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Samedi 16 juin 2012 6 16 /06 /Juin /2012 12:34

Expliquez le texte suivant :

« Ce qu'on n'a jamais vu, ce dont on n'a jamais entendu parler, on peut pourtant le concevoir; et il n'y a rien au-dessus du pouvoir de la pensée, sauf ce qui implique une absolue contradiction. Mais, bien que notre pensée semble posséder cette liberté, nous trouverons, à l'examiner de plus près, qu'elle est réellement resserrée en de très étroites limites et que tout ce pouvoir créateur de l'esprit ne monte à rien de plus qu'à la faculté de composer, de transposer, d'accroître ou de diminuer les matériaux que nous apportent les sens et l'expérience. Quand nous pensons à une montagne d'or, nous joignons seulement deux idées compatibles, or et montagne, que nous connaissions auparavant. Nous pouvons concevoir un cheval vertueux; car le sentiment que nous avons de nous-mêmes nous permet de concevoir la vertu; et nous pouvons unir celle-ci à la figure et à la forme d'un cheval, animal qui nous est familier. Bref, tous les matériaux de la pensée sont tirés de nos sens, externes ou internes ; c'est seulement leur mélange et leur composition qui dépendent de l'esprit et de la volonté. Ou, pour m'exprimer en langage philosophique, toutes nos idées ou perceptions plus faibles sont des copies de nos impressions, ou perceptions plus vives. [...]Même les idées qui, à première vue, semblent les plus éloignées de cette origine, on voit, à les examiner de plus près, qu'elles en dérivent. L'idée de Dieu, en tant qu'elle signifie un être infiniment intelligent, sage et bon, naît de la réflexion sur les opérations de notre propre esprit quand nous augmentons sans limites ces qualités de bonté et de sagesse ».

David Hume, Enquête sur l'entendement humain (1748), section II, trad. A. Leroy, Éd. Aubier-Montaigne, 1969, pp. 54-56.

 

 Introduction

Dans notre vie de tous les jours, nous pensons que l’expérience, ou l’observation, et la pensée, ont un rôle d’égale importance pour arriver à la connaissance, que sans la réflexion, l’expérience ne nous apporte rien de suffisant. Dans ce texte, l’empiriste Hume présente une thèse bien différente ; il nous dit que si la pensée a en effet une certaine faculté d’imagination et de conception, ce n’est que grâce à l’expérience que nos sens nous apportent. Il explique que les idées abstraites, même celles qui semblent le plus éloignées d’une origine concrète, ne sont que l’assemblage, la déformation, la copie de ce qu’il appelle nos impressions, c’est-à-dire ce que nous percevons. Cette thèse empiriste mérite d’être interrogée, car nous savons que nos sens peuvent nous tromper, alors, si, comme il le dit : « tous les matériaux de la pensée sont tirés de nos sens », tout ce que nous savons peut être faux. Cette thèse remet donc en question toutes les connaissances que nous croyons certaines.

 

Hume commence son texte par une concession à la thèse qu’il va pourtant réfuter : la pensée est  capable de nous faire concevoir des choses dont on n’a jamais eu l’expérience. Il dit même qu’à part dans le cas d’idées très complexes et contradictoires, aucun pouvoir ne dépasse la pensée.

Cette concession est de courte durée. Car il lui oppose rapidement un « mais ». Il dit en effet par la suite que si nous avons l’impression que notre pensée a cette autonomie, cette capacité qui lui est propre et qui semble n’avoir besoin de rien d’autre, elle a en réalité « de très étroites limites », et son rôle, son « pouvoir » dont il a dit  précédemment que rien ne lui était supérieur, n’est qu’un travail de remaniement de ce que nous apporte l’expérience. Cela nous montre le pouvoir redoublé qu’il confère à l’expérience, puisqu’il nous montre qu’elle est, en quelque sorte, la base de travail de quelque chose que rien ne peut dépasser. Il explique ensuite, avec deux exemples, celui d’une montagne d’or et celui d’un cheval vertueux, que les idées que nous avons et qui nous semblent abstraites et pures inventions de la pensée, ne sont en fait que l’assemblage d’idées, de concepts issu d’expériences concrètes. En effet, on voit bien qu’il nous est impossible d’imaginer une chose sans rapport aucun, ni de ressemblance, ni d’opposition, avec ce que nous connaissons.
 C’est ainsi  qu’il introduit sa thèse  (« bref » « volonté ») : tout ce que la pensée nous donne est en réalité un produit dérivé de ce que nos sens perçoivent ou ont perçu, et la seule action de l’esprit est de recomposer, de mélanger, d’exagérer ce que nous connaissons par expérience. Ainsi, si j’imagine un monstre, qui pourtant n’existe pas, il sera composé d’éléments humains ou animaux . Il m’est impossible d’inventer un être extra-terrestre sans le pourvoir d’une forme, d’une matière, d’une couleur, conformément aux choses qui m’entourent. Hume traduit ensuite sa thèse en des termes philosophiques, Nos idées sont la copie de nos impressions et on comprend une fois de plus que sans impressions, il n’y a pas d’idée. Enfin, Hume élargit sa thèse à des idées abstraites plus lointaines qui ne semblent plus lointaines qui ne semblent pas à première vue anthropomorphiques . Il prend comme exemple l’idée de Dieu et montre qu’elle résulte de l’exacerbation de qualités bien humaines, qui mènent à l’Etre parfait dont nous avons l’idée. On reconnaîtra alors qu’il nous est plus naturel d’imaginer un Dieu sous la forme d’un vieil homme barbu que sous celle d’un esprit dissous et invisible.

Hume nous a donc montré dans ce texte que les seules idées que nous avons proviennent de l’expérience et des sens puisque même les idées   qui semblent trouver leur origine dans la pensée et l’imagination ne sont en réalité que dérivées du matériau apporté par nos perceptions internes et externes. L’esprit n’a qu’un rôle de montage.

1)       Sa thèse semble pertinente mais elle pose problème si on l’applique non plus seulement à l’imagination mais également à la connaissance et aux raisonnements. C’est pourquoi il est important de l’interroger.

En effet, ce que l’on peut retenir de ce texte, c’est que tout provient de l’expérience et de nos sens, et d’un travail de déformation de ces informations apportées par nos sens. Mais cela devient très alarmant si l’on remarque que nos sens nous trompent. Ainsi l’amputé croit encore sentir sa jambe et si je plonge un bâton dans l’eau, j’ai l’impression qu’il se rompt. Pourtant, ces deux sensations sont fausses, alors si tout ce que je sais provient uniquement de l’expérience, tout ce que je sais peut- être faux et je dois donc douter de tout. L’empirisme mène donc au scepticisme. Ainsi rien ne nous prouve que le soleil se lèvera demain et que si je laisse tomber un objet, il va monter plutôt que descendre. Rien ne nous prouve que ces observations dont on a tiré des lois ne sont pas justes un hasard de répétition. C’est là que se trouve le débat entre empiristes et rationalistes. Les rationalistes, et, de manière générale, les philosophes d’aujourd’hui, pensent que si l’expérience  a en effet et bien sûr une importance capitale, elle ne suffit pas, et les raisonnements de la pensée sont nécessaires et justes.

2)      Cependant ce que nous dit Hume dans ce texte est  très certainement pertinent. Nous avons pu constater qu’il nous est bel et ben impossible de concevoir des choses si elles ne reposent pas en premier lieu sur un matériau connu par l’expérience et par les sens. On comprend donc que la thèse de Hume est juste mais qu’elle ne s’applique pas à tout, car on sait de manière sûre, et à juste titre, que le soleil se lèvera demain et que si je lâche un objet, il tombe au sol, cela parce que les lois de la nature sont constantes.

(Conclusion)

Ce texte de Hume nous a donc montré quelque chose de novateur et de pertinent : les choses abstraites que nous imaginons ne sont que l’assemblage ou l’exacerbation de choses concrètes que nous connaissons. Ainsi Hume nous invite à prendre du recul sur ce que nous pensons être issu de notre seule imagination, de notre seul esprit.  Cependant nous avons vu qu’à une plus grande échelle, cette idée nous amène u scepticisme, à un doute perpétuel sur des choses que la science  a établies puisque ces lois ne viennent pour Hume que des sens.  La thèse empiriste ne s’applique pas à tous les domaines mais trouve sa pertinence pour ce qui est de notre imagination pure et simple. Cela nous montre enfin la tendance anthropomorphique de laquelle l’homme a du mal à se séparer.

Par laurence hansen-love - Publié dans : Philosophie terminales - Communauté : philosopher
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