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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 11:29

"Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges
Ah comme j'y ai cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux
Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux
Et ce qu'il en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change "

 

Aragon, Epilogue, Les poètes, 1960

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 20:20

La démocratie 


« D’où vient le désir de démocratie? Pourquoi des peuples souhaitent-ils changer de régime?  Quel type de revendications nourrit leurs aspirations? Ces questions ne reçoivent pas de réponse simples. Ce sont elles qu’il faut pourtant aujourd’hui poser,  si l'on veut comprendre, en profondeur, comment la démocratie peut s’étendre. On ne peut se contenter, comme on le fait trop souvent, d'avancer que la soif de liberté est naturelle, et qu'elle subsiste en l'homme, quelles que soient les contraintes que nous pouvons subir. L’explication n’est pas fausse, mais elle est au fond  tautologique  puisqu'elle se contente de dire que la démocratisation trouve ses raisons dans le désir de démocratie.  Et elle nourrit de dangereuses  illusions,  puisqu'elle fait croire que la démocratie, en puissance en quelque sorte en chaque homme est exportable – qu’il suffit, autrement dit, de renverser les régimes autoritaires pour qu'un régime démocratique se développe.

Nous devons retenir les leçons de Périclès :  le genre « démocratie » ne pas être déterminé a priori, il n’y a  de démocratie que ce que les peuples   reconnaissent comme telles. Les Athéniens nommaient « démocratie » leur régime parce qu'il offrait à tous une vie accomplie – une vie de sagesse et de beauté, dit Périclès, tournée dans le bien public. Ce que nous nommons  aujourd'hui «démocratie » est moins déterminé : un ensemble d'images, de valeurs, d’idées - ce j'appelle un idéoscape - par lequel nous exprimons notre désir de liberté et d'égalité, plus encore par lequel nous exprimons notre conviction que ce désir est intégralement politique. Comprendre aujourd'hui l’expansion de la démocratie  suppose qu'on prenne en compte cette appropriation d’un idéal sans doute confus mais qui reste une force incomparable de mobilisation. Pour cela, il faut être à la bonne distance : éviter le dogmatisme d'un modèle imposé au monde, éviter le relativisme qui empêche de voir que les nations s'imitent et s'inspirent les unes des autres – bref, comprendre que le modèle démocratique aujourd'hui n’est ni un paradigme idéal, ni une réalité singulière qu'il faudrait généraliser. Car dans un monde globalisé, les modèles deviennent pluriels, ils circulent et travaillent les imaginaires. Ils nourrissent les représentations qu'on se fait des combats à mener et la signification qu'on leur donne ».
La démocratie universelle. Philosophie d'un modèle politique. Florent Guénard, Seuil, 2016.

 

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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 17:42
Non à la violence

"Le sang d'un seul homme est d'un plus grand prix que la liberté de tout le genre humain"  J.J. Rousseau

 

 (on finira peut- être par admettre un jour que  tuer des opposants, des "rebelles",  même pour protéger un "bon gouvernement",  ou encore les interêts de telle ou telle communauté, n'est pas une solution acceptable, ni   probante...

 La démocratie est un régime qui garantit que les alternances de gouvernement se produiront sur un mode pacifique...sans violences délibérées, si possible sans violence du tout...)

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 13:41

   Commandée à des fins de propagande politique par le Gouvernement des Neuf, le cycle des fresques du Palazzo Publico de Sienne, réalisé en 1339,   offre  une représentation d’une cité médiévale écartelée entre bon ( « L’allégorie du bon gouvernement « ) et mauvais gouvernement. ( « L’ Allégorie du mauvais gouvernement »). Le propos de l’auteur de ce chef d’oeuvre n’ était  pas de promouvoir un quelconque idéal démocratique - Sienne était dirigée par une oligarchie de marchands de 1287 à1355.  L’artiste  interroge dans le langage pictural qui est le sien, et en s’inspirant des codes éthico-politiques de son temps, les  normes de justice propres à apporter la  paix et la prospérité au peuple de Sienne, dans une unité véritable, et pour un temps indéfini. 
  La fresque comporte  trois  volets : « Allégorie et effets du mauvais gouvernement », « Allégorie du bon gouvernement », et « Effets du bon gouvernement à la ville et à  la campagne ». Tandis que la fresque consacrée au mauvais gouvernement évoque les dévastations de la guerre et la désolation qui procède de la tyrannie - conçue comme désordre moral et corruption généralisée- l’allégorie du bon gouvernement, illuminée par les figures radieuses de la  justice et la sagesse, nous enseigne que  les deux fondements du bon gouvernement sont la concorde et l’ équité. Les citoyens sont représentés tenant une corde dont une extrémité est retenue par une figure féminine intitulée « concordia", qui est elle-même munie également d’un rabot : autant d’indications qui suggèrent que pour jouir des bienfaits de la paix nous devons atténuer ce qui nous oppose aux autres citoyens et non accuser nos différences.  
  Le troisième volet (« Effet du bon gouvernement à la ville et à la campagne ») représente la cité fortifiée et en contrebas, le paysage rural. Le peintre  donne une image  délicate et enchantée de  la solidarité organique et de la mutuelle intégration des deux composantes d’une communauté heureuse : ville et campagne, nature et culture, univers urbain et ruralité  offrent un sentiment de continuité et même d’osmose.  L’image est celle d’une  communauté au travail,  civilisant  la nature sans la violenter, intégrant  chaque individu  dans un  tissu collectif au rythme des cycles de la vie et de l’action collective. L’ampleur panoramique de la fresque produit le sentiment enchanteur  de ce que devrait être l’ordre social heureux, à la fois  intégrateur et respectueux des individus, jouissant des bénéfices  d’un  équilibre stable parce qu’harmonieux.
   Humaniste avant l’heure, écologique, républicain et laïc,  l’artiste-philosophe nous offre une somme figurative qui rassemble tous les traits  d’une vision de la politique  irriguée par l’exigence éthique et le désir  de justice.  On pourrait dire, que d’ une  certaine manière, cette représentation poétique et joyeuse  de  sagesse politique et de politique vertueuse  est l’exacte antithèse de la représentation dominante de la politique qui est la nôtre  aujourd’hui : profondément pessimiste, désenchantée,  héritée de Machiavel  et de Hobbes,  et confortée par  tant de guerres, de destructions et de calamités au XX siècle. 
    Un tel  idéal de société heureuse  est-il caduc pour autant? L’utopie du réel de Lorenzetti est au contraire plus éloquente et instructive que jamais.  N'est-ce pas pour avoir avoir oublié que le fondement de tout bon gouvernement reste aujourd’hui, non moins  qu’au temps de Lorenzetti, la concorde et l’ équité, le respect de la nature et la quête de justice,  que certaines de nos  démocraties post-morales  se disloquent   sous l’effet conjugué du cynisme politicien,  de l’anomie,  et du relativisme  banalisé,  mutant désormais en  nihilisme éthique?

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 13:35
L'allégorie du bon gouvernement

Indémodable !

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 18:51
adorno horkheimer

adorno horkheimer


"La Raison de l’ère  moderne fut placée dès le début sous le signe du radicalisme: en cela elle se distinguait de toutes les phases précédentes de la démythologisation »

La dialectique de la Raison, Adorno et Horkheimer, p 102, Gallimard

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 14:46
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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 09:57

« C'était, du reste,  un charmant garçon, oui, en vérité, un charmant garçon… 
Il avait aussi cette faculté merveilleuse de pouvoir, cinq heures durant, et sur n'importe quel sujet, parler sans jamais exprimer une idée. Son intarissable éloquence déversait, sans un  arrêt, sans une fatigue, la lente, la monotone, la suicidante pluie du vocabulaire politique, aussi bien sur les questions de marine que sur les réformes scolaires, sur les finances que sur les beaux-arts, sur l'agriculture que sur la religion. Les journalistes parlementaires reconnaissaient en lui leur incompétence universelle et miraient  leur jargon écrit dans son charabia parlé. Serviable, quand cela ne lui coûtait rien, généreux, prodigue même quand cela devait lui rapporter beaucoup, arrogant et servile, selon les événements et les hommes, sceptique sans élégance, corrompu sans raffinement, enthousiaste sans  spiritualité, spirituel  sans imprévu, il était sympathique à tout le monde. Aussi son élévation rapide ne  surprit, n’indigna personne. Elle fut, au contraire, accueillie avec faveur des différents partis politiques, car Eugène ne passait pas pour un sectaire farouche, ne  décourageait  aucune espérance, aucune ambition, et l'on ignorait pas que, l'occasion venue, il était possible de s'entendre avec lui. Le tout était d'y mettre le prix » .
Octave Mirbeau, Le jardin de supplices. 

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 09:50
Les formes et la démocratie

« Les formes sont les divinités tutélaires des associations humaines ; les formes sont les seules protectrices de l’innocence, les formes sont les seules relations des hommes entre eux. Tout est obscur d’ailleurs : tout est livré à la conscience solitaire, à l’opinion vacillante. Les formes seules sont en évidence, c’est aux formes seules que l’opprimé peut en appeler » Benjamin Constant, Principes de politique,  chapitre 18 

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 09:44

La démocratie et l’importance des formes 

Tocqueville considère que les « formes » (les institutions, les normes morales, les règles du bien-vivre  reçues de nos ancêtres  etc…)  sont  protectrices du civisme et de l’esprit républicain. Or l’homme démocratique a tendance à mépriser les formes : 

 

 

 « L'égalité suggère aux hommes plusieurs penchants fort dangereux pour la liberté, et sur lesquels le législateur doit toujours avoir l'oeil ouvert. Je ne rappellerai que les principaux.
Les hommes qui vivent dans les siècles démocratiques ne comprennent pas aisément l'utilité des formes ; ils ressentent un dédain instinctif pour elles. J'en ai dit ailleurs les raisons. Les formes excitent leur mépris et souvent leur haine. Comme ils n'aspirent d'ordinaire qu'à des jouissances faciles et présentes, ils s'élancent impétueusement vers l'objet de chacun de leurs désirs ; les moindres délais les désespèrent. Ce tempérament, qu'ils transportent dans la vie politique, les indispose contre les formes qui les retardent ou les arrêtent chaque jour dans quelques-uns de leurs desseins.
Cet inconvénient que les hommes des démocraties trouvent aux formes est pourtant ce qui rend ces dernières si utiles à la liberté, leur principal mérite étant de servir de barrière entre le fort et le faible, le gouvernant et le gouverné, de retarder l'un et de donner à l'autre le temps de se reconnaître. Les formes sont plus nécessaires à mesure que le souverain est plus actif et plus puissant et que les particuliers deviennent plus indolents et plus débiles. Ainsi les peuples démocratiques ont naturellement plus besoin de formes que les autres peuples, et naturellement ils les respectent moins. Cela mérite une attention très sérieuse.
Il n'y a rien de plus misérable que le dédain superbe de la plupart de nos contemporains pour les questions de formes; car les plus petites questions de formes ont acquis de nos jours une importance qu'elles n'avaient point eue jusque-là. Plusieurs des plus grands intérêts de l'humanité s'y rattachent ». 
Tocqueville, De la démocratie en Amérique. Tome 2, Quatrième partie, Chapitre 7, p 444, Coll. Folio-Histoire

 

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