Dans un livre extrêmement célèbre, à la source du mouvement "situationniste" qui a inspiré la philosophie de mai 68 en France et dans le monde
- Guy Debord dénonce la "société du spectacle".
Le marché étant roi, tout est bon pour inciter à consommer. Dans ces conditions, le jeu, l'amusement sont partout prépondérants. Ce qui ne divertit pas n'a plus droit de cité dans
la société contemporaine. Pour Guy Debord , cette représentation illusoire du réel est fondamentalement abstraite, aliénante, et mensongère:
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L'origine du spectacle est la perte de l'unité du monde, et l'expansion gigantesque du spectacle moderne exprime la totalité de cette perte : l'abstraction de tout travail particulier et
l'abstraction générale de la production d'ensemble se traduisent parfaitement dans le spectacle, dont le mode d'être concret est justement l'abstraction. Dans le spectacle, une partie du monde se
représente devant le monde, et lui est supérieure. Le spectacle n'est que le langage commun de cette séparation. Ce qui relie les spectateurs n'est qu'un rapport irréversible au centre même qui
maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé.
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L'aliénation du spectateur au profit de l'objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s'exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit; plus il accepte de se
reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L'extériorité du spectacle par rapport à l'homme agissant apparaît en ce que
ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout.
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L'homme séparé de son produit, de plus en plus puissamment produit lui-même tous les détails de son monde, et ainsi se trouve de plus en plus séparé de son monde. D'autant plus sa vie est
maintenant son produit, d'autant plus il est séparé de sa vie.
Guy Debord La société du spectacle (1967)