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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 19:00

 John Milton  "Qui détruit un bon livre tue la raison elle-même"


Pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure
  (1644)

 Editions Le Monde Flammarion

 pages 71 à 73

 

"Je vous propose de réexaminer la loi que vous avez votée pour réglementer l'édition. Qu'aucun livre, pamphlet ni document ne sera désormais imprimé sans être d'abord autorisé et permis par ceux ou au moins l'un de ceux préposés à cet effet. À la partie du texte qui protège à bon droit la propriété personnelle de l'auteur, à celle qui défend le pauvre, je ne vois rien à redire, en souhaitant seulement qu'elles ne servent pas de prétexte pour persécuter les gens honnêtes et scrupuleux qui n'enfreignent pas ces deux principes. Mais sur cette autre clause d'autorisation des livres, dont nous pensions qu'elle était morte avec celles relatives au carême et au mariage, ou avec l'abolition de l'épiscopat, je prononcerai un discours qui fera honte à ses auteurs ; qui dira ce qu'est la lecture en général, indépendamment du livre ; qui montrera que cette loi ne concourt en rien à la censure des ouvrages scandaleux, séditieux et diffamatoires auxquels elle entendait surtout s'attaquer. Enfin, cette loi nuira d'emblée à la recherche du savoir, réfrénera la vérité, non seulement en émoussant la maîtrise de ce que nous savons déjà mais en empêchant les découvertes qui pourraient encore être faites dans le domaine de la sagesse religieuse et civile.

Je ne conteste pas qu'il importe au plus haut degré à l'Église et à la République de garder un oeil vigilant sur le comportement des livres comme sur celui des hommes ; et ensuite de les enfermer, de les emprisonner et d'exercer la justice la plus intraitable sur les malfaiteurs parmi eux. Car les livres ne sont pas du tout choses mortes, mais ils contiennent en eux une puissance de vie qui les rend aussi actifs que l'âme qui les a engendrés ; disons même qu'ils conservent comme une fiole  l'essence la plus pure de l'intellect vivant qui les a produits. Je les sais aussi vifs et féconds que les dents fabuleuses du dragon ; une fois semés, ils pourraient jaillir comme autant d'hommes armés.

Et pourtant, sans prudence, tuer un bon livre c'est à peu près comme tuer un homme ; qui tue un homme tue une créature rationnelle, l'image de Dieu ; mais qui détruit un bon livre tue la raison elle-même, tue l'image de Dieu, dans l'œil même en quelque sorte. Bien des hommes sont des fardeaux pour la Terre ; mais un bon livre est le précieux élixir de vie d'un esprit supérieur, embaumé et recueilli dans le but d'avoir un supplément de vie après la vie. »

 

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Boris 28/02/2010 22:10


Magnifique texte, merci ;)


Alice 11/12/2009 21:30


Bonsoir,
Je trouve la deuxième partie du texte d'une incroyable modernité...
(Tout près de nous : affaire Eric Raoult/Marie NDiaye [http://www.rue89.com/2009/11/10/raoult-veut-bailloner-le-prix-goncourt-marie-ndiaye-au-nom-de-la-france-125432] même si cela est certes un peu
réducteur).
De quand date ce texte?


laurence hansen-love 11/12/2009 21:43


De 1644, j'avais oublié de la mentionner!