Extraits
"Certains choisissent de ne rien voir, d'autres, trop émus, parlaient de fin de l'histoire…
Cette banalisation progressive de la solidarité internationale ne peut pas être analysée comme un événement moral ni un « progrès de l'humanité », ce qu'elle n'est hélas que marginalement. Elle tient, d'une part, aux progrès techniques qui favorisent l'essor des communications sans que les frontières n'y puissent grand-chose et, d'autre part, à l'interdépendance croissante entre les enjeux comme entre les intérêts. La posture de compétiteurs épuise plus le jeu international, tant aujourd'hui le succès dépend non plus de l'effondrement de l'autre, mais de sa survie et même de sa solidité. Inversement, la fragilité des plus faibles a des effets catastrophiques sur tous et devient de nos jours le principal facteur menaçant la sécurité collective. Il suffit de se pencher sur la carte des conflits mondiaux pour admettre que les foyers de belligérance se forment là où les Etats sont les plus faibles, où les économies sont les plus pauvres, où les tissus sociaux sont les moins solides. La guerre n'est plus le résultat d'une compétition entre les plus puissants, mais bel et bien d'un accès de faiblesse frappant les petits. En retour, la puissance perd de sa capacité régulatrice et se révèle, face à la violence du faible, décalée, inefficace et impuissante.
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A mesure que se brise ainsi la figure de l'ennemi, tout s'enchaîne. Tombent avec elle celle de l'infaillibilité de la puissance militaire, la fonctionnalité des alliances qu'elle inspire. Reste surtout, non pas à décréter la fin de l'Histoire, mais à comprendre le début de la nouvelle.
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Dès lors, nous changeons de monde : la tectonique des sociétés l'emporte sans que des états.
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La légitimité, du même coup, change de nature. Elle ne se construit plus seulement dans l'accomplissement de l'État de droit, ni dans le mode de gestion de la concurrence, mais aussi dans la prise en charge de ces formes potentielles ou réelles de mobilisation sociale.
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On n'y devine aussi poindre une sorte de démocratisation de la vie internationale qui perd sa nature oligarchique, sans contenir sa violence, tant l'importance croissante des « pathologies sociales mondiales » mais bien créer un surcroît de violence internationale, potentielles ou réelles".
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