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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 10:59

 Russell rejoint Nietzsche ("La généalogie de la morale")  lorsqu'il soutient, comme il le fait ici,  que les hommes préfèreront  toujours haïr (n'importe qui) et s'inventer des "boucs émissaires" plutôt que de s'interroger sur leurs propres responsabilités ou sur les moyens d'améliorer leur sort :Russell-copie-2.jpg

 

« Nous sommes naturellement enclins à attribuer nos malheurs à la méchanceté des autres. Quand les prix montent, c'est la faute des profiteurs ; quand les salaires baissent, c'est la faute du capitaliste. L'homme de la rue ne cherche pas à savoir pourquoi le capitaliste ne peut rien faire quand les salaires montent, ou le profiteur, quand les prix baissent. Il ne s'aperçoit pas non plus que les salaires et les prix montent et baissent en même temps. S'il est capitaliste, il veut que les salaires baissent et que les prix montent ; s'il est salarié, il désire le contraire. Quand un économiste essaie d'expliquer que les profiteurs, les syndicats et les employeurs ordinaires ont très peu d'influence sur ces phénomènes, il ne fait qu'irriter tout le monde[...]. Nous n'aimons pas être privés d'un ennemi ; nous avons besoin de haïr quelqu'un quand nous souffrons. Il est si déprimant de penser que nous souffrons parce que nous sommes des imbéciles ; pourtant, si l'on considère la masse de l'humanité, c'est cela la vérité. Pour cette raison, aucun parti politique ne peut acquérir une forte influence sans exciter la haine ; il doit toujours avoir quelqu'un à réprouver: Si la méchanceté d'un tel est la seule cause de notre misère, punissons donc un tel et nous serons heureux. L'exemple suprême de cette espèce de pensée politique est le traité de Versailles. Et pourtant la plupart des gens ne font que chercher un nouveau bouc émissaire pour remplacer les Allemands ».

Russell,  Essais sceptiques, (1928)  p 146.

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Cordroch J F 11/04/2011 10:03



Marx ,grand représentant de la volonté humaine de rationalisation , se retrouvant dans la nécéssité idéologique, de faire abstraction dans l'élaboration de systèmes socio-économiques se voulant
égalitaires ,des individualités , des passions ,désirs envies etc...des individus ,avec ce que cela produit en émotions et sentiments ,considérés donc comme des obstacles à la concrétisation des
idéaux humains ,dont il ne faut pas tenir compte .


Là est l'erreur fondamentale des  tenants de la rationalisation systématique des comportements des individus au profit de la collectivité , et plus particulièrement des catégories
socio-économiques créées afin de pouvoir être plus facilement contrôlables , de manière à garantir un certain équilibre au sein du système idéologiquement préconçu.


Erreur fondamentale donc , car vouloir que les individus "oublient" en quelque sorte d'être véritablement eux-mêmes , qu'ils sacrifient ce qui fait d'eux des êtres uniques au nom de la
collectivité ,c'est ajouter à leur frustration originelle les ayant rendus incapables de pensée autonome, et d'autogestion de leur énergie vitale ,les ayant de ce fait mis à la merci de
l'irrationnel devant par conséquent être impérativement contrôlé par une autorité extérieure , la frustration de ne plus pouvoir se soulager de leur frustration initiale ,comme ils le faisaient à
travers leurs passions et désirs particuliers , désormais sous le contrôle de la rationalité d'une autorité extérieure .


Tôt ou tard ,après s'être dans un premier temps soumis à cette autorité , par faiblesse et par besoin de croire en des promesses d'un monde meilleur , les individus finissent à force de
désillusions et de faux espoirs,par céder a la tentation de revenir à leurs envies particulières .Ainsi le système se fissure progressivement de manière insidieuse . Des colmatages sont alors
entrepris par l'autorité afin de maintenir, tant que faire se peut ,les illusions ,mais cela ne tient pas ,et des brèches de plus en plus grandes apparaissent ,dans lesquelles la foule finit par
se précipiter . C'est la révolte et la révolution .


Au sein d'une collectivité ,d'une société ,l'individu a besoin de pouvoir constater directement les effets qu'il produit sur les autres afin de se sentir exister . Lorsqu'il sagit d'une
collectivité relativement réduite ,cela reste facile , car tout le monde se connait plus ou moins et chacun dispose de moyens de se faire remarquer ,soit par ce qu'il fabrique , soit par une
capacité physique particulière , un talent , sa manière de s'habiller ,de décorer son corps etc ....IL en va tout autrement dans système socio-économique tel que le conçoit le marxisme ,ou
l'individualité , la personnalité disparaît au profit de l'idéologie égalitaire .Toutefois ,Marx et d'autres grands esprits rationnels ,ont tenu à ce que l'individu puisse récolter les fruits de
son sacrifice au moyen d'une rénumération et d'une participation directe aux bénéfices produit par le travail collectif , en le faisant en quelque sorte propriétaire d'une partie du capital de
l'usine dans laquelle il travaille .Belle idée , mais moin d'être aussi efficace en matière de production directe d'effets  sur les autres ,puisque dans un tel système égalitaire
,chacun dispose des mêmes moyens pour produire les mêmes effets , ce qui fait que tout s'annule dans l'uniformisation ,et que la frustration reste plus présente que jamais .Tout ceci est très
schématisé je le reconnais , et peut-être n'est là qu'une interprétation subjective du marxisme , mais cela peut expliquer le succès actuel du capitalisme et de la liberté des marchés ,offrant
aux individus de multiples moyens artificiels de se faire remarquer ,d'entretenir des apparences etc....Le capitalisme répond parfaitement à la demande d'individus frustrés , comme l'est plus ou
moins chacun d'entre nous , la frustration originelle , ou le manque ,étant pour moi ce qui fait le propre de l'homme ,du fait de sa capacité à imaginer et anticiper ce qui pourrait être à partir
de qui est ,et surtout de ce qui a été .



Tom 08/04/2011 11:20



-excusez-moi: à la quatrième ligne c'est "patrons" que je voulais mettre, je fais un lapsus appuyant les thèses de Russel.


@ JP: Le système actuel n'offre en rien une egalité, je ne sais pas ou vous avez vu cela! De quel droit le "système", qui devient dans votre phrase un entité alors qu'il n'est qu'une fabrication
des hommes, les Lois économiques n'existent que parce que nous avons choisi de nous y plier (à part celle de Malthus qui est d'une autre sorte et qui relève presque de la Loi naturelle), nous
réclamerait-il quelque chose!! En fait j'ai un peu de mal à comprendre votre post: qu'est ce qui est "normal"? Qui est-ce "nous"? L'humanité dans son ensemble ne réclame pas l'egalité, une partie
d'entre elle juge que les inegalités sont "justes" et favorables au bien commun!



jp 07/04/2011 16:21



point de vue  louable et digne d'interet, mais on pourrais vous opposer une reflexion  contraire , comment prouver que l'on mérite cette égalité qui nous est offerte par notre système
sans rien nous réclamer en échange! ni aujourd-hui ni demain car de facto elle est normale.



Tom 07/04/2011 09:54



Très éclairant! Si vous voulez savoir: ça ne me décourage ne rien à le lire. Mais attribuer toutes les problèmes à l'humanité dans son entier, c'est à dire les partager entre tous les individus
est à mon sens trop réducteur. Puisque vous semblez viser ici essentielement les salariés se plaignant du rôle des salariés dans leur pauvreté sur ce point je pense qu'il ne s'agit pas de
rechercher des responsables. Quand Russel dit: l'économiste essaie d'expliquer que [les individuis, les patrons,..] ont très peu d'influence sur tout cela...  ce n'est pas faux. Mais où je
rejoins Marx c'est au départ de son analyse: de quel droit certain possèdent-ils plus que d'autres sans qu'ils puissent prouver qu'ils méritent leur possession. C'est aussi ce que Rousseau
décrit: les hommes se sont mit à dresser des clôtures et à dire "ceci est à moi"! Sans qu'aucune autre Loi que celle du plus fort et du premier arrivé préside à ce partage. Cette injustice
originel perturbe les système capitaliste dès son origine, ainsi que tous les systèmes où certains sont dominants d'autres dominés, d'où la nécessité de rétablir une certaine justic sociale,
compromis que beaucoup recommencent à récuser. Je rapele seulement que sans ce compromis on en serait encore à un système digne du XIXème siècle, relisez Zola...



max 06/04/2011 15:08



Ce texte est e mieux