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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 10:01

 

Dominique Strauss-Kahn: pouvoir, argent et éthique des désirs

(divertissement hédoniste pour temps de sinistrose)

 

 

 

Serge Provost

Professeur de philosophie

 

 

«Les Grecs et les Romains de l’Antiquité vivaient totalement et librement leur sexualité, qu’elle fût hétéro ou homosexuelle, bestiale, masturbatoire, hantée par la virginité, par les semences et les humeurs, comme autant de symboles d’une humanité inventive et féconde dont les tabous et les interdits différaient des nôtres.»
Joël Schmidt, in
Éros parmi les dieux
, La Musardine, 2003.

 

La tragédie qui frappe de plein fouet DSK et la plaignante, de même que la défense inconditionnelle du droit à la présomption d’innocence, n’interdit pas, on l’espère, de philosopher et de sourire un peu. En particulier, sur une forme d’hédoniste mise en lumière par la brûlante et déconcertante actualité new-yorkaise de ce printemps 2011.

 

L’hédonisme revisité

 

«De tous les plaisirs, seul compte celui du moment, car les plaisirs passés et futurs n'ont aucune existence. On doit s'y abandonner, comme, et quand il passe, sans honte ni remords». Cette phrase ne sort pas de la bouche de l’homme par qui le scandale arrive ou le complot advient, mais du philosophe grec Aristippe de Cyrénée (435-356).

 

Il existe un important courant hédoniste immodéré qui traverse l’histoire de la philosophie occidentale. Peut-il nous aider, ne fût-ce qu’un peu, à éclairer la situation abracadabrantesque que nous vivons ? On peut le penser.

 

En philosophie, l’hédonisme est le terme servant à désigner des morales plurielles, et souvent contradictoires - immodérées (les libertins), modérées (Aristote), raisonnées (Épicure et Bentham) — qui font du plaisir le principe ou le but de la vie. Cette définition étant faite, risquons un abrégé kamikaze de l’hédonisme immodéré, désormais dernier buzz planétaire, jusqu’au prochain. 

 

Petit catéchisme de l’hédoniste immodéré en 20 idées simples

 

Article 1. Il vous faut pleinement réaliser le commandement chrétien d’amour universel, mais en le renversant de façon positive. Non pas sa Règle d’or éthique, abstraite et négative, la célébrissime : «Ne fais pas aux autres ce que ce que tu n’aimerais pas qu’ils te fassent», mais, plutôt, fais leur ce tu aimerais qu’ils te fassent : fais-les jouir !

 

Article 2. Contrairement aux formules religieuses millénaires archiconnues, demandez-vous s'il y a une vie avant la mort et un paradis avant la fin de vos jours. Votre bonheur imminent et immanent en dépend.

 

Article 3. «Le plaisir n’est ni bon ni mauvais, il est savoureux» (…) «Il faudra vous habituer à éprouver du plaisir sans avoir à le mériter, il faudra vous habituer à être heureux sans raison, car le plaisir est gratuit et rien ni personne ne s'oppose à ce que vous jouissiez sinon vous-mêmes.», préconise André Moreau, philosophe québécois et grand hédoniste (L'enseignement jovialiste, Éditions Jovialistes, Inc, 1976.) 

 

Article 4. Il n’y a pas de mal à vous faire du bien, le plus souvent plaisir.

 

Article 5. N’ayez crainte, de bons plaisirs, vous n’en aurez jamais trop.

 

Article 6. « La meilleure façon de se débarrasser d'un désir est d'y succomber», conseille Oscar Wilde.

 

Article 7. Il vous faut : «Jouir et faire jouir sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà toute la morale », insiste Chamfort (1740-1794).

 

Article 8. «Aimez-vous les uns les autres et, pourquoi pas : «Aimez-vous les uns sur les autres» si telle est votre préférence librement consentie.

 

Article 9. Dites-vous que tout est permis, mais que rien n’est obligatoire. Solidarité générationnelle, vous vivrez alors «sans temps mort et jouirez sans entraves», comme le clamait le slogan canonique des vieux combattants de mai 68.

 

Article 10. Entre partenaires adultes et consentants, tout devrait être permis dans la mesure où vous, l’autre et tous les autres n’êtes pas mis en danger – soit à votre insu (virus), soit dans les conséquences connues pour votre intégrité physique et votre santé psychologique (tendances SM).

 

Article 11. Jouissez régulièrement de vos 5 sens et de tous vos orifices corporels, et vous trouverez «Plus belle la vie», ailleurs qu’à la télévision.

 

Article 12. Rappelez-vous que l’absence de plaisir est le symptôme/signal vous indiquant les errances de vos choix de partenaires et de votre mode de vie. Voilà donc pourquoi : [...] «Voyons-nous si fréquemment les dévots si durs, si fâcheux, si insociables ? C’est qu’ils se sont imposé une tâche qui ne leur est pas naturelle ; ils souffrent, et quand on souffre, on fait souffrir les autres», dit le maître es jouissance, Denis Diderot. Le Neveu de Rameau.

 

Article 13. Adjoignez au gravissime impératif catégorique kantien « Fais ce que dois ! », le festif et jubilatoire : « Et fesses ce que dois ! »

 

Article 14. Abandonnez-vous à tous vos plaisirs, quitte, plus tard, à faire le constat qui vous exonérera de tout blâme envers vous-même : «J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.» Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, Alfred de Musset.

 

Article 15. Goûtez, savourez, mordez dans la vie puisqu'il n’est jamais trop tôt, mais toujours trop tard pour jouir et être heureux.

 

Article 16. Empreignez-vous de la vérité pratique de cette maxime  : «Il vaut mieux avoir des remords que des regrets». Elle allègera vos nerveux soliloques et autres nostalgiques ruminations à court, moyen et long terme. «On aura tout le temps, quand on sera vieux et malade, d'encourager les jeunes à ne pas faire ce dont on est soi-même plus capable d'imaginer et, encore moins, d'exécuter», rajoute le grand dandy anglais.

 

Article 17. Comme le temps passe et tout passe avec lui : célébrez la vie. Courte elle est, mais éternelle est la mort de laquelle personne ne sort vivant ni ne revient : que la conscience de votre finitude vous fasse réaliser l’infinie nécessité de vous laisser être.

 

Article 18. N’en doutez jamais : il dépend de vous, et de nul autre, d’emprunter la route si peu empruntée et pourtant la plus jubilatoire : « Chaque homme porte donc en soi le germe de son propre bonheur avec celui de la volupté. » J.O. de Lamettrie. L’art de jouir.

 

Article 19. Donnez congé, pour un temps (et pourquoi pas pour toujours ?) au métallique et cérébralissime Cogito, ergo sum et laissez-vous tenter par le tonique «Je jouis, donc je suis.»

 

Article 20. Just do it ! (slogan publicitaire de Nike). Convainquez-vous que le plus grand risque d’une vie, c’est de n’en prendre aucun. Répétons-le : Just do it ! Fais-le ! (lecteurs : pour son plus grand bonheur, les lucratifs et tripatifs tarifs du sponsor  en question ont gracieusement été versés à l’auteur pour avoir délibérément fait un «placement produit» en fin d’article, juste avant son punch.)

 

À vous de compléter la liste :…

 

L’hédonisme et son contraire

 

Sans jamais revenir et s’appesantir sur un sujet de l’actualité chaude qui assomme déjà tout le monde, et dont nous ignorons encore l’essentiel, un mot de conclusion.

 

À ceux qui privilégieraient un usage moïste et sadien des plaisirs, fondé exclusivement sur le «self love first»  : «La nature n'a créé les hommes que pour qu'ils s'amusent de tout sur terre [...] Tant pis pour les victimes, il en faut», confessait «le divin marquis», rappelons, en passant, que ce mode d’emploi du corps de l’autre ne relève plus, depuis très longtemps, de la tradition hédoniste, mais du Code pénal.

 

                                 Ainsi soit-il.

 

 

 

 

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

Ewa 27/05/2011 09:42



Merci!!!


 


Menu du banquet :


En entrée, je vous propose les daubes et salades.


En plat principal - onfray sur le feu, le plat consistant qui marche du tonnerre à notre banquet.


Et au dessert, on goûte les autres (ce sera votre cas ;~))


Nous étanchons notre soif de façon très peu conventionnelle, alors je ne vous le propose pas, mais un café à la onfray - pourquoi pas.


 


Ah…, c’est trop tard pour changer d’avis, vous avez dit oui.



Serge Provost 26/05/2011 17:30



Why not ? pour le « banquet avec onfray ». On y mangera quoi ? Qui ? Le repas
gratuit pour l'auteur, j'espère.



Serge Provost 26/05/2011 16:55



Réponse à votre colère: ici même, sur votre Blog, 26 mai, voir Colère... le mot qui fâche?



Serge Provost 26/05/2011 07:34






Les raisons de la colère


«Chaque nouvelle info réveille ma colère», dit notre Laurence. Les encolérés, dit-on, sont rarement de bons éclaireurs éthiques. Mais, soyons un brin pompeux, n’arrive-t-il pas que le sentiment
qui les ensauvage vise juste?  



laurence hansen-love 26/05/2011 15:07



 


 


Il y a colère et colère.


 Sans me vanter, je crois que je peux argumenter pour expliquer ma colère!






Ewa 25/05/2011 19:20



Ce texte-là : http://www.hansen-love.com/article-pourquoi-obeissons-nous-par-serge-provost-47241927.html


J’aurais aimé le publier sur « banquet avec onfray » et en même temps, donner le lien de votre blog. Mais si cela vous pose un quelconque problème, je comprendrai parfaitement.  



laurence hansen-love 26/05/2011 14:58



évidemment  je suis d'accord si Serge P. l'est aussi