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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 14:10

Pourquoi ne pas marcher de préférence les yeux ouverts?
 Quand on est curieux,  donc philosophe en puissance ( comme le sont en général les enfants) on préfère vivre les yeux ouverts.
Le philosophe  est curieux  de tout, et  il  s'en s'étonne   ("la philosophie est fille de l'étonnement" Platon) :

 

 

           

« J’ aurais ensuite fait considérer l'utilité de cette philosophie, et  montré que, puisqu'elle s'étend à tout ce que l'esprit humain peut savoir, on doit croire que c'est elle seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d'autant plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux ; et ainsi que c'est le plus grand bien qui puisse être dans un État que d'avoir de vrais philosophes. Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n'est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s'appliquent à cette étude, mais qu'il est incomparablement meilleur de s'y appliquer soi-même, comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d'un autre ; mais ce dernier est encore meilleur que de  les tenir fermés et n'avoir que soi pour se conduire. Or c'est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n'est bpoint comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu'on trouve par la philosophie ; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos moeurs et nous conduire en cette vie, que n'est l'usage de nos yeux pour guider nos pas.

[...]

   Il n'y a point d'âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachée aux objets des sens qu'elle ne s'en détourne quelquefois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu'elle ignore souvent en quoi il consiste »...

Descartes, les Principes de la philosophie (1644), Bibliothèque de la Pléiade, Éd. Gallimard, 1970, pp. 558-559.

 

 

 

« Il est assez difficile de comprendre, comment il se peut faire que des gens  qui ont de l'esprit, aiment mieux se servir de l'esprit des autres dans la  recherche de la vérité, que de celui que Dieu leur a donné. Il y a sans  doute infiniment plus de plaisir et plus d'honneur à se conduire par ses  propres yeux, que par ceux des autres ; et un homme qui a de bons yeux ne  s'avisa jamais de se les fermer, ou de se les arracher, dans l'espérance d'avoir un conducteur [… ]. Pourquoi le fou marche-t-il dans les ténèbres ? C'est qu'il ne voit que par les yeux d'autrui, et que ne voir que de cette manière, à  proprement parler, c'est ne rien voir. L'usage de l'esprit est à l'usage des  yeux, ce que l'esprit est aux yeux ; et de même que l'esprit est infiniment  au-dessus des yeux, l'usage de l'esprit est accompagné de satisfactions bien  plus solides, et qui le contentent bien autrement que la lumière et les couleurs ne contentent la vue. Les hommes toutefois se servent toujours de  leurs yeux pour se conduire, et ils ne se servent presque jamais de leur   esprit pour découvrir la vérité ».

 Malebranche, De la Recherche de la Vérité,  (Xe éclaircissement), 1675.

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

thomas 20/12/2011 08:30


Tout à fait Stéphanie, le cadre est une approche interessante. Dans une démocratie, voir sur pièce est de la curiosité, dans une dictature, de l'espionnage. 


Un cheval, dans un hippodrome, est un cheval de course, dans un abattoir, c'est de la viande en perspective.


Coïncidence, la chronique d'Enthoven, ce matin, abordait quelque peu ce problème. Comme il a mentionné Bergson, je renvoie, par exemple, au "Rire".


Extrait : 


"Car les mots (à l’exception des noms propres) désignent des genres. Le mot, qui ne note de la chose que sa fonction la plus
commune et son aspect banal, s’insinue entre elle et nous, et en masquerait la forme à nos yeux si cette forme ne se dissimulait déjà derrière les besoins qui ont créé le mot lui-même. Et ce ne
sont pas seulement les objets extérieurs, ce sont aussi nos propres états d’âme qui se dérobent à nous dans ce qu’ils ont d’ de personnel, d’originellement vécu.."

thomas 18/12/2011 16:25


Tout à fait, c'est pourquoi je parlais de fonction, de rôle, pour ne pas soulever la question insoluble du réel de nos connaissances.


"Les concepts scientifiques (la masse par exemple, ou la gravité, ou l'electron) sont des abstractions. OK?


Et pourant elles sont incontestables, objectives.. mais pas observables à l'oeil nu"


la fonction ici, semble l'expérimentation scientifique (vérifiable universellement) et les applications, plus tard, qui pourraient en découler.


Je ne crois pas que la fonction des concepts philosophiques soit la même, et l'usage sera aussi totalement différent. Mais cette fonction, ou le rôle que l'on attribue aux idées et concepts
philosophiques, ne me semblent pas toujours justes. 


Exemple ici : la curiosité. Bon. On prend en abcisse les différents sens, acceptions, et en ordonnée on trouve différentes situations et circonstances. Puis on relie. Dans tel cas, on peut
définir la curiosité ainsi, dans un autre, comme cela. (A l'infini presque)


Le trouble où je suis, c'est que je ne suis pas sûr que l'on ne puisse pas nommer les différents points ainsi repérés autrement. Je ne suis pas sûr que ce ne soit pas une façon de projeter de
pures créations mentales ou une façon de jouer un rôle appris.  (On pourrait avoir appris que cet élément s'appelle autrement, qui nous dira le contraire ?) D'ailleurs les mots naissent,
leur sens évolue. Comment faisait-on avant que le mot n'existe ? On en employait un autre probablement pour désigner des choses approchantes.


Donc : vérité ou histoire ?  modèle possible ou modèle juste ? Comment prendre cela ? Si c'est une histoire, il ne faut pas présenter cela comme une vérité de l'homme. Pour ce qui concerne
l'esprit, je pense que c'est une histoire. On est dedans. Elle est heureuse ou pas, cohérente ou pas etc


(Je crains qu'une certaine forme de mondialisation ne soit ni heureuse, ni viable, ni cohérente; sourire)


A qui les choses devraient-elles faire la preuve de leur existence disait Stéphanie. A personne. Les choses attendent tout de nous.

laurence hansen-love 19/12/2011 17:58



Je ne comprends pas quand vous dites: "la fonction ou le rôle que l'on attribue aux idées et concepts philosophiques n'est pas toujours juste".. c'es-tà-dire que je ne comprends pas ce que vous
voulez dire.
 Nous les philosophes, ou profs de philo, nous proposons une définition de la vérité ainsi que des critères pour la reconnaitre. Puis nous nous efforçons de nous y tenir.


 Nous démontrons donc, en général,  ce que nous affirmons,  à la manière des géomètres. cf Spinoza.


 Libre à vous évidemment de récuser la démonstration, les catégories rationnelles  etc..



Stéphanie 18/12/2011 15:19


Je pense que la vérité est toujours au delà de l'horizon . Une vérité scientifique n'est vrai que dans un référentiel donné , mais au delà elle n'est pas . Au delà une vérité plus vaste va
l'englober . Par exemple pour un agriculteur du 10° siécle , la terre peut trés bien être concidérée comme plate et le soleil tourner autour . Si ses champs sont plats et qu'il voit le
soleil se lever , monter dans le ciel et puis se coucher , ça marche et pour lui c'est vrai et c'est vrai dans son référentiel ... Mais audelà ce n'est plus vrai et sa vérité plutôt que d'être
niée doit être englobée dans une vérité plus vaste ....


Pour un maçon , pour construire une maison il va utiliser la géométrie Euclidienne et ça marchera trés bien . Il ne va pas s'embéter avec la relativité spatio-temporelle qui est plus vaste et
englobe la géométrie Euclidienne . Le maçon ne va pas considérer que les distances et le temps sont relatifs à l'énérgie d'un systéme cosmique et à la vitesse de la lumiére parceque sinon il
ne s'en sortira pas ....


Bon , je ne sais pas si c'est compréhensible mon commentaire mais voilà . 

thomas 17/12/2011 08:19


"de choses abstraites, donc, qui n'existent pas" je suis heureux que vous disiez cela car tous mes blogs parlent de cette inexistence.


Cela "n'existe pas" et pourtant ce sont des sujets d'étude, ce sont des enjeux, des objectifs etc Cela fonctionne, donc cela a une fonction. Fonction utile peut-être, néfaste peut-être. L'idée
que nous nous faisons de ces choses abstraites, varie. Le rôle que nous accordons à ces choses abstraites varie. Et il me semble que si on ne peut pas voir une de ces choses abstraites traverser
la rue (ce sont aussi des généralités) on peut voir, observer, expérimenter la façon dont elles fonctionnent, les conséquences qu'elles ont.


Par exemple, combien de gens font comme si c'étaient des réalités incontestables, objectives, expérimentables !

laurence hansen-love 18/12/2011 14:36



Les concepts scientifiques (la masse par exemple, ou la gravité, ou l'electron) sont des abstractions. OK?


Et pourant elles sont incontestables, objectives.. mais pas observables à l'oeil nu..



Stéphanie 17/12/2011 05:57


Mais pourquoi les "choses" devraient-elles faire la preuve de leur existence ? ... Et à qui ? ....


A d'autres "choses" qui devraient faire la preuve de leur existence ? ......


Les "choses" existent et se moquent bien d'en faire la preuve .


Mais bien sûr on peut être persuader que tout est illusion mais qu'est-ce alors que l'illusion ? ... Et l'on peut considérer que toute philosophie n'est qu'un ensemble de sophismes .... On peut
également vivre dans un systéme solipsiste au centre duquel on se tiend semblable à un dieu abstrait jugeant seul du mal et du bien , du bon et du mauvais , du juste et de l'injuste , du faux et
du vrai .....


La réalité est à l'univers ce que la surface de l'océan est à l'océan .


Nous ne contempleront jamais que les reflets du monde .


Mais d'où nous viend la faculté de contempler ? ....


Et que peut nous enseigner cette contemplation ? ....


Voila ce que j'en pense sans savoir ni chercher à savoir si c'est de la philosophie ou non .