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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 10:23
Les hommes ont inventé l'Etat pour ne ps obéir aux hommes ni se soumettre aux seules lois du marché

C'est ce qu'explique ce matin Amartya Sen dans Libération. Je n'ai aps trouvé le lien, je vous en fournis donc un extrait:
"Sans Etat , on bascule dans la déraison"

"C'est parce que l'Etat s'est effacé que la crise économique actuelle a pu prospérer sur la cupidité et le manque de vigilance d'institutions publiques de contrôle et de surveillance?

Oui. Jusqu'ici, le capitalisme s'est toujours appuyé sur ce que certains idéologues ont dénoncé: un Etat qui a développé l'éducation, instauré des transports de masse, permis l'explosion de l'espérance de vie. Cette crise est celle d'une rupture d'équilibre entre le marché et l'Etat. Sans Etat pour corriger les excès des marchés, on bascule dans la déraison. La cupidité a toujours été là, ce n'est pas elle qui a provoqué la crise. C'est la faillite du contrôle d'un Etat taillé en brèche par le néolibéralisme hérité des années Reagan et Bush. Et pensé comme le seul moteur du développement des nations.

 Les économistes et les médias ont, pour la plupart, toujours cherché à minimiser la crise et accepté cette omnidérégulation...

Pas tous. Ceux qui l'ont anticipée sont ceux que le grand public ne connaît pas. Beaucoup d'économistes ont surévalué la capacité de l'économie de marché à s'autoréguler. Ils ont mordu, comme les politiques et les médias, aux mythes d'une croyance exorbitante placée dans les agents (banques, courtiers, assureurs, etc) faiseurs de miracles. Ils ont cru au consensus qui postulait qu'on pouvait déréguler, privatiser, libéraliser tout et n'importe quoi, sans aucune perte. Les critiques, les suspicieux, n'étaient pas écoutés. Et on ne voulait pas les entendre. Difficile de trouver des tribunes dans les journaux. Ils étaient perçus comme des cassandres qui écoutaient des 78 tours à l'heure du déferlement de la musique numérique... On a payé ce manque d'ouverture, cette absence de débat contradictoire, ce poids de la pensée unique.

Il  est étrange de vous voir souvent citer Adam Smith, théoricien de la main invisible du marché, à l'heure où l'on réhabilite plutôt la pensée de Marx ou de Keynes?

 Il y a deux cent cinquante ans pile, en 1759, dans la Théorie des sentiments moraux, puis dans la Richesse des nations, en 1776, Adam Smith a toujours dénoncé les spéculateurs qui déstabilisaient l'économie. Il a milité pour que des actions basées sur des valeurs soient toujours plus fortes que la seule recherche du profit rapide. Il disait que «l'humanité, la justice, la générosité et l'esprit public sont des qualités plus utiles que les autres». Et surtout, il n'a jamais utilisé le mot «capitalisme»: pour lui, le marché était important s'il se cantonnait dans sa sphère naturelle. Il a défendu le commerce parce qu'il pensait, à juste titre, que le limiter ne ferait qu'accentuer les échanges et exacerber la famine. Il disait que même si des innovations venaient de l'initiative privée, elles pouvaient aussi être douteuses. Je ne suis pas sûr que l'homme tire toujours les leçons de l'Histoire. Pas sûr qu'il soit plus intelligent aujourd'hui. On ajoute des connaissances, mais on oublie des sagesses. Pour s'en sortir, il faut renouer avec un outil économique, sociologigue et diplomatique: la raison".

 

 

Recueilli par CHRISTIAN LOSSON Amartya Sen Libération 6 juin 2009

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Plume Solidaire 23/06/2009 21:58

C'est avec joie que je vous transmets le lien vers cet article, ce qui vous laisse le temps de corriger tranquillement vos copies !
«Sans Etat, on bascule dans la déraison»

Hafid 21/06/2009 13:10

J'ai oublié de souligner ce point: l'analyse économique se cantonne à des champs de plus en plus restreints car en adoptant une démarche la plus scientifique possible, il est difficile d'étudier l'économie dans sa globalité. A.Sen est un de ceux qui pensent que l'économie est une science morale, elle doit donc avoir pour souci le développement humain, être au service du bien-être collectif...

Hafid 21/06/2009 13:04

Je veux dire par là que l'analyse économique d'aujourd'hui se contente d'étudier des phénomènes isolés, elle n'a plus l'impact qu'elle avait au temps de Smith, Ricardo, Marx, Walras, ou encore Keynes... Je ne sais pas si je me fais comprendre. Je vous conseille de lire "Les Prophètes du bonheur : une histoire personnelle de la pensée économique" d'Alain Minc. Celui-ci montre que l'émergence d'un nouveau Keynes serait très compliquée, car toutes les nouvelles études ne s'éloignent jamais trop de ce qu'il appelle les deux "chapelles"  de l'analyse économique, à savoir la chapelle néo-classique et la chapelle keynésienne. C'est pourquoi A.Sen est un économiste assez atypique.

Hafid 20/06/2009 17:38

Un retour à la VRAIE Économie Politique est possible avec des économistes comme Amartya Sen. La discipline économique, en adoptant une démarche la plus scientifique possible, se cantonne à des champs de plus en plus restreints.  

laurence hansen-love 20/06/2009 21:57


comment cela : des champs de plus en plus restreints?


flo 16/06/2009 10:13

Je suppose aux citoyens, par l'état.Je ne comprend pas tellement sa thèse, c'est pourquoi je vous demandais de m'expliquer.Pour Manent, je voulais simplement savoir comment différencier un régime d'un processus ( ou si c'est la même chose ) car je ne comprend pas pourquoi il dit que la monarchie est un processus et les organisations telles l'empire ou la cité serait des régimes...Après résumer la thèse de 20 pages de Manent, j'ai fait de mon mieux ailleurs.

laurence hansen-love 17/06/2009 19:00


La monarchie est un régime de transition qui annonce déjà l'Etat de droit, qui prépare l'Etat de droit.  Contrairement à la cité et à l'Empire qui comportent en eux-mêmes leur propre
légitimité et qui sont en quelque sorte des systèmes clos (la cité) ou auto-suffisants (lEmpire), la monarchie entretient un rapport avec une autorité extérieure (la papauté) à elle-même.
 Où dit-il cela? Je préfèrerai savoir exactement ce que dit Manent.