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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 10:57

 

 

Éthique du consentement

Autour de l’affaire DSK et autres actualités tordues

Partie 3

 

 

Serge Provost

Professeur de philosophie

 



 

 


Petit jeu-questionnaire débile sur le «consentement sous influence»: Répondez par oui ou non.

 

1) L’ouvrier consent-il vraiment à faire un travail dangereux si, à défaut de s’exécuter, il s’expose à un congédiement?

2) Les alphas du Tour de France peuvent-ils ne pas se doper et espérer gagner?

3) Toutes les prostituées choisissent-elles librement d’exercer ce métier ?

4) Peut-on ne pas consentir au port du voile, à la polygamie en terre islamiste intégriste et fanatisée?

5) La Porn Star peut-elle refuser « l’incontournable double pénétration anale suivie de l’ingestion «a posteriori» du sperme?» (feue Nelly Arcand, Le strip-tease ICI, 07-02-2008.

6) Le consentement d’une personne soûle, sous médication, est-il moralement légitime?

7) Au 19e siècle, la journée de travail de 14 heures par jour, banalisée, était-elle acceptable?

8) Voter pour un gouvernement qui applique le contraire du programme électoral pour lequel il a été élu peut-il se réclamer du consentement populaire?

9) Au nom des devoirs du soldat aux ordres, des criminels de guerre plaident le consentement forcé. Ont-ils totalement tort?

10)Des poursuites juridiques sont cycliquement intentées contre des journaux, des magazines et des auteurs célèbres (auto-fiction) qui reproduisent des images et des faits sans le consentement des principaux intéressés. Sont-ils injustement accusés?

11) Si vous acceptez de mettre votre bouille, ou autre chose, sur Internet (You Tube, Daily Motion et autres grands sites connus, même pornographiques) avez-vous raison de vous plaindre a posteriori pour «non-consentement à l’utilisation indue de son image»?

12) Si vous consentez à livrer des informations très personnelles sur Facebook qui pourraient éventuellement être utilisées contre vous. Auriez-vous raison de vous en plaindre et d’intenter des actions en justice?

 

Arrêtons ici. La liste serait interminable. Voulez-vous en rajouter?

 

Quand le consentement est sibyllin 

 

Le n’oui... vous connaissez ? Y’a-t-il consentement quand une personne dit non, mais donne à penser que sa réponse est oui ? S’il faut en croire Eric Fassin, (voir Le date rape aux États-Unis ; figures d'une polémique , in Terrain, n° 30, mars 1998), il existerait différentes «figures du consentement».

 

Argumentaire parfois repris par la mouvance conservatrice, d’aucuns rappellent que la sexualité humaine relève d’abord de l’éthologie animale. Dans cette perspective, les rapports homme/femme doivent être resitués dans le cadre général des interactions entre mammifères, entre mâles/femelles qui prévalent chez ces espèces vivantes. Dans le code d’accouplement, il arrive fréquemment que la femelle résiste, même agressivement, aux signaux de rencontre coïtale du mâle. Or, on observe que si son comportement suggère un refus net, son excitation suggère le contraire. Il revient donc au mâle conquérant, par une insistance à degré variable, de transmuter la rebuffade en acquiescement. C’est par milliers, dans toutes les cours de la planète, que juges et avocats, au cas par cas, tentent de faire la lumière sur des situations souvent complexes et tordues.

 

Le procès DSK entrera-t-il dans ce labyrinthe? Nul ne le sait encore. Mais ce dont nous pouvons avoir la certitude, c’est le rôle prééminent qu’y jouera l’argent au service de la défense. Piqûre de rappel ? Après le procès le plus médiatique de l'histoire américaine, celui de l'ancienne vedette de football, O.J. Simpson, la remarque que faisait Honoré de Balzac prenait tout son sens: «Les lois sont des toiles d'araignées à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites.» Dans plusieurs pays, et les États-Unis figure au premier rang, le verdict d’un procès dépend davantage de la qualité des avocats que de la gravité des crimes et des accusations.

 

Quand le consentement est explicite

 

Quand une femme dit «non», ce n’est rien d’autre que «non» qu'il faut entendre et interpréter. Point à la ligne ! Tout le reste est abus pur et simple. Parce que la femme est une personne libre et autonome et que son désir lui appartient en propre. Quand la réponse est oui, c’est oui. Ce mot scelle le contrat. Y compris le contrat hédoniste «où autrui compte autant que moi, ni plus, ni moins», comme le répète, à satiété, Michel Onfray. Mais, comme nous l’avons vu, et nous le verrons, tout n’est pas aussi simple et dépourvu de conséquences parfois dramatiques.

 

Quand le consentement respecte le principe d’autonomie

 

Tout être humain, fut-il riche ou pauvre, puissant ou non, malade ou en bonne santé, ne peut être considéré comme une chose. Car chacun est une personne. Si je me reconnais le statut de personne, l'autre, d’emblée, en est une aussi. À part entière, distincte et unique. Aucun humain ne peut revendiquer ce statut sans l'accorder à l'autre. Dotée de raison, de conscience, d'intention, de volonté, la pensée moderne et contemporaine les considère comme des sujets, non des objets.

 

De même, les lois et la morale dominante des pays occidentaux les traitent comme des sujets libres, capables de jugements moraux, donc responsables.  En conséquence, ils doivent, partout et par tous, être traités comme tels. Depuis plusieurs siècles déjà, les sociétés occidentales reconnaissent à l'individu le droit à l'autonomie, c'est-à-dire une liberté d'action et de décision personnelle par laquelle il peut déterminer le cours de sa vie conformément à ses choix.

 

Le respect mutuel passe par cette reconnaissance obligée. Moyennant certains préalables (être conscient, responsable, lucide, rationnel), il lui revient de décider ce qu'il estime être «le mieux pour lui», compte tenu des circonstances. En retour, la société s'engage à respecter sa décision. Le respect de la personne de l'autre commence par le respect de ses décisions personnelles. Tel est le principe d'autonomie. Ce dernier prévaut lorsque l'individu est vivant. Idem après sa mort.

 

Plus clairement dit, jamais on ne peut prélever ses organes ou réaliser des expériences sur son cadavre s'il n'a pas préalablement consenti. Cela dit, le principe d'autonomie n'est pas un absolu. Il ne doit pas être poussé jusqu'à l'absolutisme et justifier l'irresponsabilité. Par exemple, un individu ne pourrait réclamer de commettre, à ses dépens, des actes gratuits, destructeurs, illégitimes et illégaux. Désirs d'autonomie et droits ne doivent pas être confondus. Dangereux pour l'individu et la société, il serait également immoral et illégal d'obéir servilement aux plus folles demandes faites au nom d'une prétendue liberté incommensurable.    À suivre.

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Published by laurence hansen-love - dans Actualité
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