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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 14:03

Leçons éthiques et politiques

en provenance de la chambre 2806

(et autres drôleries argumentatives)

 

 

«Les ennuis, c’est comme le papier hygiénique :

on en prend un et il en vient dix.»

Woody Allen

 

Serge Provost

Professeur de philosophie

 

Qui peut encore dire que tout est permis dès lors qu’on se conforme à son désir? De même, qui peut toujours soutenir, mis à part Fabrice Luccini, citant, en blague, un ami : «La soixantaine, c’est l’âge de la  paix du slip.» Personne n’ose dire pareilles fadaises. Pas après l’affaire DSK, en tout cas. Pas en Amérique. Et ce, depuis des lunes, déjà. Et, qui sait, plus jamais en France?

 

Le temps des républiques vertueuses ?

 

En ces temps de retour désinhibé de la grande morale moralisatrice shootée à la rectitude politique (dont plusieurs aspirants à la direction du parti républicain sont ouvertement mormons (l’ultra conservateur du Texas, Rick Perry, en tête des sondages, et le numéro Mitt Rowney) ou évangélistes (Mike Huckabee), sans parler de la montante et sidérante coqueluche, très Tea Party, Michele Bachmann qui, fin août 2011, même en mode joke, amalgamait l’ouragan Irène, un message de Dieu à l’Amérique et à tous ses politiciens et, pourquoi pas, aux dirigeants du monde entier (http://abcnews.go.com/Politics/michele-bachmann-irene-gods-warning-washington-campaign-joking/story?id=14404962) et dans le style d’un certain Jean de La Fontaine, qui préférait «juste une petite morale à la fin», plutôt que l’administration de la grosse moraline obligatoire pour tous, ne serait-on pas plutôt enclin à penser ceci: il faut, en certaines circonstances, être la principale, voire la seule personne à se méfier le plus d’elle-même?

 

N’est-ce pas une des grandes leçons éthiques et politiques de la fabuleuse histoire de la chambre 2806? On connaît la suite (dans les deux sens du terme) et ses abracadabrantesques et pénales conséquences, lourdement tarifées, pour les deux principaux intéressés et désormais célèbres, à perpétuité.

 

DSK : les copains et les «filousophes»

 

«L’homme de l’avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue», dit un aphorisme nietzschéen. Donc, pour ne rien oublier, rappelons-nous, comme dans l’affaire Polanski, comment le réseau germanopratin constitué de proches, de copains et de «filousophes» rouspéta en chœur, millimétriquement synchronisé : on a «médiatiquement lynché» un innocent — «jeté aux chiens l’honneur d’un homme» — , aurait dit l’irréprochable éthicien de la politique et de sa vie personnelle qu’était François Mitterrand…

 

On sortit même les grandes orgues de la rhétorique pour rappeler aux exécutants des procédures judiciaires trop américaines et trop cowboy, l’essence d’un sacro-saint principe, inaliénable, du droit français, patrie des droits de l’Homme (sic) : la présomption d’innocence. «C’est la justice même qui est violée!», entendit-on, en boucle, en haut et en maints lieux qui comptent.

 

Exagération ? Il est vrai que le moonwalk n’est pas le perp walk. Celui de Mickael Jackson divertit et l’autre («la marche de l'accusé»), le strauss-kahnien, disqualifie. Avant preuves, qui plus est. Ouch ! J’ai mal à la Justice ! L’exhibition planétaire du grand petit homme menotté provoqua des montées de lait aussi spectaculaires que prévisibles. C’est Thierry Meyssan qui devait être content, puisqu’il en est, nombreux, on taira les noms de ces grands narcissiques, toujours les mêmes, qui brandirent la fameuse et fumeuse théorie du complot : «C’est une machination ourdie par des rivaux politiques!», sans craindre de«s’autopeluredebananiser», selon la rigolote expression d’un ancien premier ministre indépendantiste du Québec (J.Parizeau). Il fallait s’y attendre, l’autre moitié de l’humanité ne l’entendait pas de la même oreille.

 

Nafissatou Diallo et «ses» défenderesses

 

Or, les féministes so Frenchy, et leurs consœurs d’outre-Atlantique, so Radical, refusèrent d’avaler (comme l’accusatrice) cette couleuvre-là ; en solidarité, elles crachèrent, elles aussi, le substantifique de l’irrumation, non pas l’artefact liquide, mais tout l’argumentaire sophistique qui venait avec : et l’honneur d’une femme, fut-elle de chambre, qu’en faites vous ? Vous osez en douter, vous les «y a pas eu mort d’homme», vous les «c’est juste du troussage de domestique» ? Soit ! Eh bien, nous, nous oserons le clito !

 

Y allant avec du Alonso sur-Alonsé, elles sortirent, dix fois plutôt qu’une, non pas le cinquième membre du compulsif serial baiseurs FMIste et président socialiste virtuel, mais the phrase punchée : «Tous les hommes sont égaux… même les femmes.» Pour elles, l’enjeu juridique ne devait pas et ne doit jamais minorer la question existentielle des femmes sexuellement abusées. Il y a gros à parier qu’elles ne seront pas aussi minoritaires après la surmédiatisation des croustillants détails de l’affaire Tristane Banon. Car, comme l’écrivait Woody Allen, un autre qui en connaît un bout à propos d’histoires sexuelles tordues et de leurs suites et poursuites judiciaires : «Les ennuis, c’est comme le papier hygiénique : on en prend un et il en vient dix.»

 

Une rentrée chaude, mais pas du tout sexée

 

Et dire que DSK n’a pas encore foulé le sol de sa «douce France», cher pays de son enfance. Somme toute, l’été 2011, en dépit de la qualité du scénario (pornographique) et de la performance des acteurs (intense and quickie), du moins pour cette histoire, fut souvent déprimant - si on y ajoute les massacres des tyrans en Lybie et en Syrie, sans parler de la famine historique en Somalie – , un été bon à douter du genre humain, à en avoir presque honte d’en faire partie, mais il ne fut pas triste, loin de là, et à maints égards.

 

Croix de bas, croix de fer… la rentrée automnale, pour une vraie fois, présidentielles françaises ou pas, sera vraiment chaude. Pour une raison inédite : jamais l’éthique et la politique n’avaient été aussi inextricablement mêlées. Pour tout le monde, en même temps. Chaude la rentrée, car dirait que la fameuse exception française en matière de mœurs sexuelles (le fameux tabou relatif au droit quasi absolu à la vie privée des politiques) est en train, sous nos yeux, de changer de paradigme. Je dirais, pour aller vite, qu’il s’américanise plus qu’il ne de boboïse. De surcroît, on dirait que les langues (de vipère?) se délient, avec une intensité et une variété comme on en jamais vu auparavant. Notamment celles des éditorialistes des grands journaux, des chroniqueurs hot et des auteurs à la mode. Limitons-nous à quelques exemples révélateurs.


 

 

Whistle Blower: Rioufol, Le Pen, Ferry, Onfray

 

À droite, au centre et à gauche, nombreux sont ceux qui semblent pris d’un étrange et nouveau mal, très contagieux, qu’on pourrait dénommer, faute mieux, le syndrome du Whistle Blower (lanceur d'alerte). Pléthoriques, ils brûlent tous d’une folle envie d’en découdre sur la place publique, de dénoncer, haut et fort, tous les immoraux et les pervers.

 

Yvan Rioufol, sur RTL et dans Le Figaro, dit ouvertement que DSK doit, en urgence, traiter ses «pathologies sexuelles» que tout le monde connaissait et taisait – tiens, tiens!, la plus-value hier encore attribuée aux politiciens libertins ne fonctionne plus?

 

De même pour Marine Le Pen, prévisible, direz-vous, mais qui n’en reste pas moins la plus que possible figure présidentielle au deuxième tour; avec la brutalité génétiquement transmise qu’on lui connaît, elle tire à boulets rouges sur les «décadents dissolus qui empoisonnent la vie morale notre pays.»

 

Mêmement pour Luc Ferry, le ministre-philosophe transmuté en justicier moral sur le tard, qui, lui aussi, avec la vanité du paon et la superbe d’un courtisan à la cour de Louis XIV, vient balancer, en pleine télévision, à une heure de grande écoute, des insinuations sur les pratiques sexuelles d’un grand ministre de la République qui lui vaudrait un aller simple en prison si seulement elles étaient avérées. Or, notre dialecticien précieux rassure la galerie, dit ne vouloir régler aucun compte personnel, ne prétend que dire tout haut, sans le nommer et sans preuve, ce que d’autres gens bien placés racontent tout bas, à propos de quelqu’un d’important qui aurait fait des choses… 

 

Pareillement pour Michel Onfray qui recycle l’antienne selon laquelle la pédophilie constitue un danger pour les enfants. Merci Michel, on l’ignorait ! Il refait «le procès de pédos connus», pourtant déjà étrillés par les médias de l’époque. Cet été 2011, sur France-Culture (ses Conférences sont toujours disponibles sur leur site Internet), après François Bayrou, à qui il donne raison, le libertaire vilipende les errements pédophiles d’un Daniel Cohn-Bendit. Quel scoop ! Il s’acharne également sur les écrits «dégoûtants et criminels» de Gabriel Matzneff) (pourtant loin des radars en ces matières, depuis au moins 20 ans), exhume même une vieille émission d’Aposthophe de Bernard Pivot dans laquelle on l’épingle pour s’être vanté de «baiser», à plein livre et à plein cul, les moins de seize ans. 

 

Arrêtons ici cette description fort indigeste qui nous en apprend plus sur le virage et les réalignements éthiques de notre temps qu’autre chose. Pour en finir, deux petites questions : est-ce vil ou éthiquement courageux? Trop dans l’ère du temps, la préparant et l’alimentant?

 

Une rentrée chaude… et morale!  

 

Mon frère, ma sœur, «n’entendez-vous pas quelque chose venir?» N’entendez-vous pas sonner l'hallali occidental, à droite toute? Peut-être entends-je des voix, d’imaginaires bruits de bottes dégageant de forts effluves d’idéologies extrémistes? Dites-moi que je me trompe, que j’exagère, et on en parle plus. Cela dit, la rentrée automnale sera chaude. Et «je dirais même mieux», comme dirait Dupond à Dupont, elle sera chaude et… morale!

 

Parole de soubrette !, comme dirait l’autre, – ne travaillant pas à la chambre 2806 de vous savez où…

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Published by laurence hansen-love - dans Actualité
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commentaires

Serge Provost 02/09/2011 03:06



Il ne faut pas torturer les professeurs de philosophie. Ils s'en occupent eux-mêmes. Même un peu trop. Michel Onfray, par exemple, j'en prends un, comme ça, au hasard, en était un, quand il
était plus jeune, me semble-t-il. Il devait sûrement en être un excellent, mieux: un lumineux, pour ses élèves. Car il devait et doit toujours «penser contre lui-même», comme disait un certain
collègue célèbre dénommé Jean-Paul S... 


Je le tiens en haute estime, lui qui en égratigne quelques autres, sans jamais blesser leur corps. C'est l'essentiel. Car tout corps appartient aux caresses de ceux qui les aiment.    



Ewa 01/09/2011 21:59



Vous aussi contre moi, Laurence? 


Ewa n’est pas un prénom russe.



laurence hansen-love 02/09/2011 19:14



Donc? Vous n'êtes pas prof de philo?



Ewa 01/09/2011 18:53



J’ai passé en revue - pauvre défenderesse féministe que je suis - toutes les tortures possibles et imaginables que l’on puisse infliger à un prof de philo au joli prénom russe, et je me sens
beaucoup mieux maintenant, Dieu merci! :~) 



laurence hansen-love 01/09/2011 21:43



?


 Vous êtes prof de philo?