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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 16:31

 

 L'individualisme a changé.

L''inégalité, de ce fait,   est accentuée,  et  en même temps, elle est   plus durement ressentie:

 

 

" Les inégalités ont changé de nature. Si subsistent évidemment les inégalités entre catégories (les riches et les pauvres, les cadres et les ouvriers, etc.), elles se sont d'une certaine façon individualisées, ce qui en change la perception. Les inégalités résultent dorénavant autant de situations (donc individuelles) qui se diversifient, que de conditions (donc sociales) qui se reproduisent. Les économistes parlent d'inégalités intra-catégorielles pour caractériser ces nouvelles inégalités. Elles ont un caractère équivoque. Elles sont en effet parfois les plus durement ressenties, car elles font ressortir des variables de trajectoires personnelles susceptibles d'être jugées comme marquées par l'échec ou l'incapacité : elles n'ont pas le caractère évidemment objectif, et donc psychologiquement « rassurant », des inégalités traditionnelles de condition. Si elles peuvent aussi être attribuées à la malchances ou à l'injustice, elles ne s'en lient pas moins dans les têtes à un nouveau rapport à l'idée de responsabilité. Cette dernière est en effet mécaniquement réhabilitée dans un monde qui valorise la singularité. La responsabilité devient indissociablement une contrainte et une valeur positive dans une société qui se réindividualise sur ce mode.
Cet individualisme de la singularité correspond aussi à des nouvelles attentes démocratiques. Dans la démocratie comme régime politique lié à l'individualisme d'universalité (1, le suffrage universel signifiait que chacun détenait une portion de souveraineté égale à celle des autres. Dans la démocratie comme forme sociale de l'individualisme de singularité, il y a l'aspiration à être important aux yeux d'autrui, à être unique. Il y a la formulation implicite d'un droit égal pour chacun à être considéré comme une star, un expert ou un artiste ; à voir ses idées et ses jugements pris en compte, reconnus comme ayant une valeur. La publicité et les jeux organisés par les médias ne cessent d'ailleurs de l'affirmer, même si c'est pour manipuler en vue de leurs propres fins cette modalité de l'individualisme de singularité." Pierre Rosanvallon,  La société des égaux p 309-310

 

 

 1)  Individualisme qui insistait sur l'égalité  universelle des personnes. Il est  remplacé aujourd'hui par 

 l' "individualisme de singularité"

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Tom 05/10/2011 09:55



Mais justement: jeter l'argent par les fênetres n'est pas un comportement rationnel! Le néolibéralisme le condamne, c'est un système où les riches jouent les aritocrates,où fallait montrer qu'on
a du goût qu'on ne crache pas sur la dépense, aujourd'hui le seul but n'est pas de se donner de l'importance par une sur-consommation, le but est de surconssomer point-barre! Nul besoin de
s'acheter une importance que le fric offre quoi qu'il arrive! Quant aux chinois soyont sérieux: ils sont aussi pétris de communisme que moi des valeurs chrétiennes (ça ne veut pas dire qu'ils ne
le sont pas du tout: c'est juste un décor, un fond qui remonte à un bout de temps déjà...)...



Tom 28/09/2011 09:54



C'est un cercle vicieux qui s'auto-entretient, les idées économiques imprègnent pour partie, je ne suis pas de ceux comme Marx qui pense qu'elles sont les seuls déterminants idéologiques de la
société,  la société et si ce déltement a d'autres sources je pense que l'idéologie néolibérale est une des plus importante. Je ne parle justement pas du capitalisme dit 'originel' qui bien
qu'autant, voir plus, dur avec les salariés ne porte pas une marque aussi profonde sur le système de valeur que les modèles économiques actuels. Au point que le TINA ( There is no alternative)
est aujourd'hui devenu un argument massu, indépassable...



laurence hansen-love 28/09/2011 22:04



mais  que penser des chinois millionnaires qui envahissent Paris pour s'acheter des produits de luxe? C'est la faute du capitalisme selon vous? Pourtant ils ne sont pas les produits de
l'éthique protestante occidentale.. mais du communisme! Idem pour les nouveaux riches russes, nouvelle nomenklatura..
 j'ai été en Russie sous Brejnev. Les riches étaient déjà là ... la fureur de dépenser et de jeter l'argent par les fenêtres. Même sous le communime, j'étais ahurie..



Tom 20/09/2011 16:40



Tout à fait d'accord, la société actuelle, issue en quelque sorte du modèle économique qu'est devenu le néo-libéralisme, impose l'idée d'une nouvelle justice sociale basée sur des
inegalités beaucoup plus fortes mais qui se justifient par la responsabilité qu'a chacun dans sa propre situation, par l'idée que les efforts et la rationalité peuvent ouvrirent toutes les
portes...
Au delà l'omniprésence du néolibéralisme, non plus comme les modèles économiques précédents limité à la sphère économique, mais s'étendant à tous les aspects de la société empèche de nouveau
modèles de se former de façon satisfaisante car ils se contentent de "faire avec" sans pouvoir s'émanciper de cette vision de la société...
Si vous vous demandez, lorsque je parle de néolibéralisme je reprend effectivement ce que Rosanvallon appelle "individualisme" car j'ai bien l'impression (peut-être fausse) que cette nouvelle
façon de gérer l'individualité est bel et bien d'origine économique...



laurence hansen-love 20/09/2011 21:15



si vous voulez dire que c'est la faute du capitalisme, ce n'est pas cela , non.. Ce que dit Rosanvallon, c'est que la SOCIETE tout entière  porte et soutient cette idéologie. Et la valide...