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Voici une petite réponse à votre question.
Serge
PS : Tout dans ce texte est faux, sauf la conclusion Parole de Lili ! Car ici, c'est la canicule : 35 degré en Mai !
Sur son Blog, notre amie Laurence Hansen-Löve s’interroge et nous fait part de son ambiguïté : « Faut-il interdire les apéros géants ? »
Apéros géants : éthique de l’excès éthylique et idéologique
Un mois de Mai en enterre un autre ?
Par Serge Provost
Professeur de philosophie
Le temps de l’extrême jouissance
Nous vivrions dans une culture aphrodisiaque… Idoines, les désormais dénommés «apéros géants» participent de cette ère d’hédonisme immodéré soutenu par un virage des marchés invitant à tous les excès. Si l’on en croit le philosophe Dany Robert Dufour, nous serions passés d’une morale interdictrice à une éthique incitative. L’ancienne ordonnait « refoule ! », la nouvelle inverse : défoule ! ( Le Divin marché, Denoël, 2007 et La Cité perverse, Denoël, 2009). »
Mais quelle période paradoxale si irrationnellement réactive ! Alors que le mot « rigueur » est sur toutes les lèvres, de celles de FMIste D.S.K. à celles de UMPiste Sarkosy, émerge une anthropologie du « no limit ! ». « La liberté de l’autre est la mienne à l’infini »… vous souvient-il de celle-là ?
Un Aristippe de Cyrénée, (430-355), qu’on ne pourra taxer de complaisance envers l’esprit du temps, résume bien le credo hédoniste de l’heure : « De tous les plaisirs, seul compte celui du moment car les plaisirs passés et futurs n'ont aucune existence. On doit s'y abandonner, comme et quand il passe, sans honte ni remords. » On aura compris : du plaisir, on n'en a jamais trop. Il n’y pas de mal à se faire du bien « en masse ».
Le temps de l’extrême moraline
Or, nous apprend-on, l’apéro géant au pied de la Tour Effel aurait fait pschit… Comme les mois de mai se suivent et ne ressemblent pas, en France ! Ce cinquième mois du calendrier grégorien version 2010, mois si prisé des Français pour l’abondance de ses jours fériés, illustre, en filigrane, un changement de paradigme. Nous passons, très révélateur, d’un proverbe à l’autre : « En mai, fais ce qu’il te plaît. » à « Au mois de mai, manteau jeté. »
Car, voyez-vous, il se trouve d’ores et déjà de nouveaux moralistes, ces redresseurs de libidos déviantes, comme tous leurs prédécesseurs, pour décrier ces excès, ces détournements caricaturaux d’une tradition française et les risques de dommages aux biens publics.
Parmi eux se trouve, dans les médias, une cohorte de journalistes, chroniqueurs et billettistes à l’itinéraire politique tout en zigzag et retournement de veste. Ce sont, surreprésentés, d’ex-soixante-huitards devenus post-libéraux qui, dans la même ville, après l’avoir viré à l’envers/l’enfer, en avoir arraché les pavés pour y trouver la plage, scandaient les poncifs mentaux animant l’âme et le corps des « grands apéros » permissifs d’aujourd’hui : « Il est interdit d'interdire ! » « Vivons sans temps morts, jouissons sans entraves ! » « Je prends mes désirs pour des réalités car je crois en la réalité de mes désirs. » Arrêtons ici la description/prescription désormais imprescriptible…
La mémoire, la politique surtout, est décidément sélective et oublieuse de ce qu’adorait la veille. Ils étaient réalistes et demandaient l'impossible…. Désormais promus au pouvoir (au sens foucaldien : celui du contrôle sur les corps), ils sont devenus hyperréalistes et les apéros géants, eux, sont impossibles ! Il en est même qui cite et ressuscite Philippe Muray, grand contempteur et exorciseur en chef de l’idéologie du Festivus, festivus (Fayard, 2005) : « Derrière le festif, il y a le fascisme ! » (s’exclamait, définitif, Fabrice Luchini à l’émission Réplique d’Alain Finkielkrault du 24 avril 2010). Invitons le brillant et précieux acteur, s’il veut vraiment le débusquer, de le chercher ailleurs.
En attendant qu’il le trouve, je m’en vais, illico, prendre « mon » apéro géant, seul, mais avec ma chatte Lili, au bord de la rivière…