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Vendredi 22 septembre 2006

Même si la philosophie peut parfois admettre la nécessité de la violence (en tant contre-violence) elle reste par nature essentiellement non violente comme le montre ici Eric Weil:

 

"La violence est un problème pour la philosophie, la philosophie n'en est pas un pour la violence, qui se rit du philosophe ou qui l'écarte quand elle le trouve gênant et sent en lui un obstacle sur la route sans tracé qui est sa réalité pour elle-même.
        Le résultat paradoxal est donc que la violence n'a de sens que pour la philosophie, laquelle est le refus de la violence. Ce n'est pas que la philosophie refuse la violence absolument, loin de là; on soutiendrait facilement qu'une philosophie qui se comprend comme compréhension et comme voie de contentement recommande l'emploi de la violence, parce qu'elle est amenée à constater qu'elle doit se dresser contre la violence. Mais cette violence n'est alors que le moyen nécessaire (techniquement nécessaire dans un monde qui est encore sous la loi de la violence) pour créer un état de non-violence, et ce n'est pas la violence première qui est le contenu de la vie humaine; au contraire, la vie  humaine n'aura de contenu humain qu'à partir du moment où cette violence seconde, dirigée contre la violence première par la raison et l'idée de la cohérence, aura éliminé celle-ci du monde et de l'existence de l'homme: la non-violence est le point de départ comme le but final pour la philosophie.  Elle l'est si bien que souvent les philosophes oublient que c'est à la violence qu'ils ont affaire. Il est vrai que la philosophie ne l'oublie pas, ou, pour ne pas parler en images, que tout discours philosophique montre que celui qui l'a formulé a été poussé par le problème de la violence. Il ne nous importe pas ici de savoir en quelle direction cette poussée a agi dans les différents systèmes, et il ne nous importe pas, non plus, que l'on ait, ou non, reconnu la violence (sous d'autres noms, s'entend) comme ce qui est irréductible dans l'homme, qu'on ait fait de la réalisation de la non-violence dans l'existence de l'homme le but du discours ces choix ne sont que des dérivés du choix premier, celui entre violence  et discours, - choix premier, parce qu'il est antérieur à tout discours pour le discours même, s'il veut se comprendre.
Éric Weil, Logique de la philosophie, Éd. Vrin, 1967, pp. 58-59.
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