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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 20:19

Face à une catastrophe comme Fukushima,
l'Occident recourt à des références bibliques comme l'apocalypse. Qu'en est-il au japon?

 

"Lorsqu'on ne peut contrôler un événement, il est naturel de recourir à sa propre tradition sémantique pour en avoir une maîtrise conceptuelle. Certains évoquent ainsi l'image bouddhiste de l'enfer, où coulent des fleuves de sang. Mais ils sont une minorité : devant l'ampleur des critiques, le gouverneur ultraréactionnaire de Tokyo qui avait parlé de Fukushima comme d'une « punition céleste » a dû retirer ses propos. Pour reprendre l'expression de Max Weber, le monde des Japonais est « désenchanté ». Si certains attribuent la catastrophe à une supposée force imprévisible de la nature, beaucoup y voient le résultat d'une défaillance humaine et avant tout politique. Pour moi, la catastrophe de Fukushima résulte de l'échec du contrôle démocratique sur la technologie industrielle. La construction de réacteurs dans une région notoirement sismique est un crime légal, un terrorisme structurel exercé sur les citoyens".

 

 


Quel rôle joue, selon vous, le lobby nucléairedans cette résignation? 

Cette inertie est le résultat du travail minutieux de relations publiques mené par l'industrie nucléaire. À la télévision se 
succèdent des spots publicitaires dans lesquels des vedettes  du sport ou du cinéma répètent des messages de soutien du  type « Japon, tiens bon! » ou encore « Tous ensemble, nous y arriverons ». Cette campagne est d'autant plus inquiétante  qu'elle est financée par AC Japan, un organe de régulation  publicitaire où siègent notamment des représentants de Tepco. On touche là au vrai problème: les citoyens ont beau deviner la structure du lobby nucléaire, ils refusent de mettre des  mots sur la cannibalisation de la vie politique. Le théoricien politique 
Maruyama Masao [auteur dEssai sur l'histoire de la pensée politique au Japon ,PUF, 
1996), NDLR], qui analysa dès 1945 la mentalité de la société japonaise ayant soutenu le fascisme, caractérisait

 l'appareil d'État japonais comme un « système de l'irresponsabilité » : la situation actuelle correspond parfaitement à cette apathie politique généralisée. Longtemps, la protestation fut représentée par l'extrême gauche radicale, qui effrayait la gauche libérale par ses méthodes révolutionnaires. Mais la résignation actuelle a des causes plus graves : dans leurs conditions de travail, les employés n'ont pas de temps pour la réflexion, la lecture et la discussion, et le système électoral les décourage d'entrer en politique. Dans ce contexte, on voit mal comment mettre un terme à la collusion de l'État et du grand capital".
  Extrait de Philosophie magazine,  Mai 2011 Kenichi Mishima (questions de Anne-Sophie Moreau

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Published by laurence hansen-love - dans Actualité
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