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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 11:10

Éthique du consentement Autour de l’affaire DSK et autres actualités tordues Partie 4

 

Quand le consentement libre et éclairé est indispensable

 

 Le principe d'autonomie devient réalité lorsqu'on permet à l'individu d'exprimer son consentement libre et éclairé, c'est-à-dire son accord explicite concernant toute intervention sur sa personne, qu'il s'agisse de traitements ou d'expérimentations. N'est-ce pas sa vie après tout ? L'objectif ici poursuivi est de protéger les personnes contre les ingérences indues sur leur corps. D'ailleurs, l'éthique n'ayant pas à elle seule la force suffisante pour faire respecter la personne, le droit des grands pays occidentaux s'occupe de protéger l'intégrité et l'inviolabilité corporelles de la personne. Toute intrusion dans cette zone d'intimité ultime exige son accord écrit. Après avoir été informé de façon intégrale et franche sur son état (sans jargon inutile, ni coercition, ni manipulation, ni mensonge, ni subterfuge de toutes sortes), il lui revient, et lui seul, de consentir librement à ce qui lui sera fait. Par exemple, l'équipe soignante ou l'équipe de recherche informera objectivement l'individu sur l'état de sa maladie, sur les chances de réussite d'un traitement ou d'un médicament, sur les risques et les conséquences possibles, sur les séquelles éventuelles, sur les autres possibilités de traitements présents et à venir, etc.

 

 Sans exercer de pression indue, on lui aura présenté la situation telle qu'elle se présente afin qu'il puisse prendre la meilleure décision. Lorsque celle-ci est prise, les intervenants sont tenus de la prendre en compte. Dans l'état actuel de technicité élevée des sciences et techniques médicales et pharmacologiques, le consentement libre et éclairé évite de transformer l'individu en objet. Au contraire, la reconnaissance de cette autodétermination en fait un sujet à part entière. Il devient partie prenante du processus décisionnel (souvent appelée «partage de la prise de décision») tout en lui permettant, et ce n'est pas un détail, de maîtriser les décisions capitales qui détermineront son existence.

 

 Cependant, deux exceptions connues viennent relativiser l'application de ce principe. La première : quand le bien-être du patient est menacé (on parlera alors de «mensonge thérapeutique» nécessaire») et lorsqu'il a clairement exprimé son désir de ne pas être informé sur son état et les divers traitements qui lui seront prodigués. La première exception semble évidente, bien qu'elle soit, à l’heure actuelle, en perte de vitesse dans les milieux médicaux. Certains patients refuseraient carrément des traitements bénéfiques s'ils avaient accès à toute la vérité. La seconde : si le malade se trouve dans l'incapacité d'exprimer un consentement libre et éclairé par manque d'autonomie (malades mentaux, comateux, personnes mineures, etc.), on en appellera aux proches ou au tuteur afin de connaître la volonté présumée du patient. Si elle existe, on se référera à la volonté écrite du malade en s'assurant de leur pertinence dans les circonstances. En absence des deux éléments précédents, il faut toujours agir dans le meilleur intérêt du malade.

 

 

 DSK, début et suite? DSK, suite et suite? DSK, suite et fin ?

 

 

Ce trop bref et trop superficiel survol de l’enjeu éthique du consentement illustre, on l’aura vu, son étonnante complexité. Cela dit, et sans jamais préjuger de la suite des choses, car nous n’en savons strictement rien à ce jour, sauf que Monsieur Dominique Strauss-Kahn a plaidé la non-culpabilité, en ce jour du 6 juin 2011, ajoutons une remarque terminale forcément susceptible, bien sûr, d’être invalidée. Si le consentement, dont nous avons vu la polysémie, refusé à tant de personnes et reconnu à d’autres - à l’ex-conjointe, aux grands malades, au nom du droit à l’autonomie, etc. – pourquoi ne pourrait-il pas être l’argument décisif dans le plaidoyer final en faveur d’une simple femme de chambre faisant, ce jour-là, à 10h45, le 14 mai 2011, son job dans la suite 2806 de l’Hôtel Sofitel, dans le downtown New York, devenu désormais un downer moral abyssal.

 À moins qu’elle n’ait été consentante à une autre forme de contrainte dont nous ignorons tout. Mystère et boule de sperme ?

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Published by laurence hansen-love - dans Actualité
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commentaires

Ewa 12/06/2011 17:35



Monsieur Serge Provost, j’espère que mes petites intrusions (musique, images, soulignements, liens) dans votre texte "Pourquoi obéissons-nous?", ne l’ont pas trop déformé ni dévié de sa
"trajectoire". Je crains le pire, mais je suis prête à accepter toutes les "réclamations". 


http://banquetonfray.over-blog.com/article-serge-provost-pourquoi-obeissons-nous-75113896.html



Serge Provost 10/06/2011 06:44



Ma fessée vendra donc plus tard...ouf !



Ewa 08/06/2011 18:26



Très intéressant, ce feuilleton philosophique sur le consentement.


Vivant, ce qui n’est pas fréquent chez les profs de philo.


Beaucoup de références précieuses.  Je les ai toutes notées - à voir plus tard. Sauf une : l’entretien avec un cannibale sur You Tube. Brr! Ça fait peur! :~). 


Ce texte permet de découvrir ou de mettre en évidence de nombreux aspects suspects de la notion de consentement qui la rendent très complexe et pleine de nuances. Effectivement, le consentement
n’est pas toujours évident, explicite, même dans la construction du contrat hédoniste. Le contrat dans lequel  l’autre occupe pourtant la place très importante; où la bienveillance, le
"devoir" d’agir dans son "intérêt", le besoin et l’envie de le faire jouir (en général, sans connotation sexuelle) - sont  essentiels.


"Aimer s’oppose à utiliser l’autre, même s’il y consent." - la chartre Love Génération me plait bien.


 


P.S. J’ai oublié mon carquois où je range les flèches bien acérées, quel dommage… :~)