Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 10:17

 La plupart des philosophes sont jugés sinon pervers, du moins inutiles par l’opinion publique. De fait, rares sont les philosophes qui sont aussi  doués d’un tempérament  les rendant  aptes à la politique :

 

« Bien faible, Ô Adimante. reste donc le nombre de ceux qui peuvent avoir dignement commerce avec la philosophie peut-être quelque noble caractère formé par une bonne éducation et sauvé par l'exil, qui, en l'absence de toute influence corruptrice, demeure fidèle à sa nature et à sa vocation; ou quelque grande âme, née dans une humble cité, qui méprise et dédaigne les charges publiques ;  peut-être encore quelque rare et heureux naturel qui déserte, pour aller à la philosophie, une autre profession qu'à bon droit il estime inférieure. […]

Telles sont les réflexions qui nous préoccupaient et nous faisaient craindre de parler; cependant, forcés par la vérité, nous avons dit qu'il ne fallait point s'attendre à voir de cité, de gouvernement, ni même d'homme parfaits avant qu'une heureuse nécessité ne contraigne, bon gré mal gré, ce petit nombre de philosophes qu'on nomme non pas pervers mais inutiles, à se charger du gouvernement de l'État, et à répondre à son appel - ou qu'une inspiration divine ne remplisse les fils des souverains et des rois `, ou ces princes eux-mêmes, d'un sincère amour de la vraie philosophie. Que l'une ou l'autre de ces deux choses, ou toutes les deux, soient impossibles, je déclare qu'on n'a aucune raison de le prétendre; autrement c'est à bon droit qu'on se moquerait de nous, comme de gens qui formulent de vains souhaits, n'est-ce pas? »

[…]

 Ils sont en petit nombre… mais, en outre, ils ne désireront pas gouverner. Il faudra donc les y contraindre :

 

                « Or parmi ce  petit nombre, celui qui est devenu philosophe et a goûté la douceur et la félicité que procure la possession de la sagesse, qui a bien vu la folie de la multitude et qu'il n'est pour ainsi dire personne qui fasse rien de sensé dans le domaine des affaires publiques, celui qui sait qu'il n'a point d'allié avec qui il pourrait se porter au secours de la justice sans se perdre, mais qu'au contraire, comme un homme tombé au milieu de bêtes féroces, se refusant à participer à leurs crimes et par ailleurs incapable de résister seul à ces êtres sauvages, il périrait avant d'avoir servi sa patrie et ses amis, inutile à lui-même et aux autres ;  pénétré de ces réflexions, il se tient en repos et s'occupe de ses propres affaires : semblable au voyageur qui, pendant un orage, alors que le vent soulève des tourbillons de poussière et de pluie, s'abrite derrière un petit mur, il voit les autres souillés d'iniquités, et il est heureux s'il peut vivre sa vie d'ici-bas pur lui-même d'injustice et d'actions impies, et la quitter souriant et tranquille, avec une belle espérance

Oui

Si donc quelque nécessité a contraint des hommes éminents en philosophie à se charger du gouvernement d'un État, dans l'étendue infinie du temps passé, ou les y contraint actuellement en quelque contrée barbare que la distance dérobe à nos regards, on doit les y contraindre un jour, nous sommes prêts à soutenir que la  constitution dont nous parlons a existé, ou existera, quand la Muse philosophique deviendra maîtresse d'une cité. Il n'est pas impossible en effet qu'elle le devienne, et nous ne proposons pas des choses impossibles; mais qu'elles soient difficiles, nous le reconnaissons ».

République  496 c- 499 d

 

Partager cet article

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
commenter cet article

commentaires