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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 13:56

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« William James a prêché la « volonté de croire ». Pour ma  part, j'aimerais prêcher la « volonté de douter ».

 Aucune de nos croyances n'est tout à fait vraie. Toutes recèlent fau moins une ombre d'imprécision et d'erreur. On connaît bien les méthodes qui accroissent le degré de la vérité de nos croyances elles consistent à écouter tous les partis, à essayer d'établir tous les faits dignes d'être relevés, à contrôler nos penchants individuels par la discussion avec des personnes qui ont des penchants opposés, et à cultiver l'habitude de rejeter toute hypothèse qui s'est montrée inadéquate. On pratique ces méthodes dans la science et grâce à elles on a établi un corps de connaissances scientifiques. Tout homme de science dont les idées sont vraiment scientifiques est prêt à reconnaître que ce qui passe pour une connaissance scientifique à un moment donné demandera sûrement d'être corrigé par des découvertes nouvelles ; que, néanmoins, la science est assez proche de la vérité pour suffire à la plupart des besoins pratiques, mais non pour tous. Dans la science, quand il ne s'agit que d'une connaissance qui ne peut qu'être approximative, l'attitude de l'homme est expérimentale et pleine de doutes.

Tout au contraire en religion et en politique : bien qu'ici il n'y ait encore rien qui approche de la connaissance scientifique, chacun considère qu'il est de rigueur  d'avoir une opinion dogmatique qu'on doit soutenir en infligeant des peines de prison, la faim, la guerre, et qu'on doit soigneusement garder d'entrer en concurrence par arguments avec n'importe quelle opinion différente. Si on pouvait seulement amener les hommes à avoir une attitude agnostique sur ces matières, neuf dixièmes des maux du monde moderne seraient guéris ; la guerre deviendrait impossible ; car chaque camp comprendrait que tous les deux doivent avoir tort. Les persécutions cesseraient. L'éducation tendrait à élargir les esprits et non à les rétrécir.

On choisirait des travailleurs pour leurs aptitudes à un travail donné et non pas pour le fait de partager les dogmes rationnels des gens au pouvoir. Aussi, rien que ce doute rationnel, si l'on pouvait le faire pénétrer partout, suffirait à amener le millénaire ».

Russell, Essais sceptiques, p  162

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

Cordroch J F 08/04/2011 09:07



Avant même de posséder une connaissance scientifique permettant de se méfier de tout dogme politique ou religieux ,la simple observation un peu approfondie de sa propre existence suffit à se
faire à l'idée que rien n'est écrit à l'avance , qu'il n'y a aucune logique ,ni rationalité dans la manière dont se produisent les évènements faisant que l'on prenne telle voie plutôt que telle
autre.


Vouloir se laisser guider dans son existence en se soumettant à des dogmes et plus généralement à des idéologies , démontre une déception de sa propre existence due ,soit à une incapacité à
s'adapter à l'aléatoire de la vie ,soit au fait de conditions d'existence trop difficiles et donc innaceptables .C'est alors qu'apparaît la tentation de se réfugier dans des modèles existentiels
pré-établits ,laissant la porte grande ouverte aux prophètes de mondes meilleurs , et aux conflits entre les tenants d'idéologies en opposition , ou plus exactement en concurrence sur le marché
de l'ignorance et de la crédulité du peuple.


Ce texte de Russel ,rejoint mon commentaire fait dans le cadre du sujet "contre l'état providence " ,et vient confirmer que se sont bien les idéologies , politiques et religieuses ,qui empêchent
une véritable démocratie d'émerger ,en privant l'individu de la possibilité de prendre conscience que l'aléatoire de l'existence a toujours le dernier mot , et qu'il vaut mieux chercher à
s'adapter à celui-ci en se méfiant et en doutant de toute prétention à la détention d'une quelconque vérité , plutôt que de croire en des vérités toutes faites .


Mettez ensemble d'un côté plusieurs individus possédant chacun un niveau élevé de conscience de soi et donc de l'autre ,et de l'autre des individus possédant chacun une vision idéologiquement
préconçue de l'existence , possédant donc chacun une manière particulière de vivre qu'il considère comme la seule possible , et observez dans quel groupe apparaîtront inéluctablement les conflits
les plus graves ,pouvant aller jusqu'à la violence la plus extrème .Et observez dans quel groupe apparaîtra de manière naturelle une autorité ,qui sera reconnue à une personne par les autres,
sans qu'il soit nécéssaire d'en venir à des manoeuvres politiques .Avec des individus dotés d'une conscience individuelle , la démocratie apparaît d'elle même grace à la compréhension par chaque
individu de la nécéssité d'une organisation , d'une coopération ,d'un partage des compétences respectives de chaque individu .C'est un peu utopique concernant des sociétés telles que les notres
,mais réalisable s'agissant de stuctures sociales plus petites , comme cela devrait naturellement être .Il me semble évident que trop d'individus inconscients d'eux mêmes ,réunis au sein d'un
système socio-économique tels ceux de notre monde actuel ,ne peut générer que de multiples conflits permanents , donnant du grain à moudre à ceux qui ont semer les graines pour pouvoir en
récolter les fruits.