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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 11:34

(Self portrait par Oscar Kokoschka)

L'homme n'est pas tout-à-fait un animal comme les autres. Parce qu'il sait qu'il va mourir, il cherche à comprendre le sens de son existence- à supposer qu'elle en ait un!

"Excepté l'homme, aucun être ne s'étonne de sa propre existence; c'est pour tous une chose si naturelle, qu'ils ne la remarquent même pas. La sagesse de la nature parle encore par le calme regard de l'animal; car, chez lui, l'intellect et la volonté ne divergent pas encore assez, pour qu'à leur rencontre, ils soient l'un à l'autre un sujet d'étonnement. Ici, le phénomène tout entier est encore étroitement uni, comme la branche au tronc, à la Nature, d'où il sort; il participe, sans le savoir plus qu'ellemême, à l'omniscience de la Mère Universelle. - C'est seulement après que l'essence intime de la nature (le vouloir-vivre dans son objectivation (1 ) s'est développée, avec toute sa force et toute sa joie, à travers les deux règnes de l'existence inconsciente, puis à travers la série si longue et si étendue des animaux; c'est alors enfin, avec l'apparition de la raison, c'est-à-dire chez l'homme, qu'elle s'éveille pour la première fois à la réflexion ; elle s'étonne de ses propres oeuvres et se demande à elle-même ce qu'elle est. Son étonnement est d'autant plus sérieux que, pour la première fois, elle s'approche de la mort avec une pleine conscience, et qu'avec la limitation de toute existence, l'inutilité de tout effort devient pour elle plus ou moins évidente. De cette réflexion et de cet étonnement naît le besoin métaphysique qui est propre à l'homme seul".
Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation (1818), trad. A. Burdeau, Éd. PUF, 14e éd., 1996, pp. 851-852.

1) Le "vouloir vivre" est le fond commun qui anime  aussi bien les animaux et les hommes. Dans son objectivation: tel qu'il existe effectivement, objectivement.

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

cordroc'h j f 12/01/2012 13:40


Je viens de me rendre compte que jai mal orthographié ,Nietzche et Schopenhauer dans mon commentaire précédent , trop de précpitations certainement .

cordroc'h j f 12/01/2012 10:46


Jean Louis , qu'est ce qui fait selon vous que l'homme n'accepte pas de vivre sans devoir donner un sens à son existence , et à l'existence en général ,et qui amène certains à inventer des
idéologies ,religieuses et autres , dans lesquelles une majorité d'autres va se réfugier ? Est ce qu'il le fait simplement parcequ'il peut le faire de par son intelligence ,et que telle serait
alors  la fonction de celle-ci , de donner du sens ,de l'inventer  ,en établissant une origine , une fin ,et des modèles existentiels à respecter afin de relier l'une à l'autre ?


Personnellement , je ne pense que ce soit le fait de savoir qu'il est inéluctablement condamné à mourrir qui le pousse à s'inventer des raisons de vivre , mais plus, la peur de vivre sans raisons
, sans buts prédéterminés . Il faut intégrer la peur de la mort dans le cadre plus général de la peur du processus naturel de vie dont le fondement est , l'imprévisible , l'aléatoire
,l'incertitude etc ...tout cela au sein du mouvement de la transformation permanente de l'énergie et de la matière  .L'homme a besoin de créer des liens artificiels le reliant, tant que bien
que mal ,au monde au sein duquel il vit ,et dont il a été prématurément séparé à un moment clé de son évolution . Chose contre laquelle il ne pouvait alors rien faire et qui l'a entrainé
dans sa course folle ,qu'est la nécéssité pour lui ,de se procurer absolument des substituts artificiels aux liens fondamentaux le reliant originellement à la nature .


L'homme peut s'adonner à la réflexion , je préfère la pensée , car la réflexion nécéssite une volonté , tandis que la pensée se fait par elle-même , sans sortir ,sans  s'exclure ,du
processus naturel de création-destruction .De cette manière de penser est donc absente la volonté de donner , trouver et inventer des raisons de vivre . Les idées apparaissant au sein de ce
processus de pensée sont le fruits de ce processus même , elles peuvent donc être considérées comme des produits de la nature avec tout ce que cela peut comporter d'essais et d'erreurs .


Mais qui peut penser de cette manière ? Celui ou celle pouvant vivre sans éprouver le besoin de sens ,de raisons ,celui ou celle éprouvant au fond de son être la présence de la vie sous le forme
d'une force intérieure ,d'une puissance d'action permettant un pouvoir d'action directe sur la réalité . La nourriture existentielle de ces personnes sont alors les sensations , sentiments et
émotions permettant à la réalité de s'imprégner pleinement et profondément dans la mémoire  , procurant ainsi aux différentes fonctions du cerveau une matière inépuisable à transformer en
idée et concepts ,comme les abeilles contruisent leurs ruches , ou comme l'ecroulement d'un pan de montagne au fond  d'une vallée où coule une rivière, produit un lac .


La volonté subjective apparaît chez l'individu lorsque le vouloir vivre de Shopenhauer , ou la volonté de puissance de Nietschze vient à manquer  . La personne éprouvant en elle cette
volonté de puissance , n'a pas besoin de la volonté particulière de se procurer des raisons artificiellement créées de vivre .Elle est sa propre raison de vivre en tant qu'expression directe du
processus de vie avec lequel elle entretient des liens fusionnels , prolongement des liens fusionnels enfant-mère , par lesquels se transmettent donc les liens fondamentaux homme-nature .


C'était ma petite interprétation personnelle de ce texte après un temps d'absence sur ce blog que je retrouve avec plaisir .

jean louis 11/01/2012 12:57


"L'homme n'est pas tout-à-fait un animal comme les autres. Parce qu'il sait qu'il va mourir, il cherche à comprendre le sens de son existence- à
supposer qu'elle en ait un! "


Disons-le un peu différemment, parce que cela me paraît plus significatif :...... parce qu'il n'accepte pas que son existence soit sans raison,
comme celle de l'animal. Alors il passe toute sa vie à essayer de lui en trouver, de lui en inventer une.


En fait, il n'accepte pas de ne pas savoir.