l’intérêt général : ainsi la création d’un espace de débat publique est nécessaire au fonctionnement
de la démocratie.


  Une des autres caractéristiques de l’Etat de droit est l’égalité. C’est
l’une des valeurs que Tocqueville évoque dans De la démocratie en Amérique, avec la souveraineté de la nation et l’opinion publique. De ces valeurs
découlent celle de la liberté, et, de fait, l’autonomie et l’individualisme. Ces valeurs sont en contradiction avec celle de l’autorité, qui est la capacité de se faire obéir sans user de la
force, en vertu d’un rapport inégalitaire. Pierre Manent met justement en évidence le fait que l’Etat de droit s’est construit contre le droit : les autorités traditionnelles (loi familiale,
religieuse…) sont ainsi disqualifiées par la mentalité démocratique. Se pose ainsi la question du fondement, de la légitimité du pouvoir démocratique : ce questionnement doit, pour les
« antitotalitaires », être constant, puisqu’il n’y a plus de dogmes intangibles dans l’Etat moderne. Aujourd’hui, les deux seuls valeurs aussi recevables sont, pour Pierre Manent, la
liberté et la science ; la science, qui donne à voir à l’esprit le monde en son entier, sans mystère, et qui expose ce qui est, non ce qui devrait être, fournit de ce fait les cadres
incontestables (qui conteste une vérité mathématique ?) de l’espace publique. Dans le même temps, celui-ci se vide : on n’y recherche plus la vie, la vie est hors de lui. Mais il sera
le lieu de la liberté : l’espace public, dont la science fournit le cadre  est le lieu où ce questionnement sur la légitimité du pouvoir peut
avoir lieu, en toute liberté.


 


II Cette auto-critique permanente tend à  immuniser la démocratie vis-à-vis de ses propres dérives


 


 L’espace public fournit un cadre pour le débat public. C’est le lieu où
s’exerce la liberté et où les choix politiques, à travers la discussion, sont possibles. Rien en démocratie, ne peut être soustrait à ce débat public, selon Claude Lefort. De la disqualification
des autorités traditionnelles résulte le consentement tacite à la légitimité des diverses opinions et croyances, et au conflit. Le conflit et la critique sont ainsi inséparables de la démocratie.
De plus, l’autorité est ailleurs que dans la tradition : on la trouve dans la raison. Ainsi les craintes d’abus par rapport à un régime participatif se trouvent effacées. Le gouvernement
n’est que le dépositaire du pouvoir, il ne fait plus autorité par lui-même. Il est exécutant et applique la loi aux cas particuliers. Il doit se justifier de chacune de ses décisions auprès du
peuple : celles-ci sont légitimes si elles sont rationnelles et justes. Ce changement de la source de la légitimité du pouvoir montre donc que la discussion s’impose en démocratie ; et
que le peuple est en droit de critiquer ses représentants. Faute de quoi, la situation serait bloquée : par la critique on cherche à voir ce que la situation est et ce qu’elle pourrait être,
pour prendre des décisions et faire des choix en ce qui concerne l’intérêt général. La discussion, qui implique la critique,est donc nécessaire à la bonne marche de la démocratie ; ou
plutôt : elle en est inséparable. Cependant, ceci concerne la discussion à l’intérieur de la démocratie ; il est aussi nécessaire de critiquer la démocratie dans son ensemble (ce qui
n’exclut pas de le faire au sein de l’espace public).


 


III Toutefois la démocratie  n’est
jamais à l’abri de sa dénaturation et de son dévoiement (le risque du totalitarisme)


   La démocratie est un type de régime dont les valeurs en elles-mêmes
comportent le risque de dévoyer le régime. Aristote, dans sa classification des types d’Etats (dans Les Politiques) , montre cela  en distinguant la démocratie du régime constitutionnel, lequel est le gouvernement
du peuple, par et pour le peuple, tandis que la démocratie (prise dans un sens opposé à celui que nous utilisons) est le gouvernement du peuple par le peuple, mais pour ses intérêts
particuliers : c’est donc une forme de despotisme. Tocqueville lui aussi percevra ce danger : l’égalité, et donc la liberté et l’autonomie qu’implique la démocratie brisent la
chaîne de la société aristocratique et peuvent mener à un nouveau despotisme. En effet, dans la société féodale, chacun est
hiérarchiquement lié aux autres, et en dépend pour ses affaires. La démocratie sépare les anneaux de la chaîne, et les met côte à côte, égaux et semblables. Les hommes tendent ainsi à ne vivre
que pour eux, repliés sur soi, seuls responsables de leur bonheur. Ils se côtoient, et pourtant ne se touchent ni ne se parlent. « Il n’y a plus de patrie ». Cet individualisme forcené
pousse à se désintéresser de la chose politique ; or, pour Kant, un Etat de droit, outre la constitution, doit impliquer l’égalité devant la loi, et en liberté, une éducation civique et la
vertu de ses citoyens, et surtout, une volonté commune pour les intérêts généraux et la participation à la vie politique. Les individus remettent ainsi en cause la démocratie, ne recherchant plus
l’intérêt général mais seulement leurs intérêts propres.


 De plus Tocqueville met en évidence le fait que les individus exigent tout
de l’Etat : leur bonheur même en dépend presque. Or, pour cela, il faut lui conférer de plus en plus de pouvoir : il doit intervenir dans la société civile, les affaires privées. Ce
pouvoir plus fot, accompagné du désinvestissement à l’égard de la politique, est très malsain. L’Etat a intérêt à maintenir les individus dans un état d’enfance et à les dispenser de penser.
Comme le dit Baudelaire pour le haschich : l’Etat qui voudrait anéantir son peuple agirait ainsi ; la drogue du peuple devenant sa quête du bonheur particulier, alors que l’Etat
confisquerait le pouvoir. Ainsi, si l’individualisme démocratique peut conduire au despotisme, l’Etat-providence, intervenant dans le société civile, peut s’apparenter à une forme de
totalitarisme.


 L’un des dangers qu’implique la démocratie est par ailleurs le fait que
les citoyens peuvent mettre au pouvoir un homme qui mènera au totalitarisme, et ce, de manière démocratique, comme on l’a vu pour les fascismes au XX ième siècle. D’autant plus que les
vicissitudes politiques qui sont la conséquence du débat démocratique peuvent parfois lasser les citoyens qui espèrent alors l’homme providentiel. L’espace de liberté qu’implique la démocratie
peut ainsi parfois se retourner contre lui-même. Car le totalitarisme est l’inverse de la démocratie : les séparations (peuple/société civile notamment) sont abolies : l’Etat c’est le
peuple, et le peuple c’est moi » disait Mussolini. Les institutions deviennent fantoches  puisque seule la volonté du dirigeant fait loi. C’est
le mythe de l’unité ; le dirigeant  incarne le peuple, au lieu de le représenter, et celui-ci est rendu incapable de penser. Son
bonheur-  ou son malheur- dépend de son lien avec le pouvoir. Il n’y a plus de débat public : les cadres scientifiques de celui-ci ne sont plus
les cadres de l’espace public : ils l’emplissent. Le dirigeant se fonde sur une connaissance universelle, sur la science, pour justifier son action, ce qui exclut tout débat (Hitler
s’appuyait ainsi sur des théories « prouvant » l’inégalité des races).


 Conclusion


  Ainsi, si les citoyens  ne
préservent pas le débat public, cet espace de liberté court le risque de disparaître. C’est pourquoi il est constitutif de la démocratie. Il est le lieu où l’on peut critiquer celle-ci pour
qu’elle ne devienne pas, à cause des valeurs mêmes qu’elle véhicule et qui la constituent, un despotisme ou une forme de totalitarisme.



Louisiane 05/03/2010 13:13


Bonjour !


J'aurais une question concernant ces (très) bonnes copies de philo : on remarque, en particulier dans les deux premières copies, une expression très recherchée, assortie d'un vocabulaire très riche
et très pointu, et beaucoup de citations d'auteurs. On observe, en revanche, dans la troisième copie ("L'ordre politique exclut-il la violence ?"), une écriture plus "simple", sans doute moins
académique mais qui a le mérite de pouvoir être comprise par un large public, tout en étant soignée et riche.
Mon style d'écriture correspond plutôt au second que je viens de décrire, les correcteurs des examens d'entrée en IEP s'en satisferont-ils ? Ou bien cherchent-ils réellement une expression très
académique ?

Si vous trouvez le temps de répondre à ma question, je vous remercie d'avance.

Mes salutations distinguées,
Louisiane


laurence hansen-love 05/03/2010 19:22


Ne vous inquiétez pas! On ne vous demande pas du tout un style sophistiqué ni érudit! En aucun cas!
 Vous devez seulement avoir un plan  simple, des idées claires et un style .. limpide.
 Regardez par exemple les introductions de mes corrigés: style qui se veut direct, et simple.Pas de citations. 
 Rien de littéraire ni de tarabiscoté. Du moins j'espère.