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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 11:55

 

 

 Un philosophe recommandera toujours de prendre l'opinion commune avec des pincettes. Voici pourquoi:

 

 « Ce qu’on qualifie d’opinion commune est, à bien l’examiner, l’opinion de deux ou trois personnes; et c’est de quoi nous pourrions nous convaincre si nous pouvions seulement observer la manière dont naît une pareille opinion commune. Nous découvririons alors que ce sont deux ou trois personnes qui ont commencé à l’admettre ou à l’affirmer, et auxquelles on a fait la politesse de croire qu’ils l’avaient examinée à fond; préjugeant de la compétence de ceux-ci, quelques autres se sont mis à admettre également cette opinion; un grand nombre d’autres gens se sont mis à leur tour à croire ces premiers, car leur paresse intellectuelle les poussait à croire de prime abord, plutôt que de commencer par se donner la peine d’un examen. C’est ainsi que de jour en jour, le nombre de tels partisans paresseux et crédules d’une opinion s’est accru; car une fois que l’opinion avait derrière elle un bon nombre de voix, les générations suivantes ont supposé qu’elle n’avait pu les acquérir que par la justesse de ses arguments. Les derniers douteurs ont désormais été contraints de ne pas mettre en doute ce qui était généralement admis, sous peine de passer pour des esprits inquiets, en révolte contre des opinions universellement admises, et des impertinents qui se croyaient plus malins que tout le monde. Dès lors, l’approbation devenait un devoir. Désormais, le petit nombre de ceux qui sont doués de sens critique sont forcés de se taire; et ceux qui ont droit à la parole sont ceux qui, totalement incapables de se former des opinions propres et un jugement propre, ne sont que l’écho des opinions d’autrui : ils n’en sont que plus ardents et plus intolérants à les défendre. Car ce qu’ils détestent chez celui qui pense autrement, ce n’est pas tant l’opinion différente qu’il affirme, mais l’outrecuidance de vouloir juger par lui-même; ce qu’eux ne risquent jamais, et ils le savent, mais sans l’avouer. Bref : rares sont ceux qui peuvent penser, mais tous veulent avoir des opinions et que leur reste-t-il d’autre que de les emprunter toutes cuites à autrui, au lieu de se les former eux-mêmes ? Puisqu’il en est ainsi, quelle importance faut-il encore attacher à la voix de cent millions d’hommes ? Autant que, par exemple, à un fait de l’histoire que l’on découvre chez cent historiens, au moment où l’on prouve qu’ils se sont tous copiés les uns les autres, raison pour laquelle, en dernière analyse, tout remonte aux dires d’un seul témoin ».

 Schopenhauer, L’art d’avoir toujours raison, (1831)

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

thomas 13/01/2012 20:01


La survie de qui ?


Vous ne parlez pas de la même "personne". D'où le problème.


Puis-je en vouloir à mes parents, à mes professeurs et éducateurs, à mes "chefs" ou est-ce qu'ils sont simplement le produit de leurs gènes, de leur éducation, de leur milieu, de leur histoire ?
La dimension diachronique s'incarnant dans la dimension synchronique.


Dans nos sociétés, la première version a largement la priorité. Et quand on veut sociologiser, socialiser, humanitariser, on en arrive à dédouaner tout le monde.


Ni l'un, ni l'autre.


 

Tom 12/01/2012 18:31


C'est un peu réducteur Stéphanie, à vous écouter la société serait resté figée depuis des temps immémoriaux: les évolutions passent par des remises en cause du système par toute ou partie de la
société...
Certes nous sommes influencés, et comment, par la société dans laquelle nous vivons mais ce n'est pas notres "survie" qui est en jeux, même au sens social de la chose.

Tib0 11/01/2012 13:56


Mon chapitre de Communication politique sur l'opinion publique résume en quelques lignes!

Stéphanie 10/01/2012 23:28


On adere à telle ou telle opinion par mimétisme . C'est une quéstion de survie pour l'individu . Il doit aderer à l'opinion de son groupe d'apartenance pour s'intégrer et être protégé par le
groupe . Ce n'est pas un choix , c'est l'inconscient colléctif en action . On pense ce qu'on doit penser pour survivre au sein du groupe . Alors la libérté d'expression peut bien exister ,
cela est sans importance et sans danger pour l'ordre établi puisque la liberté de penser n'est qu'une illusion .

Lucie 10/01/2012 19:51


Bonjour, 


 


Je suis en tous points d'accord avec les propos de Schopenhauer. Mais voilà depuis quelques temps je me pose cette question : quel crédit donner alors à ceux qui alimentent la théorie du complot
et qui remettent systématiquement en cause le discours officiel (des exemples florissent sur le net à propos du 11 septembre, génocide rwandais etc...)? 


L'opinion partagé par le plus grand nombre a-t-il toujours tort ? Puisqu'il n'est (si on suit la logique de Schopenhauer) qu'une copie interminable d'opinions précédentes ?


 


 

laurence hansen-love 10/01/2012 20:51



aucun crédit, Lucie, aucun, pour la raison donnée par Schopenhauer.. les théories de complot sont à écarter .. en général!  Thèse du copmlot: il sagit d'idéologies, or la réalité ne suit pas
des idéologies ( = logique d'uen idée)


 Un bon exemple est donné par la théorie du complot fomenté par les Tutsies, ayant suscité le génocide, thèse réfutée aujourd'hui..