Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 12:46




« Faites du sport : vous ne vivrez pas plus vieux, mais vous vivrez plus jeune », avait coutume de dire Thierry Maulnier. Toutefois, la cause du sport n’est pas gagnée d’avance. Le sport court le même risque que la religion : être réduit à une pratique sociologique, voire à un opium du peuple. C’est à l’évidence un formidable dérivatif aux questions sociales et il y a lieu à critiquer le sport-spectacle. Mais le sport peut aussi se penser autrement. Glorification du corps mais surtout de l’effort du corps, unité de l’âme et du corps. Platon évoque les vertus de la gymnastique (Les Lois, La République). Saint Paul parle longuement de la gymnastique, de la lutte, de la course à pied. C’est à cette dernière activité qu’il assimile souvent sa propre expérience et son propre itinéraire spirituel. « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée » (Lettre aux Hébreux, 12,1). « J’ai combattu le beau combat, j’ai achevé ma co urse » dit encore Paul. Dans un autre passage il affirme : « Je ne vais pas à l’aveuglette, et je boxe ainsi, je ne frappe pas dans le vide ». Jésus lui même est celui qui a couru devant, le pré-curseur (Lettre aux Hébreux, 6,20). Denis Moreau écrit : « Dans ces moments d’exception que procure l’effort d’endurance, un chrétien trouvera donc comme une jouissance anticipée du corps de gloire que sa foi lui promet pour l’autre vie. Et plus prosaïquement, il est envisageable qu’une pratique effective de la course d’endurance ait fourni à Paul son concept de corps glorieux et certains des éléments qui le constituent ».


Le sport n’est ni un simple spectacle ni un pur hygiénisme. C’est une pratique qui change la pensée elle même. Les choses du corps influent sur celles de l’esprit. L’effort, la recherche de l’allure, la confrontation avec l’adversaire direct (dans le cas du sport pugilistique), ou avec ces adversaires indirects que sont les concurrents (course à pied, course contre la montre…) sont des activités qui changent la vision du monde elle-même. Ainsi tout exercice physique n’est pas du sport, ce qui met à l’écart l’amour, souvent qualifié de « sport en chambre ». (Quoique. Il y a en effet aussi une dimension sportive dans le sexe).


La philosophie est ainsi sur le stade, et la pensée elle-même, comme l’avait bien vu Montherlant dans de nombreux textes des années 20 et 30. Exercices physiques et exercices spirituels sont liés. Nietzsche l’avait dit : on ne pense bien qu’en marchant. Par le sport, l’homme effectue le passage « de la puissance à l’acte » (Aristote). L’homme expérimente aussi le progrès de soi, l’augmentation de soi. Il se maîtrise aussi, ce qui renvoie à une préoccupation du christianisme. Mais il exulte parfois : Apollon et Dionysos. Le sport établit encore une médiation entre l’homme et le monde en amenant ses schémas, ses images, ses représentations. Tout comme l’art et même souvent avec l’art.


Parabole de la société, le sport est compétition avec autrui, mais il est aussi souvent coopération avec autrui. Il est donc sélectif. Il repose sur la distinction entre les nôtres (notre camp) et les autres (les adversaires, le camp d’en face). Il suppose bien sûr des règles précises, comme le jeu, dont il est proche. Dans le rugby, écrit Robert Damien, il faut « être à la fois et en même temps courageux et inventif, élégant et combatif, percutant et dynamique, intelligent et engagé, généreux et contrôlé, explosif et concentré… Des réquisitions antagoniques pour une métamorphose exaltante qu’un certain philosophe appelait la joie ! Qui ne l’a pas connue ne sait pas ce qu’est le bonheur… » Dans le sport cycliste, écrit Jean-François Balaudé « tout se passe comme si l’esprit s’absorbait totalement dans le corps; le résultat n’est pas que l’activité de l’esprit [s’abolisse] en cela même, mais que l’esprit accède, indis cernable du corps, à un plan d’existence exceptionnel ».


Dans tout sport, il s’agit de « se créer un corps plus élevé » (Nietzsche). Ce qui suppose deux principes de base. Considérer que « le corps est chose honorable ». Et que le progrès de soi est possible et louable. Blaise Benoît note ainsi : « une éducation est donc requise pour favoriser l’émergence de cette légèreté, condition d’un surcroît de finesse dans la construction de la relation que nous entretenons avec le monde ».


Pierre Le Vigan


• Denis Moreau et Pascal Taranto (sous la direction de), Activités physiques et exercices spirituels. Essais de philosophie du sport, Vrin, 2008.


• Paru dans Flash, n° 71, du 28 juillet 2011.

Partager cet article

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
commenter cet article

commentaires

Cordroch J F 12/10/2011 11:51



le sport individuel s'apparente selon moi à un combat de l'esprit contre le corps , le premier exigeant du second qu'il se soumette à son pouvoir ,à sa volonté afin de parvenir à atteindre des
objectifs ,visant à satisfaire un besoin de  se procurer une satisfaction de soi-même , une raison de s'aimer .Lors d'une compétition de course à pied ,par  exemle , les
adversaires apparaissent plus comme une stimulation , une motivation et une raison, de se surpasser dans l'exercice du pouvoir de contrôle de la volonté sur le corps . Gagner une course c 'est
d'abord la victoire de la volonté de l'esprit sur le corps , le fait d'être premier ou deuxième n'en est que la confirmation .Les autres courreurs ne sont des adversaires que parcequ'ils
pourraient empêcher cette confirmation , il faut le battre non pas pour être le plus fort , mais pour démontrer le  pouvoir le plus grand possible que l'on est capable d'exercer sur
soi-même .Le corps devient l'objet de l'exercice du pouvoir de la volonté ,se substituant à ce sur quoi doit normalement s'exercer l'acte pouvoir de tout individu de manière naturelle et
spontanée , à savoir ,ce qui dans la réalité permet la satisfaction des besoins vitaux .Ce après quoi le coureur court est cet acte pouvoir naturel dont il n'est plus capable , et qu'il cherche à
remplacer par le substitut qu'est pour lui l'exercice du pouvoir de sa volonté sur son propre organisme .Cela est également valable pour l'intellectuel , l'artiste , l'homme politique , le
prêtre etc ...tous ceux qui ont besoin d'une médiation sur laquelle pouvoir exercer un pouvoir .


Ne serait-ce pas ce que je suis en train de faire en écrivant ces lignes ? Non , car je ne contrôle rien en écrivant ceci , je me laisse entrainer par le flot de mes idées , ce qui explique
qu'elles peuvent être ambigues et approximatives ,et qu'elles sont non définitives ,corrigibles ,qu'elles constituent des essais et des erreurs que seule la réalité peut transformer en vérités .



laurence hansen-love 13/10/2011 13:48



je suis en train de découvrir tous ces textes sur le sport, c'est vraiment passionnant!



MESLET 11/10/2011 13:57



bjr


je suis loin d'être d'accord avec certaines de vos positions; mais je ne trouve là pas grand-chose à redire sur votre article... Trés bon...Semi_marathonien, passionné de sports liés à la
Nature, il ya une vraie dimension grandissante du sport...



laurence hansen-love 11/10/2011 21:06



l'artcile n'est pas de moi, c'est un visiteur qui me l'a communiqué...
 je suis en train de préparer un dossier sur le sport, qui sera d'une tout autre teneur! (nettement moins enthousiaste!)