Aujourd'hui le clivage droite/gauche apparaît singulièrement brouillé.
Si vous voulez savoir pourquoi, lisez le dernier livre de Thierry Ménissier
http://www.pug.fr/produit/989/9782706116919
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"Le soulèvement d'un peuple n'est jamais contrefait" M. Fox, (ministre anglais, à propos de la Révolution française)
(extrait de L'anglaise et le Duc de Eric Rohmer)
(juste une chose: en tant que maître de conférences, on est payé chichement à Sciences-po Paris. Mais c'est gratifiant d'y travailler, c'est vrai. J'en garde un très bon souvenir, personnellement, malgré les contraintes et le stress)
Bonjour tout le monde!
J'ai créé un groupe, et je suis submergée de demandes pour nous rejoindre. S'il vous plaît, pouvez-vous me dire qui vous êtes (étudiants, professeurs?) quand vous envoyez votre demande? Merci d'avance!
Nom du groupe: sciences-po culture générale
"On entend maintenant dire : les Grecs ont inventé « le » politique. On peut créditer les Grecs de beaucoup de choses - surtout : d'autres choses que celles dont on les crédite d'habitude -, mais certainement pas de l'invention de l'institution de la société, ou même du pouvoir explicite. Les Grecs n'ont pas inventé « le» politique, au sens de la dimension de pouvoir explicite toujours présente dans toute société ; ils ont inventé ou mieux, créé, la politique, ce qui est tout autre chose. On se dispute parfois pour savoir dans quelle mesure il y a de la politique avant les Grecs. Vaine querelle, termes vagues, pensée confuse. Avant les Grecs
(et après) il y a des intrigues, des conspirations, des trafics d'influence, des luttes sourdes ou ouvertes pour s'emparer du pouvoir explicite, il y a un art (fantastiquement développé en Chine, par exemple) de gérer le pouvoir existant, même de l' " améliorer ». Il y a des changements explicites et décidés de certaines institutions - même des ré-institutions radicales (« Moïse » ou, en tout cas, Mahomet). Mais dans ces derniers cas, le législateur excipe d'un pouvoir d'instituer qui est de droit divin, qu'il soit Prophète ou Roi. Il invoque ou produit des Livres sacrés. Mais si les Grecs ont pu créer la politique, la démocratie, la philosophie, c'est aussi parce qu'ils n'avaient ni Livre sacré, ni prophètes. Ils avaient des poètes, des philosophes, des législateurs et des polirai.
La politique, telle qu'elle a été créée par les Grecs, a été la mise en question explicite de l'institution établie de la société ce qui présupposait, et cela est clairement affirmé au V ème siècle, qu'au moins de grandes parties de cette institution n'ont rien de « sacré », ni de « naturel », mais qu'elles relèvent du nomos. Le mouvement démocratique s'attaque à ce que j'ai appelé le pouvoir explicite et vise à le réinstituer. Comme on le sait, il échoue (ou n'arrive morne pas à prendre un vrai départ) dans la moitié des poleis. Il n'empêche que son émergence travaille presque toutes les poleis, puisque aussi bien les régimes oligarchiques ou tyranniques doivent, face à lui, se définir comme tels, donc apparaître pour ce qu'ils sont. Mais il ne se borne pas à cela, il vise potentiellement la ré-institution globale de la société et cela s'actualise par la création de la philosophie. Non plus commentaire ou interprétation de textes traditionnels ou sacrés, la pensée grecque est ipso facto mise en question de la dimension la plus importante de l'institution de la société : des représentations et des normes de la tribu, et de la notion même de vérité. Il y a certes, partout et toujours, « vérité ». socialement instituée, équivalent de la conformité canonique (les représentations et des énoncés avec ce qui est socialement institué comme l'équivalent d'« axiomes » et de « procédures de validation ». Il vaut mieux l'appeler simplement correction (Richtigkeit). Mais les Grecs créent la vérité comme mouvement interminable de la pensée mettant constamment à l'épreuve ses bornes et se retournant sur elle-même (réflexivité), et ils la créent comme philosophie démocratique : penser n'est plus l'affaire de rabbins, de prêtres, de mollahs, de courtisans ou de renonçants - mais de citoyens qui veulent discuter dans un espace public créé par ce même mouvement.
Aussi bien la politique grecque, que la politique kata ton orthon logon, peuvent être définies comme l'activité collective explicite se voulant lucide (réfléchie et délibérée), se donnant comme objet l'institution de la société comme telle. Elle est donc une venue au jour, partielle certes, de l'instituant en personne (dramatiquement, mais non exclusivement, illustrée, par les moments de révolution) . La création de la politique a lieu lorsque l'institution donnée de la société est mise en cause comme telle et dans ses différents aspects et dimensions (ce qui en fait découvrir rapidement. expliciter, mais aussi articulée autrement la solidarité), donc, lorsqu'un autre rapport, inédit jusqu'alors, est créé entre l'instituant et l'institué".
Cornélius Castoriadis, Le monde morcelé. Les carrefours du labyrinthe, III, Seuil, 1990, pp 126-127