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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 15:55

Pierre Rosanvallon explique ici pourquoi, dans une certaine mesure, nous contribuons à "valider"   les dérives de la société moderne:

 

 "Dans cette société de concurrence généralisée, l'image du consommateur est sacralisée. Il devient la figure, la mesure et la vérité de l'intérêt général. Le projet égalitaire se confond en lui avec la destruction des rentes et des monopoles, le droit pour chacun d'accroître son pouvoir d'achat et d'élargir le champ de ses choix. Dans l'idéologie contemporaine, la destruction des privilèges a pris ce nouveau visage de l'exaltation de la concurrence. C'est une nouvelle culture du choix qui triomphe sous son étendard : l'idéal d'une existence augmentée s'est rapetissé en une possibilité sans cesse plus large d'arbitrage entre des produits. Les bénéfices immédiatement sensibles du consommateur ont ainsi permis de faire oublier les désenchantements du citoyen et de racheter son impuissance. L'attention à sa marge de manoeuvre effectivement accrue a supplanté le souci de l'égalité sociale ; la question de la destruction des monopoles s'est substituée à celle de la réduction des inégalités. L'idéal du bien a ouvertement pris la forme d'une protection incondition
nelle de ce consommateur. Sa défense finit presque du même coup par se faire passer pour le dernier mot du militantisme et de l'action publique.
[...]
Cette idéologie a prospéré sur ce terreau du vide politique, mais elle ne l'a pas créé (tout en participant évidemment ensuite à son entretien). Elle a pris de l'ascendant parce que, face à une définition ressentie comme plus problématique ou plus controversée d'un intérêt général, elle a donné une consistance directement tangible au fait modeste, mais quotidiennement appréciable, d'une capacité de libre choix accrue des individus, que cela se manifeste sur le terrain peu exaltant des produits de consommation courante ou sur celui plus conséquent de l'école de ses enfants. Ces individus peuvent manifester leur malaise devant l'évidement du politique, mais ils ne sont pas prêts à renoncer à ces petits pouvoirs, quelles que soient leurs limites. La société de concurrence généralisée peut ainsi être ouvertement et globalement vilipendée tout en étant silencieusement validée".

 

La société des égaux, pp 326-328.

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Cordroch J F 21/09/2011 09:36



Il est certain que le fait que nos systèmes socio-économiques soient fondés sur la production-consommation de différents biens , matériels et autres , confère au citoyen le pouvoir de
choisir dans quelle société il veut vivre , en décidant de consommer de telle, ou telle manière ,ce qui modifierait la manière de produire et donc la manière de travailler et de vivre .Sauf que
pour que cela soit réellement efficace ,il faudrait que le consommateur ait une conscience claire de ce pouvoir ,et surtout qu'il sache qu'elle société il veut voir se dévélopper .La question est
toujours la même , l'individu veut-il plus de liberté et d'autonomie , et surtout est-il capable d'en assumer les risques ?


Personnellement ,je pense qu'il continuera préférer voter pour des personnes auxquelles il abandonnera son pouvoir de décision , plutôt que d'user de son pouvoir de décider lui-même du monde
qu'il veut laisser à ses enfants, en modifiant sa manière de consommer .Bien entendu ,les grosses entreprises productrices de biens de consommation connaissent" les faiblesses", des consommateurs
et font tout pour les entretenir à coup de spots publicitaires .Et il est vrai également que la défense des consommateurs est devenue une nouvelle forme de combat se substituant à la défense des
égalités .


Il ne peut y avoir de véritable liberté individuelle ,que lorsqu'il y a chez l'individu des besoins simples ,naturels ,s'accompagnat de la capacité , ou du pouvoir ,de les satisfaire tout aussi
simplement et naturellement , sans besoin d'intermédiares ni de substituts artificiels ,qu'il faudrait alors rechercher ,attendre et trouver auprès de ceux qui les fabriqueraient .


Il apparait donc évident que, pour que nos systèmes socio-économiques puissent se maintenir et se développer , ceux qui sont à la tête des instances politiques et économiques  ,doivent
oeuvrer afin de maintenir le citoyen, en consommateur ,et non en citoyen averti et autonome quant à la satisfaction de ses besoins vitaux .


On entendra jamais dire dans une école , une université , que notre civilisation est totalement fondée sur l'exploitation des névroses des individus , l'exploitation elle-même étant pour ceux qui
y ont recours ,un moyen de donner sens à l'existence .