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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 15:19

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Il me semble que la marche vers la démocratie entamée dans le monde arabe oppose un démenti cinglant à la  thèse centrale de la philosophie matérialiste marxiste (Contribution à la critique de l'économie politique, Préface, 1859)

 Pour Marx, l'humanité "ne se pose que les problèmes qu'elle peut résoudre". Ainsi les révolutions se produisent -elles nécessairement lorsque les conditions économiques le permettent et même l'exigent: ce qui advient lorsque les forces productives entrent en contradiction avec les rapports de production, déterminant la révolution politique qui ne fait qu'accompagner le mouvement économique, inéluctable, indépendant des volontés humaines: "ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience" tranche-t-il. 

 Or actuellement , l'extrême diversité des infrastructures économiques des pays concernés par les bouleversements en cours suffit à désamorcer cette thèse. De plus, si la théorie de Marx était exacte, pourquoi (pour quelles raisons infrastructurelles) ces révolutions se produisent-elles aujourd'hui et pas il y a 5 ans par exemple?

 Toute personne de bonne foi peut observer que les thèses ( idéalistes!) de La Boétie,  Hegel, Sartre et Girard sont beaucoup plus pertinentes.

 C'est la conscience qui détermine les mouvements politiques  en cours:  la conscience du fait que la liberté  (l'élimination des tyrans) est  désormais une possibilité...

 La Boétie : pour obtenir la liberté, il faut la concevoir comme possible

Hegel: pour accéder à la liberté, il faut prendre le risque de mourir

Sartre:  pour être libre, il faut désirer être libre. Or la liberté est un "fardeau"

 Et surtout Girard: ce que nous désirons, c'est ce que l'autre désire. Chacun modèle son désir sur le désir de  l'autre. C'est vrai pour les individus comme pour les peuples. Le désir est foncièrement mimétique.

 

 Je ne désire pas ce qui est possible objectivement (conditions économiques) mais ce qui est devenu possible subjectivement: ce que  ma conscience me   représente comme possible et comme désirable,  non pas hier ni avant-hier, mais aujoud'hui !

 

C'est parce que cet élement est subjectif qu'il est à ce point imprévisible et prend tout le monde de cours. L' Histoire n'est décidemment pas une science exacte!

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

louis 24/02/2011 23:56


Vous dites très clairement que ces mouvements sont le fait d'une conscience en citant notamment Hegel qui fait tendre vers l'histoire et l'émergence de la liberté comme d'une finalité. Mais Hegel,
n'est-il pas celui qui a dit que les individus - comme les peuples- ne savent pas le sens de ce qu'ils font ?


laurence hansen-love 25/02/2011 12:59



Quel est exactement le sens de votre remarque? Que Hegel n'est pas recevable? Parce qu'il pense ques les peuples ne savent pas ce qu'ils font?


1)  Je pense que Hegel a raison de dire que le but de l'histoire est la liberté, par le biais d'un Etat fort qui réconciliera l'individu et la société. Tout l'atteste aujourd'hui


2) Pour Hegel les peuples savent ce qu'ils font: ils vont inexorablement  vers leur liberté en suivant le fil de la "Raison dans l'histoire"; mais les individus ne le savent pas, en général,
car la conscience ne se lève qu'à la tombée de la nuit. C'est pourquoi les individus ont besoin de suivre des grands hommes qui eux non plus ne savnt pas ce qu'ils font, mais qui sans en
avoir la conscience explicite, poursuivent le but qui est ce lui de tous les peuples, à savoir la liberté. "L'esprit qui frappe à la porte du présent parle à travers eux".
 Il me semble que les événement actuels donnent raison à Hegel de façon flagrante, à ceci près : les "grands hommes" font défaut pour le moment.


 


 



Matthieu 24/02/2011 19:29



Oui, mais la thèse de Marx (ce n'est pas la conscience qui détermine l'existence; c'est l'existence sociale qui détermine la conscience) n'est-elle pas valide si l'on considère que l'existence
sociale des individus est en partie conditionnée par les événements de l'actualité ? Dès lors, la révolution en Tunisie a t-elle put en interférant dans l'existence sociale des individus (en
Egypte et Lybie entre autre) leur faire prendre conscience qu'il était possible de mettre fin à la tyrannie des régimes en place ? Ainsi, l'existence sociale détermine bien la conscience. Qu'en
pensez-vous ?



laurence hansen-love 25/02/2011 12:51



 Je ne comprends pas..


 La thèse que vous énoncez  "l'existence sociale est conditionnée par les événéments de l'actualité" n'a absolument rien de marxiste. C'est juste une évidence de bon sens.


 Notre pensée , nos décisions, notamment politiques, sont tributaires de l'actualité. Personne n'a jamais dit le contraire. Mais ce n'est ni marxiste ni matérialiste.. ni spécialement
philosophique. Nul ne le nie. 


 Ce que dit Marx c'est que la conscience NE DETERMINE pas l'existence sociale des hommes.


 C'est cela qui est totalement démenti par les événements en cours...



Serge Provost 24/02/2011 02:46






Karl Marx en 2011 ?


 


Et v'lan ! Bravo irremplaçable Laurence pour ce pertinent et bien mérité coup de gueule justifié par l'actualité médiate et
immédiate !!


 


Et je m'étonne, avec vous, philosophiquement agacé du soi-disant «autoproclamé» retour à Marx, qui excitent quelques archéos
gauchistes communisants (les bras et la mâchoire m’en tombent ! en 2011 !) intellectuellement et médiatiquement surévalués et surexposés (Alain Badiou, Slavoj Zizek, etc. - rien,
évidemment, à côté d’autres néo compagnons de route besancenotiens et mélanchoniens, on en conviendra…) qui font une fixette prolongée sur ce très grand esprit du XIXe à qui, vu l’époque, l'on
peut pardonner quelques prophéties économiques et millénaristes depuis longtemps, très longtemps, réfutées.


 


Bon... Respirons par le nez et sourions et rêvons même un peu, car le printemps arabe (?) et l’autre, climatique (!), semblent
si proches. 



laurence hansen-love 24/02/2011 14:24



Oui ,vous avez peut-être lu notre sémillant  Badiou qui, ces jours-ci se réjouissait du retour de communisme  ("en mouvement") en Tunisie et en Egypte ( !!! )


 meric de me lire, quelques fois j'ai l'impression de jeter des bouteilles à la mer..



mayo 23/02/2011 21:00



Ce mimétisme semble s'appliquer puisque la révolution de jasmin a "fleuri" dans les pays voisins...


Cele ne se manifeste cependant pas de la meme maniere et l'on ne sais pas encore jusqu'ou ces révolutions vont aller...


Y a til des articles qui analyse les conséquences des révolutions libertaires sur les flux d'une part de touriste (cela va baisser) et de migrants.?.. (l'italie tire la sonnette d'alarme )


Merci pour votre aide!



laurence hansen-love 24/02/2011 14:21



Il y a une foule d'articles déjà mais cela ne fait que commencer tout cela!



Jacques 23/02/2011 18:17



Bonjour, je ne comprends pas cette assertion de Girard que vous semblez approuver ? "ce que nous désirons, c'est ce que l'autre désire. Chacun modèle son désir sur le désir de  l'autre.
C'est vrai pour les individus ...  Le désir est foncièrement mimétique". En effet, je ne souhaite pas être un mouton de panurge. Je ne souhaite pas désirer ce que tout le monde
désire...(sauf la liberté, bien sur) Je ne souhaite pas être une "Fation victim"  Si le désir humain est mimétique, la création humaine en serait très appauvrie ...



laurence hansen-love 23/02/2011 18:53



Non non ... Girard ne nie pas la création humaine!


 Le désir humain est mimétique.. mais


-pas au même degré pour tout le monde, évidemment


- nous sommes libres d'interpréter nos désirs comme nous le voulons, de les satisfaire ou pas. Ne confondez pas désir et volonté


- les artistes, les philosophes, les penseurs, et tous les gens non conformistes etc.. sont capables de prendre une certaine distance avec leurs désirs,  de les sublimer, de les rejeter
 etc...


 R. Girard ne nie absolument pas la liberté en disant cela. Pas plus que Shakespeare qui avait déjà compris cela, avant Girard (dans "Deux gentilhommes de Vérone")