Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 16:08

Sport orwellien ou « forrest gumpien » ?

(Dopage, justice sportive et autres petits

et grands plaisirs de la vie)

 

(partie 5)

 

Serge Provost

Professeur de philosophie

 

 

Pour en finir avec le sport orwellien ?

 

«Dieu se rit des créatures qui déplorent

les effets dont elles continuent à chérir les causes.»

Bossuet.

 

N’en déplaise aux derniers marxistes, la culture dominante n'est pas la culture de la classe dominante, c’est la culture de masse où le sport occupe une place omniprésente. Les chaînes de télévision, publique et privée, sont devenues sa principale courroie de transmission, celle d’un divertissement unidimensionnel. Le sport-spectacle sature d’ores et déjà notre espace télévisuelle. Le marketing sportif des grandes équipes et des chaînes qui les promotionnent, avec le concours tarifé des grands joueurs, ne relève plus de la publicité, mais, osons le dire, de la propagande.

 

Avec l’inflation accrue des droits de télévision, seules les grandes chaînes, de façon monopoliste, transmettent les grands événements sportifs ayant un rayonnement planétaire. Le monde, durant quelques jours, voire deux pleines semaines, se retribalise sans jamais, économiquement, se démondialiser. Motif ? Pour augmenter leurs marges bénéficiaires, d’abord et avant tout. Les cotes d’écoute fracassent, elles aussi, des records, ce qui leur permet de vendre aux publicitaires «du temps de cerveau disponible» à prix d’or, à des taux calculés en micro-seconde, défiant l’imagination.

 

Les sponsors, aidés des plus influentes maisons de mise en marché international, y jouent un rôle de premier plan. La caricature de l’orgie marchande étant sans doute celle des maillots des cyclistes et des camisoles des coureurs automobiles. Les athlètes réifiés, réduits à l’état de marchandises parmi d’autres sont, le temps d’une épreuve, et bien au-delà, littéralement transformés en hommes-sandwichs. Les plus grandes vedettes de chaque sport sont encore plus étroitement associées au nom des produits promotionnés, et ils réapparaissent, en vidéoclips, durant les pauses publicitaires. Cette commercialisation extrême du sport succède à sa politisation, pour un temps mis entre parenthèses, en attendant les prochains Jeux olympiques (Londres 2012) où le nationalisme reprendra le dessus.

 

En paraphrasant Peter Sloterdijk, cette culture de masse (ceux qui, individuellement et concrètement, la constituent et l’alimentent) semble candidate à «l’intoxication sportive volontaire» (voir Essai d'intoxication volontaire, Calmann-Lévy, 1999.) Toujours plus demandeuse de «match du siècle», un sport après l’autre, plusieurs en même temps, parfois le même jour, pour toutes les saisons et toutes les plages horaires des centaines de millions d’Homo Tele Sportivus irrassasiables. Comme si la célèbre formule de Juvénal Panem et circenses (Du pain et des jeux) avait été écrite, non pas pour assujettir et calmer les peuples de l’Antiquité, mais pour aliéner nos contemporains par le divertissement ludique et permanent, plutôt que de les amener à se soucier des problèmes qui les occupent, ainsi que ceux de leurs enfants et des générations à venir. Faut-il aller aussi loin que le polémiste Léon Bloy et conclure : «Je crois fermement que le sport est le plus sûr moyen de produire une génération de crétins malfaisants» ?

 

... Faisons un rêve  forrest gumpien 

 

Faisons un rêve. Un rêve non orwellien. Se peut-il qu’advienne un temps où les masses, informées et écœurées de la triche institutionnelle et de son dopage banalisé, renonceront aux sortilèges de la prouesse sportive, de ses héros de pacotille ? Se peut-il qu’elles en aient assez des exploits sportifs surhumains, concoctés en laboratoire, et qu’on ne voudrait jamais voir réalisés ? Se peut-il, après la énième série noire de scandales, qu’elles éteignent pour de bon leurs postes de télévision, qu’elles n’assistent plus aux compétitions, complètement bidon, présentées avec faste dans les stades où s’affrontent des cobayes ?

 

Après un long sevrage, se peut-il que les foules, enfin désintoxiquées, ayant atteint leur seuil de résistance humainement acceptable aux mensonges et à la frime, disent, en cœur, non ! non et non ! à ce sport orwellien ? Ce sport orwellien qui, tel Big Brother, appelle sport une magouille; ce sport orwellien qui veut, non seulement qu’on le regarde, qu’on l’écoute, qu’il nous fasse rêver, qu’on lui obéisse au doigt de nos zapettes et à l’œil de nos grands écrans bientôt 3D, mais, de surcroît, comble du contrôle des esprits et des corps,  il veut qu’on l’aime !

 

Ce n’est pas demain la veille. Je sais. Je sais. Mais... si ce jour arrivait, la réponse du gentil demeuré, dénommé Forrest Gump, sa réponse intérieure aux questions anxieuses que pose notre époque, réponse simple et humaine, résonnerait aux oreilles du plus grand nombre comme une petite, mais véritable révélation; une invite fraternelle aux plaisirs accessibles et à la joie, plénière, d’enfin se sentir exister, juste pour le plaisir. 

 

       -«Pourquoi courez-vous ?

       - Pourquoi faites-vous ça ?

       – J’ai juste envie de courir !», répondit Forrest Gummmpppp.

 

                               FIN

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
commenter cet article

commentaires