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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 20:37
Bien vieillir, est-ce uniquement une affaire personnelle? Le philosophe  Lucien Sève ne le pense pas.
 Voici un extrait de son article  (Repenser le "bien vieillir")paru dans le Monde diplomatique de janvier:


 

 «Bien vieillir, ça s'apprend», titre par exemple le magazine Psychologies (2). A cette fin nous sont indiquées les « six pistes » : 1. agir sur son corps (manger mieux, un peu d'exercice, pas de tabac...) ; 2. soigner les apparences (techniques anti-âge «douces», du massage à la «médecine esthétique» lire

les philosophes (Sénèque, Montaigne, Bergson; philosopher, c'est apprendre à mourir) ; 4. bien traverser la ménopause («une fois libérée de la maternité, on peut enrichir sa sexualité»); 5. commencer une thérapie (ail n'est jamais trop tard» pour aller chez le psychanalyste) ; 6. s'inspirer de ses aînés (garder un réseau relationnel comme les centenaires d'Okinawa, au Japon; imiter Claude Sarraute, qui, à 82 ans, adore dire «putain de bordel de merde »).

 

La poignante étroitesse individualiste de pareille conception saute aux yeux. Tout comme l'étendue des activités sociales auxquelles elle ne pense même pas : transmission de savoirs et d'expériences professionnels, nouveaux apprentissages, participations bénévoles multiples à la vie publique, poursuite d'activités créatrices de tous ordres... Selon cette «pédagogie » - et voilà le fond de la question-, le senior serait par essence un oisif social. Conception lourde de menaces pour ceux et celles qu'elle prétend aider : personnellement, elle condamne à une vie étriquée et, par - là, à un vrai «mal vieillir»; socialement, elle nourrit l'idée cynique selon laquelle les « troisième âge » seraient des bouches inutiles pour la collectivité, qui devraient donc, de plus en plus, payer eux-mêmes leur retraite[...]

Ici comme ailleurs, on mesure donc les ravages de la conception biologisante de l'être humain qui fait corps avec l'idéologie libérale - celle de l'Homo oeconomicus, animal génétiquement programmé pour être un individualiste calculateur -, alors que tout ce qui fait une personnalité (du langage à l'intelligence critique, des savoir-faire à la conscience morale) trouve sa source non dans le génome, mais dans les rapports sociaux que chacun s'approprie à sa façon au cours de sa vie ».

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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