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13 avril 2007 5 13 /04 /avril /2007 16:08
J' ai lu ce très beau texte de Elizabeth de Fontenay dans Le Monde des livres. Impossible de trouver le lien, alors je le scanne:

LE VERSANT ANIMAL de Jean-Christophe Bailly
Bayard, 160 p., 17 ?.

Jean-Christophe Baillard plaide la cause animale

"Toute vie est une pensée, mais une pensée plus ou moins obscure comme la vie elle-même », disait Plotin. Jean-Christophe Bailly place cette phrase en exergue du Versant animal. Il semble en effet qu'il faille aux animaux quelques philosophes capables de leur rendre le statut d'êtres, ce statut dans l'être que la grande tradition rationaliste n'est pas seule à leur avoir dérobé. Pourtant, ce qui se révèle à la lecture de ce livre, devant l'événement de ce petit livre, c'est que les bêtes avaient par-dessus tout besoin d'un grand écrivain qui les sauve de l'abstraction, et en particulier de celle des savoirs positifs.
A travers une «pensée sauvage » qui s'exprime avec le classicisme de la plus parfaite courtoisie, Bailly reste partie prenante d'une lignée qui compte Adorno, Merleau-Ponty, Derrida, Lacoue-Labarthe. Car il se détache de la décevante généralité des concepts et nous libère de cet entêtement du propre de l'homme, qui tend à maîtriser sans scrupule les mondes animaux croisant notre monde. Par la bénédiction d'une magnifique écriture, il nous redonne un affect perdu, le saisissement, le ravissement archaïque et enfantin c'est-à-dire ontologique devant « la pelote échevelée du vivant », et surtout devant l'énigme d'êtres opiniâtrement muets qui ont pourtant le pouvoir mystérieux de « lever les yeux » sur nous, de nous regarder. Oh ! « la force suppliante et calme » d'un regard « qui ne se prononce ni ne s'énonce ».
C'est justement à propos du regard d'un âne dans un tableau religieux du Caravage que l'auteur évoque la « pure pensivité, celle de ce pur mouvement incompris dans l'ouverture humide de I'oeil qui voit, qui voit ce qu'il ne peut saisir et qui, saisissant qu'il ne saisit pas, regarde, regarde sans fin ». Pensifs et non
pensants, tels sont les animaux - Nietzsche le disait déjà - et tels Bailly voudrait nous voir parfois devenir. Mais quel retournement ! « Un peu comme si, en deçà des particularités développées par les espèces et les individus, existait une sorte de nappe phréatique du sensible, une sorte de réserve lointaine et indivise, incertaine où chacun puiserait mais dont la plupart des hommes ont appris à se couper totalement, si totalement qu'ils n'imaginent même plus qu'elle puisse exister et ne la reconnaissent pas quand pourtant elle leur adresse des signes. »
Esprit de finesse
Attentif, rigoureux, pratiquant l'éthologie avec un poétique esprit de finesse, comme l'attestent ses pages sur les chauve-souris, sur des vols d'étourneaux, Bailly n'entend pas plaider pour la cause animale, même s'il reconnaît que la chaîne de la familiarité s'est traîtreusement brisée « entre le berger et le boucher, le lait et le sang ». Il ne défend pas non plus la biodiversité, car celle-ci ne sait rien de l'étrangeté des noms et des cris des différentes espèces. Elle se désintéresse de ces «pelotes de réseaux inquiets où il nous est parfois donné de tirer un fil », de ces concrétudes prodigieuses, tramées entre les bêtes et nous à travers « la multiplicité des passages, des souverainetés furtives, des occasions, des fuites, des rencontres ».
Il constate tout simplement, par-delà la gratitude que suscite la contemplation, que les animaux vont disparaître, qu'ils ont déjà disparu de la plupart de nos vies. Et le passage sur Tâcheronbyl, paradigme du désert mortel qui attend tous les vivants,  traduite une grande douleur que seule console sans doute l'espérance déridaient qu'il n'est peut-être pas encore trop tard pour inventer une politique"
ÉLISABETH DE FONTENAY.
Le versant animal
Image de Au hasard Balthazar
Lire aussi Le silence des bêtes de E. de Fontenay

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Published by laurence hansen-love - dans Culture générale
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