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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 11:04

Simone-weil.jpg

 

Voici un texte visionnaire de Simone Weil, qui pourtant n'a pas connu les centrales nucléaires :

 

 

"La société actuelle ne fournit pas d'autres moyens d'action que des machines à écraser l'humanité; quelles que puissent être les intentions de ceux qui les prennent en main, ces machines écrasent a écraseront aussi longtemps qu'elles existeront. Avec les bagnes industriels que constituent les grandes usines, on ne peut fabriquer que des esclaves, et non pas des travailleurs libres, encore moins des travailleurs qui constitueraient une classe-dominante. Avec des canons,-des avions, des bombes, on peut répandre la mort, la terreur, l'oppression, mais non pas la vie -et la liberté. Avec les masques à gaz, les abris, les alertes, on peut forger de misérables troupeaux d'êtres affolés, prêts à céder aux terreurs les plus insensées et à accueillir avec reconnaissance les plus humiliantes tyrannies, mais non pas des citoyens. Avec la grande presse a la TSF, on peut faire avaler par tout un peuple, en même temps que le petit déjeuner ou le repas du soir, des opinions toutes faites et par là même absurdes, car même des vues raisonnables se déforment cc deviennent fausses dans l'esprit qui les reçoit sans réflexion; mais on ne peut avec ces choses susciter même un éclair de pensée. Et sans usines, sans armes, sans grande presse on ne peut rien contre ceux qui possèdent tout cela. Il en est ainsi pour tout. Les moyens puissants sont oppressifs, les moyens faibles sont inopérants: [...]

L'unique possibilité de salut consisterait dans une coopération méthodique de tous, puissants et faibles, en vue d'une décentralisation progressive de la vie sociale;-mais l'absurdité  d'une telle idée saute immédiatement aux yeux. Une telle-coopération ne peut pas s'imaginer même en rêve dans une civilisation qui repose sur la rivalité, sur la lutte, sur la guerre. En dehors d'une telle coopération, il est impossible d'arrêter la tendance aveugle de la machine sociale vers une centralisation croissante, jusqu'à ce que la machine elle-même s'enraye brutalement et vole en éclats".

Simone  Weil, Réflexion  sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale, Ed. Gallimard, 1934

 

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Actualité
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commentaires

boura 06/07/2017 05:42

bonjour est ce que vous pouvez me dire combien de partie est divisé ce texte d'ou a ou????

Manon 05/12/2011 22:06


Que veut dire''  Et sans usines .. inpérant ''  ? 

laurence hansen-love 05/12/2011 23:50



Les moyens forts sont entre les mains des riches. Les moyens faibles (grèves, protestations isolées) sont inopérants...



Cordroch J F 01/04/2011 14:22



Ce texte confirme que quelque chose est à l'oeuvre en l'homme ,le poussant à vouloir tout dominer ,tout contrôler ...le résultat de cette volonté étant notre monde actuel . Quelle est donc cette
chose ? Je l'appelle paranoia ,folie . Mais d'ou viendrait cette folie au service de laquelle travaille l'intelligence humaine ?



Léa 31/03/2011 16:31



Bonjour,


Pouvez-vous m'expliquer plus précisément ce qu'entend Simone Weil par "la décentralisation progressive de la vie sociale" ?


Merci pour votre blog.



laurence hansen-love 31/03/2011 21:02



Une sorte de démocratie directe, ou participative. Notez qu'elle ajoute aussitôt que c'est impossible.