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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 22:07



 Dans un livre extrêmement célèbre, à la source du  mouvement "situationniste"  qui  a  inspiré la philosophie de mai 68 en France et dans le monde - Guy Debord dénonce la "société du spectacle".
Le marché étant roi, tout est bon pour inciter à consommer. Dans ces conditions, le jeu, l'amusement sont partout prépondérants.  Ce qui ne divertit pas n'a plus droit de cité dans la société contemporaine. Pour Guy Debord , cette représentation illusoire du réel est fondamentalement abstraite, aliénante, et mensongère:


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L'origine du spectacle est la perte de l'unité du monde, et l'expansion gigantesque du spectacle moderne exprime la totalité de cette perte : l'abstraction de tout travail particulier et l'abstraction générale de la production d'ensemble se traduisent parfaitement dans le spectacle, dont le mode d'être concret est justement l'abstraction. Dans le spectacle, une partie du monde se représente devant le monde, et lui est supérieure. Le spectacle n'est que le langage commun de cette séparation. Ce qui relie les spectateurs n'est qu'un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé.
30

L'aliénation du spectateur au profit de l'objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s'exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L'extériorité du spectacle par rapport à l'homme agissant apparaît en ce que  ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout.
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L'homme séparé de son produit, de plus en plus puissamment produit lui-même tous les détails de son monde, et ainsi se trouve de plus en plus séparé de son monde. D'autant plus sa vie est maintenant son produit, d'autant plus il est séparé de sa vie.
Guy Debord La société du spectacle (1967)

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

hansen-Love 09/03/2010 18:14


les § 2 et 3 expliquent le premier §
 Connaissez-vous le sens exact du mot "abstrait"? Cela veut dire séparé (dont les élements sont séparés, par opposition à concret, qui signifie: "qui tient ensemble").
 Le spectacle nous sépare de nous mêmes tout en nous projetant dans un monde qui nous donne une illusion d'unité, une illusion de communauté,  mais seulement une illusion.
 Je pense que la télé-réalité est une parfaite illustration de la thèse de Debord.
 C'est très  exactement l'aliénation dont parlait Marx (devenir étranger à soi-même) mais réalisée par le biais du spectacle qui nous arrache au monde commun pour nous entraîner dans un
monde totalement factice où rien n'est commun, hormis l'illusion ...


wissem 09/03/2010 17:22


Bonjour. J'épprouve quelques difficultés à comprendre le premier paragraphe (passage 29), où l'auteur explique le mécanisme par lequel la société du spectacle met fin à l'unité du monde : le
spectacle consisterait-il à transformer le concret en abstrait ? Les spectateurs de l'abstrait deviendraient alors isolés par cette abstraction du concret, parce qu'ils deviendraient condamnés à le
contempler... Mais ils se confortent mutuellement dans leur isolement, parce qu'ils voient leurs voisins dans le même état de contemplation.
Je ne suis pas très sur de mon interprétation, alors corrigez-moi si je me trompe!


hansen-Love 22/11/2009 16:03


Aresh.. c'est de la philosophie, cela va vite, il faut suivre.

 Séparé de son produit, séparé de son monde: c'est un vocabulaire marxiste. Ceal evut dire littéralement : aliéné.

 Plus les hommes sont aliénés, plus ils participent volontiers à leur aliénation.
 Pensez à toutes ces émissions à la TV pour gagner de l'argent ou pour applaudir à tout et n'importe quoi.
 On fait faire n'importe quoi aux gens (cf la TV réalité) et le pire c'est qu'ils en redemandent.
 C'est ahurissant parce qu'en 1962, Debord parle de ce que nous voyons aujourd'hui, et qu'il ne connaissait pas (la participation de tous au spectacle de leur popre assujettissement et
avilissement) grâce aux nouveaux médias)


Flore LESBIENNE 22/11/2009 15:22



Vous savez comme j'aime à repenser sur votre blog avec un fer chaud. Aussi, s'il vous plait, éclairez-moi un instant : La philosophie, n'est-elle pas l'une des plus ingénieuses roues dentées du
monde du spectacle ?



anne 22/11/2009 14:44


 Bonjour !  je me permets ce mot pour  avoir  votre avis  sur l'accès à l'Hypokhâgne de Henry IV , en classique ou B/L: ma 2ème fille ,actuellement en TS à Berthelot (St
Maur)  , rêve de faire une hypokhâgne mais se demande si son dossier  sera acceptée dans les prépas parisiennes et si le climat est supportable  :  c'est une  bonne
linguiste , très solide en langues ( 18-19 en LVI allemand et LV2 anglais , en 1ère et en Tale s)- elle a bien réussi en français ( moyenne 15-16 l'an dernier et  écrit 18, oral 17) - cela va
bien cette année aussi en philo (autour de 15) en latin( 18 mais c'est une option , proche du bachotage il faut l'avouer) et en Hist-geo (autour de 14)-   Elle a pris option musique au
Bac ( flûte traversière)  et s'interroge sur Fénelon mais nous avons des échos mitigés car plusieurs amies en HK musique, très douées pourtant  avec mention Bien au Bac L,  n'ont pas
tenu,(atmosphète très tendue   semble t-il )
 en ce qui concerne les HK BL, il n'y en a que 6 sur l'IDF dont certaines très difficiles à obtenir (HIV, Janson , Sceaux )
j'ai lu votre message sur Jules Ferry et sur les résultats d'admission à l'ENs qui semblent aussi encourageants : pensez-vous qu'il faille viser  très haut ou être raisonnable ?à Berthelot (St
Maur)où  il y a eu l'an dernier un élève admis sinon qq admissibles  comme d 'habitude)
je vous remercie de vos conseils car vous êtes visiblement  on ne peut  mieux placée pour nous éclairer -


laurence hansen-love 22/11/2009 15:14


Il faut demander plusieurs lycées; il faut aussi tenter les meilleurs....