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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 08:56

 

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 Commençons par donner au mot « guerre » une signification précise, nous dit ici Rousseau. On trouvera ici les éléments permettant de distinguer (aujourd’hui) guerre et terrorisme . Notez aussi que pour Rouuseau, la guerre n’autorise pas tout. Il évoque ici ce que l’on  nommera plus tard des « crime de guerre » : 

 

« La guerre n'est donc point une relation d'homme à homme, mais une relation d'État à État, dans laquelle les particuliers ne sont ennemis qu'accidentellement, non point comme hommes ni même comme citoyens', mais comme soldats; non point comme membres de la patrie, mais comme ses défenseurs. Enfin chaque État ne peut avoir pour ennemis que d'autres États et non pas des hommes, attendu qu'entre choses de diverses natures on ne peut fixer aucun vrai rapport.

Ce principe est même conforme aux maximes établies de tous les temps et à la pratique constante de tous les peuples  policés. Les déclarations de guerre sont moins des avertissements aux puissances qu'à leurs sujets. L'étranger, soit roi, soit particulier, soit peuple, qui vole, tue ou détient les sujets sans déclarer la guerre au prince, n'est pas un ennemi, c'est un brigand. Même en pleine guerre un prince juste s'empare bien

en pays ennemi de tout ce qui appartient au public, mais il respecte la personne et les biens des particuliers; il respecte des droits sur lesquels sont fondés les siens. La fin de la guerre étant la destruction de l'État ennemi, on a droit d'en tuer les défenseurs tant qu'ils ont les armes à la main; mais sitôt qu'ils les posent et se rendent, cessant d'être ennemis ou instruments de l'ennemi, ils redeviennent simplement hommes et l'on n'a plus de droit sur leur vie. Quelquefois on peut tuer l'État sans tuer un seul de ses membres : or la guerre ne donne aucun droit qui ne soit nécessaire à sa fin. Ces principes ne sont pas ceux de Grotius ; ils ne sont pas fondés sur des autorités de poètes, mais ils dérivent de la nature des choses, et sont fondés sur la raison ». Du contrat social, 1, chapitre 4.

 

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

Steph 29/03/2011 11:06




Ces guerres ce sont celles que l’on mène au nom de la liberté des peuples et des droits de l’homme. En vertu d’un droit international et dans lesquels la distinction combattant/non-combattant
n’est pas évidente.


Une guerre juste serait une guerre qui respecte les règles du jeu. Au sens où elle respecterait un droit international. Le problème étant que ce droit international repose aujourd’hui sur une
conception humanitariste.


Ce texte de BHL me semble avant tout être une catastrophe, l'acte d'un irresponsable (au sens où il n'a de compte à rendre à personne).


Le thème que manipule l'intellectuel engagé est celui de l'ennemi radical. Le terroriste Kadhafi ne mérite pas d'égard. C'est un criminel, un criminel contre l'humanité et à ce titre, c'est
l'humanité qui entre en guerre, la France ne fait que précéder, initier ce mouvement. Contre lui, tous les coups seraient permis ? 




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laurence hansen-love 29/03/2011 11:54



OUi mais la guerre tue .. des civils (dommages collatéraux). Et ce n'est jamais "juste".
 BHL est un peu exalté. Je ne dirais pas "irresponsable". Les libyens peuvent lui dire merci!


 Je ne crois pas que BHL demande autre chose que ceci: que Kadhafi soit jugé devant un tribunal international. Est-ce irresponsable?



Tom 29/03/2011 09:17



Le même Carl Schmitt qui a dit "Le génocide? Concepte touchant, j'en connais un: celui des fonctionnaires germano-prussiens par les dignitaires alliés à la fin de la seconde guerre mondiale" ou
encore "Il y a les crimes contre l'humanité et les crimes 'pour l'humanité'. Les crimes contre l'humanité sont commis par les allemands et les crimes pour l'humanité sont ceux commis à l'encontre
des allemands" (je cite de mémoire, il y a peut-être des erreurs). Je veut bien que des prises de positions sur certains sujets n'empèchent pas la pensée d'un auteur (ou d'un philosophe) d'être
pertinente (Nietzche mysogine) mais dans ce cas ces prises de positions sont intimement liées à son sujet d'étude: la guerre juste invoquée par Kant. Ceci dit je suis d'accord ici pour ne pas
user du terme de guerre juste, ressassé par BHL, c'est une guerre contrainte par la nécessité. Ceci dit les rebelles sont aujourd'hui saufs et reprennent du terrain et pourtant nous continuons à
les soutenir en bombardant les troupes de Kadhafi. Cependant je continue de soutenir cette intervention aérienne mais ne parvient pas à le jsutifier: le danger semble écarté, la partition de la
Libye n'est pas une catastrophe en soi, mais Kadhafi doit être chassé et j'espère un triomphe de la démocratie...



laurence hansen-love 29/03/2011 11:47



Pour Carl Schmitt, il faudrait le citer précisément, avec références et contexte..



Steph 28/03/2011 09:58



Merci pour ce texte,


Le terrorisme a changé le visage du conflit mais également celui des combattants. Que l'on parle aujourd'hui de guerre contre le terrorisme est peut-être le signe d'un changement profond depuis
Rousseau. Ce que l'on pourrait se demander, avec Carl Schmitt, c'est qu'est-ce que le texte de Rousseau nous apprend sur la situation actuelle ?


Je ne pense pas, comme vous le dites que le texte de Rousseau nous permet de bien comprendre la guerre aujourd'hui. Ou alors dans un second temps, en montrant ce qu'elle n'est plus. La guerre
n'est plus une relation d'état à état, si l'on pouvait peut-être faire la guerre à l'Irak - encore que l'on semblait plus faire la guerre EN Irak -, on ne fait pas la guerre à l'Afghanistan, ni à
la Lybie. Alors ce changement dans les conflits, de quoi est-il le symptome, la marque ?


Peut-être est-ce le signe que le concept d'état présuppose le concept de politique. C'est-à-dire que l'état n'est qu'une forme du politique pour le dire avec Carl Schmitt. Ces guerres nouvelles,
ces nouvelles formes de guerre avec ces nouveaux combattants, non réguliers, sont le signe de la dépolitisation de l'état (au sens ou il n'est plus le lieu des décisions politiques comme la
désignation de l'ennemi).


Autre question intéressante que pose le texte que vous proposez : ces guerres correpondent elles encore a ce qu'on pourrait appeler des guerres justes ?



laurence hansen-love 28/03/2011 12:22



Lesquelles guerres? (dans votre dernière phrase?).
 Oui la guerre a beaucoup changé , vous avez raison. En particulier depuis que les guerres ne sont plus des relations d'Etat à Etat.


 Les guerres tuent  toujours davantage de civils. C'est pourquoi j'hésiterai à employer le terme de guerre juste. Une guerre peut-être justifiée .. mais "juste" ne paraît pas le terme
approprié.


 Je vous mets quand même le lien avec le texte lyrique de BHL 


http://www.lepoint.fr/editos-du-point/bernard-henri-levy/quand-arabes-et-occidentaux-volent-au-secours-de-la-libye-libre-22-03-2011-1312198_69.php