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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 21:02

Sport orwellien ou « forrest gumpien » ?

(Dopage, justice sportive et autres petits

et grands plaisirs de la vie)

 

(partie 2)

 

Serge Provost

Professeur de philosophie

 

«Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir»

 

Le milieu sportif intra-muros et, les plus exposés, ses athlètes de proue, connaissent, au plus près, la réalité du problème. Ils vivent ses criantes injustices (résultats pipés) et, ce dont on parle moins, ses dommages collatéraux. On ne fera qu’indiquer, en passant, la mort subite de plusieurs athlètes dopés, en pleine compétition (celle de Tom Simpson, en 1967, s'écroulant sur les pentes du mont Ventoux, à 36 ans [http://www.dailymotion.com/video/xf9qf8_la-fin-tragique-de-tom-simpson_news], celles de joueurs de basket-ball et la mort prématurée de plusieurs autres, dont la célébrissime Florence Griffith-Joyner, dite Flo Jo, morte à 38 ans, et toujours détentrice des records mondiaux du 100 et 200 mètres après 23 ans. Tiens, tiens ! Ses transformations physiques et l’ascension vertigineuse de ses chronos aux Jeux olympiques de Séoul de 1988 [ceux du premier grand scandale pour dopage du sprinter canadien Ben Johnson], aussi spectaculaires que soudains, ne laissaient guère place aux doutes.

 

Et que dire du cas récent, en novembre 2011, ces footballeurs algériens devenus bizarrement pères d’enfants handicapés ? Un ange passe... Et les autorités compétentes de nous sortir la formule convenue: «Apportez des preuves et nous demanderons à la justice de procéder.» Moralité : de haut en bas, le monde sportif professionnel vit encore dans le déni du dopage, mais il fait preuve d’un étonnant sens du consensus dans l’application de l’omerta. L’hypocrisie, disait Noah...

 

Follow the money ! [«Suivez la piste du fric !»], dit un dicton aussi américain que la tarte aux pommes et la dinde du Thanksgiving. Enfonçons une porte ouverte: le but premier du sport professionnel n’a jamais été la santé des athlètes – un corps surpuissant, d’ailleurs, n’est jamais sain —, mais leur enrichissement personnel, hypothétique, au profit, lui, maximum et certain, d’une industrie milliardaire, idéalement pérenne, dont la somme exponentielle des richesses excède toujours l’addition des fortunes de tous ces sacrifiés volontaires.

 

Vous avez dit justice ?

 

La sortie de «la personnalité la plus aimée des Français» rejoint celles de plusieurs autres grandes figures du sport, tantôt adulées, tantôt traînées dans la boue [Floyd Landis, Laurent Fignon, Francesco Moser, etc.], grands journalistes sportifs, médecins «réputés» qui estiment qu’on pourrait ainsi rétablir une certaine équité, éviter le trafic des substances, contrôler le dosage, bref, protéger la santé la vie des athlètes, voire la sauver.

 

De même, le vilain petit canard du ski alpin, l'Américain Bode Miller, triple médaillé aux J.O. de Vancouver en 2010, ivre ou non le jour de cette déclaration, disait : [...] «Autoriser le dopage serait juste, car juste cela veut dire l'égalité des chances pour tout le monde, et cela n'a rien à voir avec "bon" ou "mauvais.» [...] [...] « la lutte contre le dopage est tellement en retard et inefficace qu'on n'a qu'à légaliser l'EPO [érythropoïetine] ». [Revue de presse MILDT, 27- 10-2005] [...] « je suis surpris que les stéroïdes ou l'EPO soient illégaux parce que dans notre sport les risques sur la santé seraient réduits au minimum et cela aiderait à la sécurité des sportifs. Je ne comprends pas les instances de la lutte antidopage qui disent vouloir rendre les choses équitables, car le sport n'est pas par essence un terrain de jeu équitable. Il y en a qui ont un meilleur matériel, d'autres de meilleures méthodes d'entraînement, d'autres de plus gros moyens... c'est le cœur de la compétition : l'un gagne, les autres perdent.» [L'Équipe, 21- 10- 2005].»

 

Coïncidence ? Bode Miller, invoquait, lui aussi, la justice, avec un J majuscule, cette vertu cardinale de l'éthique qui résume toutes les autres, rend à chacun son dû, refuse les privilèges où qu'ils se trouvent, respecte la dignité et les droits des autres. Osons, subsidiaire, une question plus modeste : à l’ère du tout-fric et tout-spectacle, le sport et la justice sont-ils moralement compatibles ? Monsieur de la Palice répondrait sans doute : la justice ne peut exister sans les justes...

 

Voulez-vous bien nous dire pourquoi la pique de M. Noah, pourtant élevé dans le sérail, choque-t-elle autant ? En quoi est-elle irrecevable ? Le serait-elle si on la reformulait autrement: si la victoire se remporte par le dopage [«une amélioration artificielle et significative de la performance par la consommation d’une substance interdite», dit une vieille définition du Comité international olympique CIO], par ceux, et uniquement ceux, qui peuvent se la payer et qui, de surcroît, en sortent auréolés, sans laisser de traces, le sport est-il encore sportif ?

 

Situation surréaliste ou hyperréaliste ? Les contrôles favoriseraient ceux qui disposent des plus puissants moyens médicaux et financiers pour les contourner. D’autres répètent en chœur : «Il n’y a pas que les tricheurs bas de gamme qui se font prendre !» D’autant que l’on sait, preuves sanguines à la pelle [plus de 258, 000 prélèvements, uniquement pour cette année, selon l’agence Agence Mondiale Antidopage] et procès-scandale à l’appui, que ce ne sont plus les meilleurs qui gagnent, mais bien les plus high-technologiquement dopés qui raflent médailles et millions ! [voir Dope Story, Robert Frosi, Logiques 2 006] - ce qui n’a jamais voulu dire, faut-il le préciser, que le sportif délinquant ne soit pas la première victime du système [F. SIRI, Dopés, victimes ou coupables ? Le Pommier, Paris, 2002].

 

On entend déjà les nostalgiques s’exclamer: «Ah ! le bon vieux temps des records de Champion, pulvérisés à l’eau claire, en avalant les repas bio, préparés avec amour, par une bienveillante Madame Souza tout droit sortie des Triplettes de Belleville ! [film de Sylvain Chaumet, 2003). Faut-il donc être complètement ringard, ou simplement amateur de sport [en latin classique amator, signifie ‘ami de’], pour encore oser penser ainsi ? Inutile d’en appeler à un monde qui n’existe plus ! rétorquent les sceptiques. Qui a raison ? Pourquoi en sommes-nous rendus là ? 

 

                                                                                      À suivre.

  

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

Stéphanie 07/12/2011 06:47


Le sport c'est le mythe du surhomme , rien de plus . Alors pourquoi ne pas fabriquer ce sur homme sportif grace à la chimie du dopage ou par la chirugie ou par géni génétique ? ....


Les performances des sportifs sont ridicules par rapport à celles des animaux . N'importe quel chien érant court mieux et plus longtemps que n'importe quel marathonien . N'importe quel chat
saute mieux que n'importe quel champion ..... Bon alors ce n'est pas du corps qu'il,s'agit en fait mais du triomphe de la volonté , de toute -puissance , de la victoire de l'ésprit sur la matiére
et de cet ésprit qui va forger un corps idéal . Donc le sport n'a rien à voir avec l'animalité ni le corps mais avec l'exaltation de la volonté , le volontarisme exalté et fanatique . C'est
pourquoi le dopage , le clonage , la chirurgie biotéchnologique ... tout celà doit être proscrit officiellement en tous cas . Parceque c'est le triomphe de la volonté qu'il convient d'afficher !
...