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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 12:36

En attendant le dossier que je vous prépare  (et qui sera savoureux, mais que de textes à lire! il y a une littérature ENORME sur le sujet!), voici un aperçu de ce que je vous réserve:

 

 

 

 Dans un ouvrage datant de 1993, la sociologue Danièle Hervieu-Léger, expliquait, en citant Jean-Marie Brohm, en quel sens le sport est devenu,  pour nous qui ne croyons plus en Dieu, une nouvelle religion :

«  C'est à propos des manifestations sportives de masse, avec leur double caractère festif et rituel, que la question des rapports entre sport et religion est le plus souvent posée,

et de    la façon qui concerne le plus directement le problème que nous posons : celui de savoir si la référence à l'expérience émotionnelle  du sacré ne constitue pas un point de passage obligé d'une définition de la religion, qui serait précisément capable d'échapper  à l'irrésistible attraction du modèle des religions historiques.

 Le « sacré communiel » du sport est en rapport direct avec capacité qu'ont les grandes compétitions sportives de rassembler des foules énormes, de les unir dans la communion

aux  efforts du champion ou de l'équipe qu'elles sont venues apporter, de les porter hors d'elles-mêmes, dans l'enthousiasme de  la victoire ou dans le désespoir partagé de la défaite. Jean-Marie Brohm a développé à ce propos une analyse marxiste simple, mais « bétonnée », qui vaut aussi bien pour les religions historiques : les cérémonies sportives ne sont rien d'autre, selon lui, que « la traduction symboliquement médiatisée des conflits sociaux (conflits d'Etats, conflits de classe, luttes d'intérêts etc.) [1]  ». La mobilisation des foules dans les stades, les vélodromes ou les gymnases est une entreprise de manipulation idéologique qui vise avant tout au contrôle des masses : le sport, en tant que spectacle de masse, s'analyse comme une « structure de fascisation » qui reprend à son compte les thèmes (mythe de la  jeunesse, mythe du surhomme, mythe du dépassement de etc.) et les pratiques (parades, salut, drapeaux, décorations du fascisme[2]). Dans les sociétés industrielles avancées, il fonctionne comme régulateur narcissique de l'image que les sociétés ont d'elles-mêmes, et comme moyen de manipulation des affects de masse. Création d'une unanimité qui gomme les différenciations sociales, transfiguration symbolique dans le drame  sportif des événements sociaux et historiques, production  de valeurs  « universelles » (fraternité, égalité, paix etc.) par le l'universalisation du spectacle, régulation des frustrations collectives auxquelles est offerte une occasion licite, institutionnalisée et socialement non menaçante de s'exprimer sur un  mode émotionnel, sublimation des agressivités accumulées dans  l’oppression sociale vécue etc. : sur tous les terrains, le spectacle sportif relaie aujourd'hui les fonctions assumées par les religions historiques : « Le sport, note Jean-Marie Brohm, est devenue la nouvelle religion des foules industrielles [...]. Le spectacle sportif devient - grâce aux mass media - le substitut profane  des anciennes religions à vocation universelle. Le spectacle sportif supplante même en universalité toutes les religions dans la mesure où il s'adresse à tous les hommes, sans distinction, à l'homme planétaire en général. Et les villes olympiennes assument ainsi une vocation universelle plus signifiante que Vatican ou la Mecque[3] »  La religion pour mémoire,  Danièle Hervieu-Léger, pp 84-85, Les éditions du CERF

 

 

 

Notes

 

1.  Jean-Marie BROHM, Sociologie politique du sport, Paris, Delarge, 1976, p. 243.

2. Ibid p 249

3. Ibid p 260

 

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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