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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 10:28


Pour Marx, les soi-disant droits de l'homme ne sont que les droits de l'individu égoïste, les droits du bourgeois:

 

" Avant tout nous constatons que les droits dits de l'homme, les droits de l'homme, par opposition aux droits du citoyen, ne sont rien d'autre que les droits du membre de la société bourgeoise, c'est-à-dire de l'homme égoïste, de l'homme séparé de l'homme et de la collectivité. La constitution la plus radicale, la constitution de 1793, peut énoncer:


Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Article 2. «Ces droits, etc. (les droits naturels et imprescriptibles) sont: l'égalité, la liberté, la sûreté, la propriété.
En quoi consiste la liberté?
Article 6 «La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme défaire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui » [... ] .

La liberté est donc le droit de faire et d'entreprendre tout ce qui ne nuit pas à aucun autre. La frontière à l'intérieur de laquelle chacun peut se mouvoir sans être nuisible à autrui est définie par la loi, de même que la limite de deux champs est déterminée par le palis (1. Il s'agit de la liberté de l'homme en tant que monades (2  isolée [...].Mais le droit humain à la liberté n'est pas fondé sur la relation de l'homme à l'homme, mais au contraire sur la séparation de l'homme d'avec l'homme. Il est le droit à cette séparation, le droit de l'individu limité à  lui-même.L'application pratique du droit à la liberté est le droit humain à la propriété privée. [...]

Le droit de l'homme à la propriété privée est [...] le droit de jouir et de disposer de sa fortune arbitrairement (à son gré), sans se rapporter à d'autres hommes, indépendamment de la société, c'est le droit à l'égoïsme. Cette liberté individuelle-là, de même que son application, constituent le fondement de la société bourgeoise. À chaque homme elle fait trouver en l'autre homme, non la réalisation, mais au contraire la limite de sa liberté. [...]

Aucun des droits dits de l'homme ne dépasse donc l'homme égoïste, l'homme tel qu'il est comme membre de la société bourgeoise, c'est-à-dire l'individu replié sur lui-même, sur son intérêt privé et son bon plaisir privé, et séparé de la communauté. Loin qu'en eux l'homme soit conçu comme un être générique (3, la vie générique, la société apparaît au contraire comme un cadre extérieur aux individus, comme une limitation de leur autonomie primitive. [...]

Il est déjà énigmatique qu'un peuple qui commence tout juste à se libérer [...], à fonder une communauté politique, qu'un tel peuple proclame solennellement la légitimité de l'homme égoïste, de l'homme séparé de son semblable et de la communauté [...].

Ce fait devient encore plus énigmatique, quand nous voyons que la citoyenneté, la communauté politique sont ravalées par les émancipateurs politiques au rang de simple moyen pour la conservation de ces prétendus droits de l'homme, que donc le citoyen est déclaré le serviteur de l'homme égoïste, que la sphère où l'homme se comporte en être collectif est dégradée et placée plus bas que la sphère où il se  conduit en être partiel, qu'enfin ce n'est pas l'homme comme citoyen, mais  l'homme comme bourgeois, qui est pris pour l'homme authentique et vrai"

 

.Karl Marx, À propos de la question juive (1842),
trad. M. Simon, Aubier, 1971, p. 103-111.
Note 1: palissade
Note 2: terme emprunté à Leibniz, pris ici dans le sens de individu égoïste
Note 3: qui concerne le genre humain

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

jean louis 29/06/2011 08:30



http://atilf.atilf.fr/tlf.htm


 



jean louis 28/06/2011 20:14



Admirez (admirons) par exemple, ce jeu de cache-cache dans la définition de "générique" du TLF, de quoi décourager, si possible, les questions gênantes :


"L'humanité est virtuellement dans chaque homme, mais il n'y a que des hommes particuliers qui aient une existence véritable au sein de l'être éternel. L'humanité est un être
générique ou universel; mais les universaux, comme on disait dans l'école, n'ont pas une existence pareille en quelque chose à celle des êtres particuliers." P.
LEROUX.


virtuellement ? au sein de l'être éternel ? existence pareille ? C'est clair.


Bien des débats philosophiques prennent naissance dans le jeu de cet entre-deux.



laurence hansen-love 28/06/2011 23:35



c'est quoi TLF?



jean louis 28/06/2011 10:04



Oui, non, vrai faux ?


En fait, le procès que Marx fait aux droits de l'homme, tels qu'ils apparaissent, notamment, dans la déclaration de 1789, repose sur un malentendu.


Il y voit la prétention de définir positivement la liberté des hommes et leur rapports entre eux, alors qu'il s'agissait surtout d'une démarche négative, en creux, la loi exprimant les
interdictions. A partir de là, Marx développe toute une théorie sur l'indvidu produit de la société bourgeoise puisqu'il ne s'agit que de défendre ses intérêts. (Ce qu'il appelle : égoïsme)


Danger si on veut parvenir à une définition positive. (On a vu d'ailleurs, ce que cela a donné)


Pour en revenir à mes propos qui mettaient ces lignes en perspective, il s'agissait d'essayer d'expliquer en quoi, pourquoi, l'homme "générique" (selon son terme) n'existe pas, cet homme idéal
auquel il fait allusion.



laurence hansen-love 28/06/2011 11:44



Merci pour cette clarification!



jean louis 26/06/2011 13:53



On dirait qu'il est plutôt question ici de l'individu.


Si, par homme, on entend "être humain", l'homme en général - et il me semble que les droits de l'homme sont plutôt les droits de l'être humain - on pourrait dire que l'homme n'existe pas. (Marc
Anglaret a écrit un article interessant à ce sujet). D'où les problèmes juridiques et pratiques que posent ces droits.


Je prends les choses de cette façon : en fait, l'homme n'est rien d'autre que l'idée que je me fais de l'homme, de l'humain, que le modèle que je me donne (en fonction duquel, d'ailleurs, j'aurai
des attentes et des jugements et des critères etc). 


Or ce modèle-là, cet Homme dont nous rêvons, notre idéal, ou l'idéal collectif auquel nous croyons,  est essentiellement moral (au sens large), abstrait, subjectif. Il ne pèse pas lourd face
a quelqu'un qui possède le pouvoir ou la force. Il est trop difficilement objectivable et démontrable.


La loi protège plutôt les corps. C'est plus facile.



laurence hansen-love 26/06/2011 21:21



OUi.. je ne comprends pas très bien ..
 Marx a-t-il raison? ou pas? 



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