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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 10:19

 « Je laisse chacun vivre selon sa complexion, et je consens que ceux qui le

veulent, meurent pour ce qu'ils croient être leur bien, pourvu qu'il me soit

permis à moi de vivre pour la vérité ».

 

SPiNOZA, Lettre XXX à Oldenburg,1685.

 

 

« Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d'assister du rivage à la détresse d'autrui ; non qu'on trouve si grand plaisir à regarder souffrir ; mais on se plaît à voir quels maux vous épargnent. Il est doux aussi d'assister aux grandes luttes de la guerre, de suivre les batailles rangées dans les plaines, sans prendre sa part du danger. Mais la plus grande douceur est d'occuper les hauts lieux fortifiés par la pensée des sages, ces régions  sereines d'où s'aperçoit au loin le reste des hommes, qui errent çà et là en cherchant au hasard le chemin de la vie, qui luttent de génie ou se disputent la gloire de la naissance, qui s'épuisent en efforts de jour et de nuit pour s'élever au faîte des richesses ou s'emparer du pouvoir.

O misérables esprits des hommes, ô coeurs aveugles ! Dans quelles ténèbres, parmi quels . dangers, se consume ce peu  d'instants qu'est la vie ! Comment ne pas entendre le cri de .la nature, qui ne réclame rien d'autre qu'un corps exempt de douleur, un esprit heureux, libre d'inquiétude et de crainte ?

Au corps, nous voyons qu'il est peu de besoins. Tout ce qui lui épargne la douleur est aussi capable de lui procurer maintes délices. La nature n'en demande pas davantage : s'il n'y a point dans nos demeures des statues d'or, éphèbes tenant dans leur main droite des flambeaux allumés pour l'orgie nocturne ; si notre maison ne brille pas d'argent et n'éclate pas d'or; si les cithares ne résonnent pas entre les lambris dorés des grandes salles, du moins nous suffit-il, amis étendus sur un tendre gazon, au bord d'une eau courante, à l'ombre d'un grand arbre, de pouvoir à peu de frais réjouir notre corps surtout quand le Î temps sourit et que la saison émaille de fleurs l'herbe verte des prairies. Et puis, la brûlure des fièvres ne délivre pas plus vite notre corps, que nous nous agitions sur des tapis brodés, sur la pourpre écarlate, ou qu'il nous faille coucher sur un lit plébéien.

Puisque les trésors ne sont pour notre corps d'aucun secours, et non plus la noblesse ni la gloire royale, comment seraient-ils plus utiles à l'esprit ?

(...] Si la hantise des soucis ne cède ni au bruit des armes, ni aux cruels javelots, s'ils tourmentent avec audace rois et puissants du monde, s'ils ne respectent ni l'éclat de l'or, ni la glorieuse splendeur de la pourpre comment douter que la raison ait seule le pouvoir de les chasser, d'autant plus surtout que notre vie se débat dans les ténèbres ? »

LUCRÈCE (98-55 av. J.-C.), De la Nature, Livre II, v. 1-52, trad. H. Clouard, Garnier-Flammarion.

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Cordroch J F 16/09/2011 10:25



la vie se complique pour un individu selon les substituts qu'il lui faut trouver, afin de se procurer les sensations et émotions indipensables au sentiment d'existence , qui normalement
devrait résulter de la simple satisfaction naturelle des besoins vitaux du corps Or ,si cette satisfaction naturelle est devenue pour l'homme un problème , c'est qu'elle allait à l'encontre d'un
besoin artificiel apparu avec le développement de la technologie (les premiers outils ) ,procurant à l'individu mâle un sentiment de puissance qu'il n'éprouvait pas avant , l'ayant amené à
abandonner certains actes et comportements le mettant en position d'égalité , voir même d'infériorité face à la nature et à la femme .


Le simple fait ,pour un individu mâle d'avoir entre les mains un baton ,une lance , une matraque , ...un objet pouvant lui permettre de posséder un avantage contre un éventuel ennemi ,transforme
psychologiquement celui-ci .Il se sent plus fort ,et se met à éprouver le besoin de démontrer cette force en créeant l'occasion de le faire , en s'inventant des raisons ,des justifications , des
ennemis .A l'origine de la sensation de puissance ,de pouvoir ,éprouvée par un individu utilisant un objet , ou occupant une position avantageuse au sein d'une collectivité ,d'un système , d'une
idéologie , ...il y a toujours le besoin de compenser un manque . Ce manque s'installe en tout individu subissant de trop nombreuses et répétitives petites frustrations durant les premières
années de son existence ,ce dont se charge toute éducation se faisant dans le cadre de la volonté humaine de contrôler et dominer la nature , apparue avec les premiers outils , soit donc à l'age
de pierre .


Pour comprendre les problèmes actuels de l'humanité  , il faut remonter dans sa préhistoire pour y trouver l'origine ,exactement comme pour les problèmes d'un individu ,dont
l'origine est à rechercher dans son enfance .