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En réponse à Omar qui me demande en quoi et pourquoi " l'éducation libère de la vulgarité "
"O misérables esprits des hommes, ô coeurs aveugles ! Dans quelles ténèbres, parmi quels . dangers, se consume ce peu d'instants qu'est la vie ! Comment ne pas entendre le cri de .la nature, qui
ne réclame rien d'autre qu'un corps exempt de douleur, un esprit heureux, libre d'inquiétude et de crainte ?
Au corps, nous voyons qu'il est peu de besoins. Tout ce qui lui épargne la douleur est aussi capable de lui procurer maintes délices. La nature n'en demande pas davantage : s'il n'y a pont dans
nos demeures des statues d'or, éphèbes tenant dans leur main droite des flambeaux allumés pour l'orgie nocturne ; si notre maison ne brille pas d'argent et n'éclate pas d'or; si les cithares ne
résonnent pas entre les lambris dorés des grandes salles, du moins nous suffit-il, amis étendus sur un tendre gazon, au bord d'une eau courante, à l'ombre d'un grand arbre, de pouvoir à peu de
frais réjouir notre corps surtout quand le Î temps sourit et que la saison émaille de fleurs l'herbe verte des prairies. ET puis, la brûlure des fièvres ne délivre pas plus vite notre corps, que
nous nous agitions sur des tapis brodés, sur la pourpre écarlate, ou qu'il nous faille coucher sur un lit plébéien.
Puisque les trésors ne sont pour notre corps d'aucun secours, et non plus la noblesse ni la gloire royale, comment seraient-ils plus utiles à l'esprit ?"
LUCRÈCE (98-55 av. J.-C.), De la Nature, Livre II, v. 1-52, trad. H. Clouard, Garnier-Flammarion.