Je suis curieuse de connaître l'opinion de ceux qui ont vu ce film qui m'a impressionnée, mais qui m'a laissée tout de même perplexe.Voilà l'avis que j'avais rédigé après avoir vu le film :
Pour Flandres, Bruno Dumont, consacré cinéaste "radical", a obtenu le Grand prix du jury cannois cette année, pour la deuxième fois, ce qui a certainement beaucoup contribué a sa notoriété acquise. Il poursuit donc tranquillement une œuvre qui se veut âpre, réaliste, au plus proche de l'homme.
Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître pour un film qui porte le nom d'une région proche, la sensation qui domine dès le début est celle de l'éloignement. Dumont filme le milieu rural et agricole comme un environnement austère et d'une tristesse insondable qui semble à des années lumières de nos petites vies d'urbains agités. Les personnages parlent peu, ils sont bruts comme s'ils n'avaient pas encore été façonnés par la civilisation. L'humanité est donc avant tout bestiale. On en veut pour preuve les scènes de sexe qui resteront vierges de toute sentimentalité.
Malgré la crudité des images, on se sent bien loin de l'univers de Dumont. Tellement réaliste que ça en devient irréel.
La partie du film qui voit le héros (un agriculteur bourru nommé Demester) partir faire la guerre dans un pays inconnu renouvelle cette idée de l'éloignement. Demester quitte pour la première fois son patelin pour se retrouver sur des terres lointaines et hostiles, qui ressemblent fort à l'Irak. Cette fois, le spectateur se trouve en empathie avec le héros, tous deux confrontés à un monde nouveau. C'est à partir de ce moment que Flandres devient un film "important", non parce qu'il montre les horreurs de la guerre (viol, torture et compagnie) que l'on a vu un nombre incalculable de fois, mais parce qu'il apporte un point de vue neuf sur le sujet, ce qui apporte des pistes de réflexion intéressantes.
On pense vite aux médias et en particulier à la télévision qui fait de la guerre un spectacle par la mise en scène presque scénarisée de ses reportages et qui nous la rend banale à force de matraquage imbécile. Si la télé veut faire de la vraie vie une fiction alors le cinéma de Dumont rendra à la réalité sa vérité. Ici la guerre redevient une chose simple et grave. L'errance dans le désert de cette bande de paumés symbolise bien leur recherche désespérée des raisons de leur présence. Ils n'entendent rien à la géopolitique les bidasses, et c'est pour ça qu'il n'en est pas question dans Flandres. Ce qu'ils voient d'abord c'est la violence à laquelle ils sont contraints. Unique moyen de survivre. On assiste alors à un retournement : à l'éloignement du début succède la proximité avec les militaires et leurs agissements.
Certains diront, "alors c'est ça la nature humaine pour Dumont ?" On les entendra se désoler "c'est d'une noirceur !!". Mais ce qu'on risque d'oublier c'est que le propos du film est loin de se rattacher à l'humanité toute entière. Il nous rappelle que les hommes c'est ça aussi, et que ces êtres violents et un peu primitifs qui nous sont peints, ils font partie de nous. Loin des analyses toutes faites et des condamnations politiquement correctes, Dumont montre comme personne la violence telle qu'elle est vraiment. Libre à nous ensuite d'en faire ce qu'on veut. On comprend désormais d'où elle vient. Bruno Dumont est un cinéaste brillant qui nous invite à sortir de notre vision étroite de l'homme et qui surtout nous pousse à la lucidité sur nous mêmes et sur le sens des images. C'est déjà pas mal.
PS : Vous semblez être aussi bonne professeur que votre père ! Saluez le de ma part à l'occasion ;-)
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Si oui cela m'interesserait d'avoir votre avis
Oui je l'ai vu. J'ai été horrifiée à vrai dire par cette extrême violence dans les rapports hommes/femmes.
Mais bon-je ne nie pas le talent de Dumont.