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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 16:14

Sport orwellien ou « forrest gumpien » ?

(Dopage, justice sportive et autres petits et grands plaisirs de la vie)

 

(partie 1)

 

Serge Provost

Professeur de philosophie

 

 

«Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play.

Il déborde de jalousie haineuse, du mépris de toute règle, de plaisir sadique

 et de violence ; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins.»

 Georges Orwell.

 

Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres.»

George Orwell, La Ferme des animaux.

 

«La guerre, c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force.»

Georges Orwell, 1984.

 

«Pourquoi vous courez ?» «Vous faites ça pour la paix dans le monde ?»

Vous faites ça pour les sans-abri ?» « C’est pour les droits des femmes que vous courez ?»

«Où pour l’environnement ?» «Où pour les animaux ?»

 

Forrest, en voix off, réagit à ces questions:

 

«Ils ne voulaient pas croire que quelqu’un puisse être

 assez bête pour courir autant sans raison »

«Pourquoi faites-vous ça ? – J’ai juste envie de courir !».

Forrest Gump.

Extrait du film de Robert Lee Zemeckis – à partir du livre de Winston Groom.

 

 

Qui a raison ? Le naïf Forrest Gump ou le caustique Georges Orwell ? Après la polémique enclenchée par «l’affaire Yanik Noah», se peut-il, hélas, une fois de plus, qu’Orwell ait tout compris à l’avance ? Et si, pour notre plus grand bonheur, c’était exactement le contraire ?

 

La potion magique de Yanik Noah : «Ne cachez plus cette performance que l’on sait voir !»

 

Si le mot sport possède encore le même sens, il consiste à la fois à faire preuve de fair-play – vieux terme anglais signifiant «acceptation loyale des règles» - et d’esprit sportif, c’est-à-dire actualiser des qualités morales avant, durant et après l’épreuve sportive. Les deux étant les conditions sine qua non pour que l’on puisse réellement parler d’une pratique sportive faite selon des règles éthiques minimales. Or, sont-elles respectées dans le sport tel qu’il est pratiqué aujourd’hui ? «Beau joueur», «de bonne foi», «franc-jeu», «loyal», autant de belles et nobles vertus sportives à mettre dans la poubelle de l’Histoire ?

 

L’argumentaire sentait un peu le réchauffé, on en conviendra. Mais, après bien d’autres coqueluches sportives «non politiquement correctes», en attendant la prochaine, les propos rugueux et bien sentis de Yanik Noah sur le dopage, insusceptibles d’être taxés de langue bois, mirent le feu aux poudres. Pourquoi maintenant ? Tempête dans un verre d’eau ? Amalgame connu entre le message et le messager ? Amplification médiatique mercantile ? Possible. Mais l’essentiel n’est pas là.

 

Qu’a donc raconté le populaire tennisman-chanteur ? Quel outrage moral a-t-il commis pour recevoir pareille volée de bois vert ?  Play it, Sam, dirait Bogard: «Arrêtons l’hypocrisie. Il faut bien sûr respecter la présomption d’innocence, mais plus personne n’est dupe. La meilleure attitude à adopter est d’accepter le dopage. Et tout le monde aura la potion magique.» (Le Monde 19-11-2011). Voyez-vous là quelque signe avant-coureur de l’Apocalypse Maya 2012 prévu pour le 21 décembre prochain ?

 

Poubellisons, si vous le voulez bien, à vitesse TGV, les psychanalyses sauvages et autres décryptages abscons auxquels a donné lieu le coup de gueule de M. Noah : une sortie du placard postcarrière déguisée; attirer l’attention sur  son ego hypertrophié à travers une provocation gratuite; un règlement de compte fielleux, en forme d’estocade, contre l’Espagne et ses champions multisports (Rafael Nadal, Alberto Contador, etc.) à qui il reproche l’usage systémique de procédés confiscatoires.

 

Peu nous chaut la panacée libertarienne défendue par l’ancien champion français, si tant est qu’il fût animé d’une intention justicière propre aux redresseurs de torts d’une humanité pusillanime. En vieux professionnel, il corrigea rapidement le tir et, avec maestra, rétropédala: «Mes propos portaient sur et non pas pour le dopage !» Accordons-lui le bénéfice du doute. De toute façon, sans doute le sait-il mieux que personne, aucun gouvernement, aucun comité d’éthique, aucun athlète en exercice, aucune fédération sportive, aucun propriétaire de grand club ne la soutiendront... officiellement ! - pour leur bien ou le bien commun ?

 

Ils invoqueront, non sans raison, les dogmes et les tabous connus : l’importance de maintenir l’interdit moral et légal du dopage; défendre à la fois l’éthique sportive et l’éthique médicale (le serment d’Hippocrate – «Ne pas nuire...»); protéger la santé publique et celle des athlètes; réaffirmer le rôle exemplaire que doivent socialement jouer les sportifs de haut niveau, modèles pour la jeunesse; sans parler du retour à l’état de jungle qu’entraînerait une telle légalisation ingérable. 

 

Cela dit, c’est le diagnostic porté sur le grand corps malade, sur l’état délictueux du monde sportif qui devrait, éthiquement, nous questionner. Rassurons-nous, bonnes gens, l’Histoire fourmille d’exemples, et, règle générale, qui tire la sonnette d’alarme n’est pas le responsable ou le coupable. Comme on dit : il met le doigt là où cela fait mal. Pourtant, étrange paradoxe : ce sont ceux qui bénéficient le plus du dopage qui s’y opposent avec le plus de conviction. Tartufferie ? Pantalonnade ?                        À suivre.

 

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

Jonas. 08/09/2012 19:31


Je respecte ce professeur de philosophie. Mais je ne pense pas qu'il faille prendre   les déclarations de   Yannik Noah au sérieux ,lui dans le palmares tourne autour d'un tournois de
Rolland Garros en 1983.


Les palmares d'un Roger Federer-Rafael Nadal,Peter Sampras Edberg et Sampras sont auy-trement plus étoffés. Je crois que cette idole des Français est un peu jaloux.C'est un bon joueur de tennis
chez  les chanteurs.


Quant au dopage c'est un fléau qui frappe partout et pas seulement dans le sport.