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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 13:15

Pour ceux qui n'en ont aucune à ce jour, voici ce que je préconise (mais il y en a d'autres..)

La présentation

C’est assez décisif, en ce sens que les profs sont indisposés par des copies peu soignées. Ecrivez lisiblement, laissez des marges, évitez les fautes d’orthographe. N’abusez pas du tipex, ni des renvois, ratures etc… Sautez trois lignes entre l’introduction et le développement et entre chacune de vos trois parties, afin que votre plan saute immédiatement aux yeux. Une copie ne doit être ni trop courte ni trop longue. Un devoir (propre) de six pages est idéal.

La composition du devoir

Elle découle de votre problématique, exposée en introduction. Un problématique procède

d’ une analyse du sujet qui induit une interrogation construite. L’énoncé de votre problématique suffit à suggérer votre plan. Exemple : « il faut donc se demander si (premier point), en remarquant toutefois (second point)…peut-être est –il préférable de considérer (troisième point) ». Votre plan doit être dialectique, ce qui signifie qu’il doit y avoir une contradiction entre la thèse (partie 1) et l’antithèse (partie 2) mais cette contradiction sera surmontée en troisième partie. La synthèse n’est pas un compromis ni un mélange. C’est une nouvelle position, plus juste, plus réfléchie, mais qui intègre les éléments précédents.

Clefs de la réussite

Chaque partie doit fournir une réponse à la question posée, donc une thèse. Tout plan par thème (I L’art II Le beau) ou par questions (I Qu’est-ce que la vérité ? II La vérité est-elle universelle) est à proscrire (à éviter absolument !). A la fin de chacune de vos parties, énoncez la thèse de cette partie et, en une phrase courte, dites en quoi cette thèse appelle une objection (transition). Votre conclusion récapitule les trois conclusions de vos trois parties. Attention : vos thèses doivent toujours être nuancées. Evitez les options aussi tranchées qu’absurdes, telles que : « Tout Etat est bon. Tout Etat est un mal ». Ou : « La beauté est facile à définir », puis « La beauté n’existe pas » etc… Prenez soin de toujours nuancer vos propos, dans chacune de vos parties.

Nota bene : ni la longueur du devoir ni le plan ne vous sont imposés. Vous pouvez faire un devoir très court (ou très long) en deux parties. Mais je ne vous le conseille pas !

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie terminales
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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 18:15

Pourquoi les hommes ont-ils inventé l’État ? 

Introduction 

L’État n’a pas toujours existé, et si l’on imagine le contraire, c’est parce que l’on confond l’État (proprement dit) et des formes indéterminées d’organisation du pouvoir ou de l’autorité. Pourtant une tribu indienne, une société nomade, un fief médiéval, une cité telle qu’Athènes au VIe siècle avant J.-C., sont des communautés hiérarchisées réglées par un principe d’autorité, ce ne sont pas des « États » proprement dit. L’État en tant que réalité historique s’est manifesté tardivement dans l’histoire de l’humanité. Les premières « cités-États » font leur apparition en Mésopotamie environ 3000 ans avant Jésus-Christ, en même temps que l’écriture. Mais les cités-États étaient encore des communautés traditionnelles et soudées, en ce sens elles ne correspondent pas à la définition de l’État au sens où nous l’entendons aujourd’hui, et dont on peut dire qu’il a été « inventé » par les hommes. L’État moderne est en effet une construction artificielle qui a été mise en place progressivement en Occident à partir du XIIIe siècle et qui a été théorisée par les juristes et les théoriciens dits « contractualistes » (Bodin, Hobbes, Locke, Rousseau) à partir du XVIe siècle. L’idée d’un État « inventé par les hommes » ne peut être comprise que dans cette acception d’un État artificiel et « procédurier », c’est-à-dire d’une « machine » mise en place par les hommes pour se protéger d’eux-mêmes. Mais les peuples ont subi pendant des siècles le pouvoir arbitraire des maîtres, princes ou de despotes investis d’une autorité traditionnelle prétendument légitime, avant d’avoir l’idée de demander à l’État, au sens républicain de ce terme, de les protéger des abus du pouvoir et du despotisme. Cette conception de l’État, en outre, semble suggérer un idéal, un modèle plutôt qu’une réalité effective. De fait, l’État de droit ne nous met que partiellement à l’abri du pouvoir des plus habiles, des plus puissants. Répond-il donc vraiment à sa finalité déclarée, qui serait de ne nous permettre de ne plus obéir aux hommes ? « Les hommes ont inventé l’État pour ne plus obéir aux hommes » a écrit le juriste contemporain Georges Burdeau. Il paraît cependant difficile de penser la vie en commun en écartant a priori toute idée de sujétion, d’autorité et donc d’obéissance. 36 

I. L’État est une invention des hommes 

En effet, jusqu’aux temps modernes (XIIIe-XVIe siècle en Occident), le pouvoir semblait une donnée naturelle héritée d’un passé immémorial, incontestable et avalisée par le religieux. Et les différentes dimensions (économiques, politiques, morales, religieuses etc..) du pouvoir ne sont pas dissociées. Dans une société traditionnelle les hommes de pouvoir possèdent « naturellement » le plus souvent à la fois l’autorité morale, la capacité de contraindre, le pouvoir économique et l’onction religieuse. Ces sociétés sont dites « holistes » ce qui signifie que l’intérêt du tout justifie les hiérarchies, car la justice, c’est l’ordre « naturel » qui veut que les hommes obéissent aux hommes dans l’intérêt de tous. Cette conception est exprimée dans le fameux texte d’Aristote (Les politiques, 1). 

1. La cité antique est naturelle : ce n’est pas une invention des hommes. 

Pour Aristote, vivre en société est naturel pour l’homme. La cité n’a jamais commencé, elle a toujours été là. De même que la famille, et la hiérarchie qui s’impose à tous les hommes qui veulent vivre en harmonie : 

« Il est manifeste, à partir de cela, que la cité fait partie des choses naturelles, et que l’homme est par nature un animal politique, et que celui qui est hors cité […] est soit un être dégradé soit un être surhumain […]. C’est pourquoi il est évident que l’homme est un animal politique plus que n’importe quelle abeille et que n’importe quel animal grégaire » (Les politiques, 1). 

Même si la société est naturelle, les hommes, contrairement aux animaux, ont conçu différentes organisations politiques (telles que la République ou le despotisme, par exemple). Or ces différents systèmes ne sont pas équivalents, même si tous, pour Aristote, tolèrent l’esclavage ! 

2. La question du pouvoir légitime est posée d’emblée par les anciens. 

Même si la société est naturelle (conception holiste défendue notamment par Socrate dans Criton), les politiques (Clisthène, Périclès) et les philosophes (Platon, Aristote) se demandent d’emblée comment fonder la légitimité du pouvoir, comme en témoigne la discussion entre Calliclès et Socrate dans Gorgias (483 a - 485 a). Selon Calliclès, il est « juste selon la nature » que « le meilleur ait plus que le moins bon et que le plus capable ait plus que le moins capable » autrement dit que les « plus forts » gouvernent et se fassent obéir des faibles, et s’enrichissent à leurs dépens : « les boeufs et les autres biens de ceux qui sont inférieurs et plus faibles appartiennent tous à celui qui est meilleur et plus fort » (484 b). Pour Socrate au contraire les lois sont faites pour le plus grand nombre, donc pour les plus faibles, qui, assemblés, sont toutefois plus « forts » que les forts. Les lois sont donc faites pour empêcher les « forts » isolés d’imposer leur volonté arbitraire et despotique à la majorité qui aspire à la justice, c’est-à-dire à l’égalité de tous les hommes libres devant la loi (489 a). 

Cependant, pour Socrate comme pour Platon, les hommes doivent se soumettre aux lois, même si les lois sont mal faites ou appliquées en contradiction avec leur esprit. C’est ainsi que Socrate s’est soumis aux hommes qui, sans contrevenir à la loi athénienne, ont prononcé son arrêt de mort. 

3. Mais l’idée volontariste de l’État apparaît avec la théorie moderne de la souveraineté 

Théorie partagée par tous les modernes, mais vigoureusement exprimée par Hobbes dans le Léviathan (1651). Pour échapper à l’insécurité qui règne à l’état de nature, les hommes renoncent à leurs droits naturels et les confient à un tiers (homme ou assemblée) : « C’est comme si chacun disait à chacun : j’autorise cet homme ou cette assemblée et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit, et que tu autorises toutes ses actions de la même manière » (chapitre XVII). Le pouvoir est donc né d’un acte volontaire, d’une décision 37 

collective de forme juridique (un « contrat »). L’origine du pouvoir n’est plus ni naturelle ni divine. Cependant le pouvoir issu du contrat est absolu : en effet le détenteur du pouvoir politique est hors contrat, il n’est pas lié par le contrat. Son pouvoir est illimité. 

N’est-ce pas là le comble du danger ? Et qu’y gagnent les sujets ? Comment un pouvoir absolu ne risquerait-il pas de verser dans le despotisme ? Hobbes répond à cette objection tout d’abord en soulignant que pour être stable, le pouvoir du souverain (le Léviathan) doit être à l’abri de toute querelle partisane. D’autre part, les sujets conservent un droit de résistance individuelle inaliénable (origine de la conception moderne des droits imprescriptibles) si sa vie est menacée par le pouvoir qu’il a mis en place pour la protéger. 

Les hommes ont donc, selon Hobbes, créé l’État pour ne pas obéir aux hommes. La toute puissance du souverain (un « Dieu mortel ») les met en effet à l’abri de passions : car dans le Souverain, la raison s’exerce effectivement, elle ne trouve plus d’obstacles, le souverain ne peut que vouloir et accomplir le bien de l’État. Il est, pour Hobbes, ou bien, (si l’on préfère), il devrait être, une machine parfaitement ordonnée élaborée pour servir ceux qui l’ont inventée. 

Conclusion 

La conception individualiste de l’État est d’abord absolutiste : Hobbes considérait que l’État avait pour vocation de protéger les hommes, de les prémunir de leurs propres passions et qu’il devait pour cette raison disposer d’un pouvoir absolu. 

La conception « moderne » de l’État va substituer à la théorie absolutiste hobbesienne, difficile à bien comprendre et encore plus à « appliquer », la théorie républicaine, au sens démocratique du terme, de l’État. 

II. Les hommes ont inventé l’État de droit pour ne pas obéir aux hommes 

Selon la conception démocratique de l’État (créé par les hommes pour ne pas obéir aux hommes), le peuple ne renonce pas à la souveraineté en se constituant, par le contrat social, en peuple, précisément - le peuple ne préexiste pas au contrat social. Bien au contraire, le peuple se donne une unité et une volonté grâce à ce contrat qui n’implique aucune soumission : 

1. Le souverain, c’est moi ! 

Selon Rousseau, en aliénant tous mes droits, je ne renonce pas à ma souveraineté, car « chacun se donnant à tous ne se donne à personne ». Ainsi « on gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd et plus de force pour conserver ce que l’on a ». Cet « acte d’association » ne produit pas un pouvoir ou une autorité séparée du corps social, mais un « corps moral et collectif » qui prend le nom de « République ou de corps politique, lequel est appelé par ses membres « État » quand il est passif, Souverain quand il est actif, Puissance en le comparant à ses semblables » (c’est-à-dire à l’égard des autres États). 

Ainsi, selon Rousseau, « chaque associé s’unissant à tous n’obéit pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant » (Du contrat social, Livre I, chapitre VI). 

La souveraineté n’est rien d’autre que « l’exercice de la volonté générale » (Livre II chapitre I) et le souverain, qui est un être collectif, « ne peut être représenté que par lui-même ; le pouvoir peut bien se transmettre, mais non la volonté ». (Livre II, chapitre I) 

« Si donc le peuple promet simplement d’obéir, il se dissout simplement par cet acte, il perd sa qualité de peuple : à l’instant qu’il y a un maître, il n’y a plus de souverain, et dès lors le corps politique est détruit ». (ibid) 38 

2. La souveraineté du peuple est absolue et non pas arbitraire 

Le concept de souveraineté avait été formulé par Bodin au XVIe siècle. Il est dérivé du concept latin d’imperium qui désignait le pouvoir militaire, puis la concentration en une seule main des pouvoirs militaires, civils et religieux. Chez les modernes la souveraineté désigne d’abord la souveraineté monarchique. Pour Bodin la souveraineté est perpétuelle et absolue. Mais ce pouvoir législatif absolu que Rousseau transfère au peuple est néanmoins borné (cf. Chapitre IV du livre II du Contrat social). 

Le pouvoir souverain est borné par nature, ce qui signifie que la souveraineté du peuple n’est pas arbitraire : le souverain ne peut outrepasser ses prérogatives, qui sont de faire la loi, celle-ci ne portant que sur des objets d’intérêt général. En ce sens la loi, qui est l’expression de la volonté générale est toujours juste puisque la volonté générale est toujours droite, même si elle n’est pas toujours éclairée (Livre I, chapitre III). Chez Rousseau, le gouvernement (l’exécutif) est purement et simplement subordonné au législatif, c’est-à-dire au souverain : « un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux lois mais il n’obéit qu’aux lois, et c’est par la force des lois qu’il n’obéit pas aux hommes » (Lettres écrites sur la Montagne, 1764, OEuvres, tome III). 

Lorsque j’obéis aux lois, je n’obéis pas aux hommes. Cependant il faut des hommes pour élaborer les lois (le législateur) et des hommes pour appliquer les lois (pouvoir exécutif et judiciaire). Comment éviter l’abus de pouvoir de la part des hommes de pouvoir ? 

3. La solution « libérale » 

Les philosophes républicains (Montesquieu, Locke) ou libéraux (Benjamin Constant) ont reproché à Rousseau son absolutisme républicain. Autrement dit, la confiance qu’il accordait au peuple et à la loi, nécessairement bien intentionné (le peuple) et juste (la loi). Pour éviter la confiscation du pouvoir par le gouvernement, les républicains d’orientation libérale proposent la solution de la séparation, ou plus exactement de l’équilibre, des pouvoirs : « Pour que l’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » (L’Esprit des lois, Livre XI, chapitre IV). Les pouvoirs législatifs et exécutifs vont s’équilibrer. Quant à l’autorité judiciaire, elle restera strictement indépendante. De cette manière : « personne ne peut être contraint de faire les choses auxquelles la loi ne l’oblige pas, et à ne point faire ce que la loi permet ». 

La conception actuelle de l’État de droit applique et actualise ces théories républicaines et (ou) libérales, tout en conservant le principe (fondamental et théorique) de la souveraineté populaire proclamé par Rousseau. L’État de droit est un État limité par le droit, ce qui signifie que les gouvernants ne peuvent pas aller à l’encontre de l’idée de droit qui est la raison d’être et le ciment de cette société 

Conclusion 

L’État est une construction, une idée, une entité, et non pas une collection de volontés particulières. Cette entité est censée être dépourvue de passions. En somme : « l’idée de l’État est la muselière dont le but est de rendre inoffensive cette bête carnassière l’homme » (Schopenhauer). Cependant le sentiment commun contredit cette approche théorique de l’État. Pourquoi ? 39 

III. Pourquoi l’État réel ne correspond pas à sa définition 

L’État réel ne paraît pas nous préserver de l’aliénation, de l’oppression, de l’asservissement. Il semble même qu’historiquement les États aient été instrumentalisés par des hommes afin de satisfaire leurs propres intérêts ou de donner libre cours à leurs passions. 

La théorie de l’État-protecteur est-elle un leurre ? Comme le remarque le philosophe français contemporain Pierre Hassner : « Mais qui nous protégera de nos protecteurs ? ». 

1. Un mensonge au coeur de l’État 

Tout d’abord l’État ment. 

Il ment sur ses origines : car ce n’est pas le droit qui est à l’origine de l’État, mais la force. Pour une raison évidente : « Ne pouvant faire que ce qui fut juste fut fort, on a fait que ce qui est fort fût juste » Pascal (Pensée 298 B) 

Il ment quand il prétend être le peuple souverain ou même agir en son nom. Mais on ne peut déléguer sa volonté. Mes « représentants » ne représentent qu’eux-mêmes, et mettre un bulletin dans une urne une fois tous les quatre ans ne donne que l’illusion de la souveraineté. Nos États sont en fait des Républiques pseudo-démocratiques contrôlées pas d’étroites oligarchies financières. 

Ainsi Nietzsche peut dire « L’État est un monstre froid, il ment froidement, et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : moi je suis le peuple » Ainsi parlait Zarathoustra, « De la nouvelle Idole ». 

2. « Le pouvoir corrompt inévitablement le libre usage de la raison » (Kant) 

Comme l’avaient déjà constaté Platon et Aristote, même les meilleurs régimes sont prompts à dégénérer. La monarchie dégénère en tyrannie, l’aristocratie en oligarchie, la république en… démocratie ! (entendez : démagogie, tyrannie des passions populaires, gouvernement des sophistes, populisme, voire fascisme). Cela tient au fait que même les hommes les meilleurs, les plus intègres, une fois au pouvoir, perdent le libre usage de leur raison (Kant). Ne serait-ce que parce qu’ils s’entourent de gens qui n’aspirent qu’au pouvoir et qui les flattent et les abusent. Comme le dit Machiavel : 

« Pour bien connaître la nature des peuples, il faut être Prince, et pour bien connaître celle des Princes, il faut être peuple » (Dédicace du Prince). Les Princes perdent le sens des réalités car la possession continue du pouvoir les enivre. 

Donc, comment résoudre ce problème ? Comment trouver des chefs qui soient justes et qui le restent une fois au pouvoir, étant donné que chaque personne « abusera toujours de sa liberté si elle n’a personne au-dessus d’elle, qui exerce un pouvoir d’après des lois » Sixième proposition d’Idée d’une histoire d’un point de vue cosmopolitique (Kant)

3. L’État « idéal » est pire que tout 

La pire des erreurs fut de croire qu’il fallait changer radicalement la nature de l’homme et confier l’administration de la société à une élite éclairée, telle que l’avant-garde du prolétariat, par exemple. 40 

« C’est parce que les hommes ont voulu faire de l’État un paradis qu’ils en ont fait un Enfer » a dit le poète allemand Hölderlin (Hyperion, 1799). 

Voir à ce sujet la critique du totalitarisme par G. Orwell et Huxley, et H. Arendt, voir aussi les textes de Nietzsche sur l’État-Providence (Aurore, § 172.) et Tocqueville (De la démocratie en Amérique, Livre II, Troisième partie, chapitre VI) 

Conclusion 

L’État est le pire des systèmes ? Il ne tient jamais ses promesses ? 

Il est vrai que l’État permet aux hommes qui s’en emparent de concentrer dans leurs mains tous les pouvoirs ou presque. Et le pire est à venir si une « gouvernance mondiale » donne aux autorités internationales une mainmise à la fois sur les richesses de la planète et sur les esprits ! 

Mais, compte tenu de la « nature » de l’homme (« l’homme est un animal qui a besoin d’un maître », Kant) l’État de droit est le moins mauvais des États. Ce sont quand même les institutions, et seulement les institutions, qui peuvent nous protéger du despotisme. Car la politique ne peut se fonder sur l’espoir de rendre les hommes meilleurs. 

Cf. Machiavel « Beaucoup se sont imaginés des républiques et des principautés que jamais on n’a véritablement ni vues ni connues, car il y a un tel écart entre la façon dont on vit et celle dont on devrait vivre, que celui qui délaisse ce qui se fait pour ce qui se devrait faire apprend plutôt à se perdre qu’à se sauver »  Machiavel, Le Prince, chapitre XV. 41 


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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 14:37

Le-mariage-une-institution-millenaire_article_popin.jpgLa contrainte est-elle toujours le contraire de la liberté ? 

Introduction 

Le sens commun définit volontiers la liberté comme étant l’absence de toute contrainte. Être libre, n’est-ce pas en effet le pouvoir, pour chacun, d’agir à sa guise ? La contrainte, du latin « constrigere » (« serrer »), est constituée par toute règle, limite ou obstacle qui entrave l’action. À ce stade, on considérera donc que la contrainte est l’exact opposé de la liberté. Mais on ne peut ignorer que, d’un autre côté, aucune liberté effective ne peut se concevoir indépendamment de toute contrainte. Ni l’enfant capricieux ni le tyran n’ignorent les contraintes. Le premier est l’esclave de ses désirs, le second est à la merci de sa garde rapprochée, voire de son opinion publique. De quelque manière que l’on conçoive la liberté, celle-ci ne peut ignorer ni les nécessités naturelles ni la présence irréfutable des autres. La question ne peut être par conséquent que celle-ci : quelles sont, parmi les contraintes, celles qui s’opposent à la liberté ? À partir de quand, et suivant quels critères, doit-on considérer qu’une contrainte entrave ou exclut la liberté ? Et comment définir la liberté, pour finir, si l’on cesse de la tenir pour une pure et simple absence de contraintes ? 62 

I. Les contraintes subies restreignent ou excluent la liberté 

Les contraintes auxquelles nous consentons, soit parce que nous les croyons nécessaires, soit parce que nous en attendons un bénéfice, ne sont pas contraires à la liberté. Mais il faut ici distinguer les contraintes externes (que la société nous impose) et les contraintes internes (celles que nous nous imposons à nous-mêmes). 

1. Les contraintes que nous nous imposons à nous-mêmes ne sont pas le contraire de la liberté. 

Bien au contraire. Le fait de prendre des engagements, de pouvoir tenir des promesses, autant de caractéristiques de l’être humain qui, loin de diminuer sa liberté, lui donnent une dimension plus profonde. Je suis libre lorsque je respecte la parole donnée, je suis libre lorsque je signe un contrat, je suis libre lorsque je me marie ou lorsque je procrée, sans ignorer les chaînes auxquelles je me soumets ainsi volontairement. On admettra donc que lorsque je choisis de me lier par un serment, un mariage, un contrat etc.. j’agis librement en me pliant à des règles que nul ne m’impose (de l’extérieur). C’est ainsi que Descartes définit la « liberté éclairée ». Je décide de faire ce qui est bien pour moi, et j’en accepte la part de contraintes. C’est le cas d’une personne qui s’engage dans de longues études, conformément à ce qu’elle pense être sa vocation 

2. La société nous impose toutes sortes de règles et de dispositifs contraignants. 

Les institutions et les lois nous obligent à vivre suivant des normes que nous n’avons pas choisies et qui nous apparaissent à bien des égards comme des entraves et des limites, voire des formes oppressives. Freud dit à ce propos que « tout homme est virtuellement un ennemi de la civilisation » (Avenir d’une illusion, chapitre I) car chacun ressent les restrictions de la vie sexuelle et l’obligation de travailler comme une oppression et une mutilation de sa nature. C’est aussi le sentiment exprimé dans la Genèse, dans l’Ancien Testament. À la suite de la chute, Adam et Ève doivent se vêtir, Adam doit travailler et subvenir aux besoins de sa famille etc.. Pourtant la société républicaine, telle que Rousseau l’a conçue dans Du contrat social, est fondée sur l’idée que tous les citoyens ont signé un contrat par lequel ils s’engagent à se soumettre volontairement aux contraintes qu’ils jugent d’intérêt général. C’est ainsi que les parents imposent à leurs enfants de se soumettre aux contraintes inhérentes à l’éducation en supposant qu’ils en admettraient le bien-fondé s’ils étaient en mesure de le faire. 

3. Toutes les activités productrices et créatrices des hommes impliquent des contraintes auxquelles ils souscrivent - dans le meilleur des cas - librement. 

Tout travail implique une discipline, un apprentissage, et de plus ou moins lourdes et pénibles contraintes : horaires stricts, soumission à la volonté de l’employeur, aux exigences de l’entreprise, à la loi du profit… Hegel a établi, à ce propos, que les hommes ne travaillent, au départ, que parce qu’ils y sont forcés. C’est ce qu’il appelle « la dialectique que maître et de l’esclave ». Cependant, ce sont les « esclaves » (les travailleurs) qui deviendront, au bout du compte, les « maîtres de l’Histoire ». C’est par le travail que les hommes accèdent à la civilisation, développent une culture, et donc réalisent leur liberté. De même, dans leurs activités créatrices, les hommes commencent par apprendre des règles auprès de leurs maîtres, puis dans un second temps, ils se donnent à eux-mêmes les règles et donc les contraintes inhérentes à toute production artistique. De même toute personne qui recherche la vérité, qui « pense », doit d’efforcer de suivre des règles, comme nous l’a enseigné par exemple Descartes (cf. « Règles pour la direction de l’esprit » de Descartes). 63

Conclusion de la première partie. 

Toutes les contraintes ne sont pas opposées à la liberté. On remarque que certaines contraintes externes (le fait de devoir voter en république par exemple) ne sont pas contraires à la liberté, tandis que des contraintes internes (la soumission à certaines opinions) peuvent annihiler la liberté. Il faut donc aller plus loin. Les philosophes nous aident à y voir plus clair. 

II Les contraintes s’opposent à la liberté lorsqu’elles sont arbitraires 

Ce qui est « arbitraire », c’est ce qui dépend du seul « libre arbitre » de quelqu’un. Le mot a une connotation négative : ce qui est « arbitraire », c’est ce que je tends à imposer car l’autre ne peut l’approuver. Le comble de l’arbitraire, c’est le bon vouloir du despote ou du maître qui impose ses caprices à ses esclaves. Sur ce modèle, on jugera « arbitraires » toutes les contraintes qui sont dépourvues de nécessité, tels que des rythmes de production ou des modalités du travail inhumaines, ou encore des impôts et taxes dénuées de justification économique. 

1. Les contraintes physiques : au niveau le plus élémentaire, tout ce qui limite les mouvements, les besoins et les aspirations du corps est une contrainte. 

Tout ce qui relève de l’hygiène et de la préservation de la santé constitue un ensemble de contraintes nécessaires, naturelles et donc non opposées à la liberté. En revanche tout ce que nous subissons « à notre corps défendant » telles que les maladies, les handicaps, la famine etc.…, et même ce qui provient de notre propre faiblesse comme ce qui relève de l’addiction (drogue, stupéfiants), constitue des contraintes contre-nature, qui nous font souffrir en vain, et qui restreignent indéniablement notre liberté d’action. Il existe toutefois de nombreuses contraintes que certains individus jugent « arbitraires » et qui sont pourtant « justes » du point de vue du sens commun. Ce sont celles qui sont liées aux tabous sexuels, par exemple, comme le tabou de l’inceste ou l’interdit d’une sexualité « libre » avec des partenaires mineurs. C’est la société qui décide ici de ce qui est permis et de ce qui est laissé à la discrétion de chacun (comme l’orientation sexuelle par exemple). 

2. La forme de contrainte qui est manifestement la plus arbitraire de toutes est celle qui dérive de toutes les formes d’esclavages. 

Rousseau a démontré que l’esclavage est contre nature, car aucun homme n’est né pour être esclave (Du contrat social, Livre I, chapitre IV). Il fait également observer que les hommes sont toujours esclaves de la volonté particulière d’un autre homme. Lorsqu’un individu impose ses désirs à un autre, même si celui-cidonne son consentement, on crée une situation d’aliénation qui tient au caractère arbitraire de la volonté du maître (par exemple dans le cas du mari despotique et de la femme soumise). En revanche, il n’est pas correct de dire que l’« homme est esclave de la loi, de l’éducation de la télévision ou de la société de consommation ». Car ces entités abstraites n’ont pas de volonté, elles ne peuvent donc me contraindre de suivre leurs désirs - quelles n’ont pas ! Derrière les puissances oppressives, il y a toujours des volontés particulières et arbitraires qui assouvissent leurs passions ou poursuivent leurs intérêts. 

3. Sur un plan moral, chacun se soumet à des contraintes, volontairement ou non. 

On peut considérer que tout ce qui contrarie ma nature profonde relève de la « contrainte arbitraire » et qui s’oppose à ma liberté. Mais comment savoir quelle est ma nature profonde, quelles sont donc les décisions et les orientations qui constituent une expression de la liberté (« liberté éclairée ») et quelles sont celles qui relèvent du caprice et donc de l’arbitraire, même si c’est moi-même qui me l’impose à moi-même ? Selon les anciens sages, je ne suis libre que lorsque je me détermine conformément à ma nature raisonnable, après réflexion (« Connais-toi toi-même », 64 

recommande Socrate) tandis que je suis contraint par mes propres désirs, lorsque je m’y livre sans aucune limite. Dans ce cas, je suis le tyran de moi-même, condamné à remplir sans espoir de trouver la satisfaction un tonneau définitivement percé (Gorgias, Platon). 

Conclusion de la seconde partie 

Un questionnement sur la liberté et sur ce qui s’y oppose engage finalement une réflexion sur la vraie nature de l’homme. 

III. Être libre, c’est choisir les contraintes auxquelles on décide de se soumettre volontairement 

Nous savons maintenant que la liberté n’exclut pas la contrainte. Il nous reste à examiner pourquoi certaines contraintes expriment notre nature et, loin d’être opposées à la liberté, en sont même indissociables. Quelles sont ces contraintes, et en quoi dérivent-elles de notre nature ? 

1. Être libre, c’est obéir à la nécessité de sa nature. C’est le philosophe Spinoza qui a formulé cette idée avec le plus de force 

« Pour ma part, je dis quecette chose est libre qui existe et agit par la seule nécessité de sa nature, et contrainte cette chose qui est déterminée par une autre à exister et à agir selon une modalité précise et déterminée. Dieu, par exemple, existe librement (quoique nécessairement) parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature. De même encore, Dieu connaît soi-même et toutes choses en toute liberté, parce qu’il découle de la seule nécessité de sa nature qu’il comprenne toutes choses. Vous voyez donc que je ne situe pas la liberté dans un libre décret, mais dans une libre nécessité ». 

Ainsi par exemple, lorsqu’un rossignol chante, il chante librement, il n’est pas contraint. Il obéit à la nécessité de sa nature. Mais quel est l’équivalent du chant du rossignol pour un homme ? Quand l’homme obéit-il à la nécessité de sa nature ? Le propre de l’homme est la pensée. L’homme est donc libre, et non contraint, lorsqu’il pense, en suivant les règles de la raison qu’il a lui-même élaborées, conformément à sa nature rationnelle et raisonnable. Il n’est pas libre en revanche quand il obéit à ses appétits ou à ses impulsions, qu’il n’a pas choisies, et dont il ignore les causes originelles. Ainsi la femme bavarde ne sait pas à quoi tient son désir irrépressible de s’exprimer hors de propos, pas plus que le nourrisson ne sait pourquoi il désire le sein ou le lait. 

2. Être libre, c’est décider d’obéir à la loi que je me donne à moi-même 

Seul l’homme est capable de choisir quelles sont les règles (morales) qu’il s’impose, par opposition aux animaux qui suivent nécessairement leur instinct, et qui ne sont donc libres que dans un sens limité, car ils ne choisissent pas leurs actions ni leur ligne de conduite (dans la sexualité, par exemple). Au contraire, les hommes ont la capacité de choisir leur façon de vivre et de penser, ils sont donc libres lorsqu’ils s’imposent une loi qui les contraint, mais selon une orientation morale (c’est ce que Kant nomme l’impératif catégorique). L’homme est donc libre lorsqu’il fait son devoir. Cette autonomie (je me donne à moi-même la loi que je vais suivre) est le fondement de la dignité de tous les hommes : 

« La loi morale n’exprime donc pas autre chose que l’autonomie de la raison pure pratique, c’est-à-dire de la liberté, et cette autonomie est elle-même la condition formelle de toutes les maximes, la seule par laquelle elles puissent s’accorder avec la loi pratique suprême » Kant, voir extrait ci-dessous. 65 

3. Nous sommes libres lorsque nous obéissons aux lois auxquelles nous avons consenti 

Cette idée est au fondement de nos institutions républicaines « Le peuple, soumis aux lois, en doit être l’auteur ». En principe, suivant la théorie exposée par Rousseau dans Du contrat social, le peuple est l’auteur des lois auxquelles il se soumet. Dans la réalité, le peuple, théoriquement souverain, doit avoir approuvé les lois fondamentales de son pays pour que celles-ci soient légitimes. Dans ce cas et dans ce cas seulement, le peuple est libre, ou encore autonome, lorsqu’il obéit aux lois. Et chaque citoyen est libre lorsqu’il se soumet aux contraintes des institutions républicaines. Il est même libre lorsqu’il subit une sanction s’il a transgressé la loi. Dans le texte cité en annexe, Rousseau rejoint Spinoza lorsqu’il affirme qu’à l’état de nature, l’homme est libre puisqu’il obéit à la loi naturelle. Il confirme également la thèse de Montesquieu, énoncée quelques décennies auparavant : la liberté et la loi (rationnelle, non arbitraire) sont indissociables en république (lire l’extrait de L’Esprit des lois, ci-dessous), comme elles le sont aussi d’un point de vue moral (Kant reprendra cette idée d’autonomie, empruntée à Rousseau). 

Conclusion de la troisième partie 

Non seulement la contrainte n’est pas le contraire de la liberté, mais encore la liberté ne peut être dissociée de certaines contraintes, pourvu que celles-ci ne soient pas arbitraires. 

Conclusion

Toutes les contraintes ne sont pas oppressives. Toutes les contraintes ne sont donc pas « contraignantes », dans le sens usuel de ce terme. Et la liberté, contrairement à ce qu’admet habituellement le sens commun, ce n’est pas le fait d’« agir sans contrainte ». La liberté, c’est le fait de pouvoir choisir - la loi et les contraintes - que l’on s’imposera à soi-même. La question qui se pose toutefois est encore et toujours de savoir quelles sont les contraintes que nous impose la société qui ne sont pas nécessaires, qui sont arbitraires, parce qu’elles ne sont pas justes. Or il est très difficile de s’entendre sur le caractère nécessaire et juste de certaines contraintes. Et tout ce qui nous contraint, avec ou sans nécessité, nous le tenons spontanément pour injuste ! 

TEXTES 

Texte 1 de Spinoza 

Nous nous croyons libres, c’est-à-dire maîtres de nous-mêmes, lorsque nous obéissons à nos propres désirs. Mais le fait d’épouser nos propres inclinations ne saurait être un gage de liberté : 

« Pour ma part, je dis que cette chose est libre qui existe et agit par la seule nécessité de sa nature, et contrainte cette chose qui est déterminée par une autre à exister et à agir selon une modalité précise et déterminée. Dieu, par exemple, existe librement (quoique nécessairement) parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature. De même encore, Dieu connaît soi-même et toutes choses en toute liberté, parce qu’il découle de la seule nécessité de sa nature qu’il comprenne toutes choses. Vous voyez donc que je ne situe pas la liberté dans un libre décret, mais dans une libre nécessité. 

Mais venons-en aux autres choses créées qui, toutes, sont déterminées à exister et à agir selon une manière précise et déterminée. Pour le comprendre clairement, prenons un exemple très simple. Une pierre reçoit d’une cause extérieure qui la pousse une certaine quantité de mouvement, par laquelle elle continuera nécessairement de se mouvoir après l’arrêt de l’impulsion externe […] 66 

Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, sache et pense qu’elle fait tout l’effort possible pour continuer de se mouvoir. Cette pierre, assurément, puisqu’elle n’est consciente que de son effort, et qu’elle n’est pas indifférente, croira être libre et nepersévérer dans son mouvement que par la seule raison qu’elle le désire. Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent d’avoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent. C’est ainsi qu’un enfant croit désirer librement le lait, et un jeune garçon irrité vouloir se venger s’il est irrité, mais fuir s’il est craintif. Un ivrogne croit dire par une décision libre ce qu’ensuite il aurait voulu taire. De même un dément, un bavard et de nombreux cas de ce genre croient agir par une libre décision de leur esprit, et non pas portés par une impulsion. Et comme ce préjugé est inné en tous les hommes, ils ne s’en libèrent pas facilement. L’expérience nous apprend assez qu’il n’est rien dont les hommes soient moins capables que de modérer leurs passions, et que, souvent, aux prises avec des passions contraires, ils voient le meilleur et font le pire : ils se croient libres cependant, et cela parce qu’ils n’ont pour un objet qu’une faible passion, à laquelle ils peuvent facilement s’opposer par le fréquent rappel du souvenir d’un autre objet ». 

Spinoza, Lettre 58 à G.H. Schuller (1674), OEuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, p. 1251-1252, 1954. 

Texte 2 de Montesquieu 

Montesquieu montre ici que la liberté n’est en aucun cas le pouvoir, pour chacun, de faire tout ce qu’il veut : 

Chapitre II Diverses significations données au mot de liberté 

« Il n’y a point de mot qui ait reçu plus de différentes significations, et qui ait frappé les esprits de tant de manières, que celui de liberté. Les uns l’ont pris pour la facilité de déposer celui à qui ils avaient donné un pouvoir tyrannique ; les autres, pour la faculté d’élire celui à qui ils devaient obéir ; d’autres, pour le droit d’être armés, et de pouvoir exercer la violence ; ceux-ci pour le privilège de n’être gouvernés que par un homme de leur nation, ou par leurs propres lois. Certain peuple a longtemps pris la liberté pour l’usage de porter une longue barbe. Ceux-ci ont attaché ce nom à une forme de gouvernement, et en ont exclu les autres. Ceux qui avaient goûté du gouvernement républicain l’ont mise dans ce gouvernement ; ceux qui avaient joui du gouvernement monarchique l’ont placée dans la monarchie. Enfin chacun a appelé liberté le gouvernement qui était conforme à ses coutumes ou à ses inclinations ; et comme dans une république on n’a pas toujours devant les yeux, et d’une manière si présente, les instruments des maux dont on se plaint ; et que même les lois paraissent y parler plus, et les exécuteurs de la loi y parler moins ; on la place ordinairement dans les républiques, et on l’a exclue des monarchies. Enfin, comme dans les démocraties le peuple paraît à peu près faire ce qu’il veut, on a mis la liberté dans ces sortes de gouvernements ; et on a confondu le pouvoir du peuple avec la liberté du peuple. 

Chapitre III Ce que c’est que la liberté 

Il est vrai que dans les démocraties le peuple paraît faire ce qu’il veut ; mais la liberté politique ne consiste point à faire ce que l’on veut. Dans un État, c’est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu’à vouloir faire ce que l’on doit vouloir, et à n’être pas contraint de faire ce que l’on ne doit pas vouloir. 

Il faut se mettre dans l’esprit ce que c’est que l’indépendance, et ce que c’est que la liberté. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ; et si un citoyen pouvait faire ce qu’elles défendent, il n’aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir. » 

Montesquieu, L’Esprit des Lois (1748) Livre XI, chapitres II et III, p 394-395Bibliothèque de la Pléiade 1970,(Ou tome I, p 291-292 en GF). 67 

Texte 3 de Rousseau : 

À l’état de nature, selon Rousseau, les hommes ne dépendaient de personne, n’avaient aucun compte à rendre à qui que ce soit ; ils ne pouvaient être réduits en esclavage. On aurait tort d’en conclure pour autant que la liberté peut se passer de règles. La liberté ne peut en aucun cas être confondue avec l’absence ces contraintes : 

« On a beau vouloir confondre l’indépendance et la liberté, ces deux choses sont si différentes que même elles s’excluent mutuellement… Quand chacun fait ce qu’il lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît à d’autres, et cela ne s’appelle pas un état libre. La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui ; elle consiste encore à ne pas soumettre la volonté d’autrui à la nôtre. Quiconque est maître ne peut être libre, et régner, c’est obéir […] 

Il n’y a donc point de liberté sans Lois, ni où quelqu’un est au-dessus des Lois : dans l’état même de nature, l’homme n’est libre qu’à la faveur de la loi naturelle qui commande à tous.

Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux Lois, mais il n’obéit qu’aux Lois, et c'est par la force des lois qu’il n’obéit pas aux hommes. Toutes les barrières qu’on donne dans les Républiques au pouvoir des Magistrats ne sont établies que pour garantir de leurs atteintes l’enceinte sacrée des Lois : ils en sont les Ministres, non les arbitres ; ils doivent les garder, non les enfreindre. Un peuple est libre, quelque forme qu’ait son Gouvernement, quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la Loi. En un mot, la liberté suit toujours le sort des Lois, elle règne ou périt avec elles ; je ne sache rien de plus certain. » 

Rousseau, Lettres écrites sur la montagne (1764) Huitième Lettre, in OEuvres complètes, vol III, Bibliothèque de la Pléiade. Gallimard 1964 

Texte 4 de Kant 

Se donner à soi-même la loi que l’on décide de suivre, telle est la définition de la liberté que Kant explicite ici, dans le droit fil de Rousseau. 

« L’autonomie de la volonté est le principe unique de toutes les lois morales et des devoirs qui y sont conformes […]. Le principe unique de la moralité consiste dans l’indépendance, à l’égard de toute matière de la loi (c’est-à-dire à l’égard d’un objet désiré) et en même temps aussi dans la détermination du libre choix par la simple forme législative universelle, dont une maxime doit être capable. Mais cette indépendance est la liberté au sens négatif, cette législation propre de la raison pure et, comme telle, pratique, est la liberté au sens positif. La loi morale n’exprime donc pas autre chose que l’autonomiede la raison pure pratique… » 

Kant, Critique de la raison pratique (1788), Traduction François Picavet, Première partie, Théorème IV,la-philosophie-comme-un-roman.jpg-copie-1.png p. 33, PUF, 1965. 

 

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 13:59

En relation avec l'actualité (faut-il avaoir des égards pour la nature, et si oui, pouquoi, voici une disseratation rédigée par moi

 

 Peut-on se donner comme règle morale de suivre la nature?

 

 

 Introduction 

Comment un être humain pourrait-il  « se donner pour règle », c’est-à-dire décider en toute connaissance de cause,  de « suivre » la nature, autrement dit ce qui,  précisément,  existe indépendamment de lui et ne relève donc pas de sa volonté?  Une telle orientation  ne  revient-elle pas à nous proposer pour idéal de vivre « selon la nature », c’est-à-dire comme des animaux? Ceux-ci suivent leurs instincts, spontanément,  et sans en avoir fait le choix. La question posée semblera toutefois  moins paradoxale si la « nature » est prise non pas dans le sens de « inclinations »(ma nature « sauvage ») mais au sens de l’univers dans son ensemble. Ce que les Anciens nommaient le « cosmos », en tant qu’ordre rationnel et auto régulé a pu,  et peut peut-être encore,  être pris comme modèle et référence pour établir des normes morales.

 

 I Une apparente contradiction

Le bon sens nous enseigne que l'homme pour vivre en société doit réfréner ses tendances naturelles.

 1) Pour vivre humainement, il ne doit suivre ni ses instincts - s’il en a -  ni ses pulsions, qui, sans contrôle, sont incompatibles avec la vie en communauté. 

2) L’homme doit maîtriser ses inclinations , les discipliner, les réfréner, les encadrer afin que la vie en société soit harmonieuse.

3) La prohibition de l 'inceste, c'est-à-dire la loi qui interdit la satisfaction de nos toutes premières pulsions, est la base de toute culture. Elle est le  propre de l’homme; la culture lui commande précisément de s'arracher à sa nature

Conclusion : Il paraît exclu de se donner comme règle morale de « suivre la nature », au sens de suivre nos simples inclinations. Cependant la « nature » de l'homme peut lui commander de respecter la Nature.

 

II La Nature  a pu constituer à bien des égards un modèle pour les sages

« La nature ne fait rien en vain ». Cette formule fameuse d’Aristote exprime bien la conviction des Anciens : dans la Nature tout est en ordre. 

1) Chaque chose a une place et une raison d’être, chaque élément de la nature répond à une fonction, elle-même ordonnée par l’agencement de la totalité. On dirait aujourd’hui que la nature (la « biosphère ») est un « écosystème » dont tous les éléments concourent à  l’équilibre et à la pérennité. 

 2) Il faut toujours « rapporter ses actes au but de la nature »  et  ne jamais « régler son choix sur autre chose » (Epicure,  Maximes et sentences, p 56). La Nature, contrairement aux hommes, ne rate pas ses buts. Dans la nature, tout est équilibré, rien n’arrive à contresens.  Les accidents  sont toujours compensés et neutralisés à l’instar des variations du climat qui, dans la nature, ne rompent jamais les équilibres écologiques  (tant que l’homme ne s’en ai pas mêlé!).

3) Le mal est le fait de la condition humaine :  la violence,  la frustration,  la déception sont les sources de nos principales souffrances. Tous ces maux naissent  d'un déséquilibre entre nos désirs et  l'ordre du monde. Le mal  n’est pas « naturel », il  résulte  des passions humaines qui elles-mêmes procèdent d’une imagination dévoyée.

 Conclusion: « On ne doit pas violenter la nature mais la persuader. Cela se fait en assouvissant les désirs nécessaires, également les désirs naturels, s’ils ne point  nuisibles. Il faut soumettre à rude épreuve ceux qui sont nuisibles » (Epicure, Maximes et sentences, p 54)

 

III La vraie « nature » de l’homme, c’est la raison.

 Suivre la nature, pour un homme, c’est rentrer en soi-même pour rétablir volontairement ce qui constitue notre véritable « nature » : tel est le secret de la sagesse et du bonheur.

 1) L’homme se rapproche de l’animal tout en s’en distinguant. L’animal est libre lorsqu’il n’est soumis qu’à son seul instinct. L’homme est libre lorsqu’il suit des prescriptions rationnelles, c’est-à-dire universalisables. La liberté de l’homme s’exprime dans l’obéissance à une loi dont la nécessité renvoie au modèle de la nature. « Sans la connaissance de la nature, on ne saura jouir de plaisirs sans mélange »,  Maximes et sentences, p. 57) « La justice est la même pour tous puisqu’elle est utile à la vie en commun » (Ibid, p 58). 

2) « Tout plaisir en tant que tel est un bien, même s’il ne faut pas rechercher tout plaisir »: il faut décider au cas par cas. « J’apprends que chez toi la chair est  exigeante, fais et choisis selon ton voeu, si du moins tu respectes les lois » ( Epicure, Maximes et sentences, p 59). 

3) « Le bonheur est le commencement et la fin de la vie heureuse » (Lettre à Ménécée, 11), et « Nous disons que le plaisir est le but de la vie » (Lettre à Ménécée, 12). Toutefois : « On ne peut vivre dans le plaisir si l’on n’est pas, indépendamment du plaisir, sensé, bon et juste» (Maximes et sentences, p.  52)

Conclusion: On peut se donner comme règle morale de suivre la nature. Mais avec mesure et discernement: tout n’est pas bon dans la nature, tous les plaisirs ne mènent pas au bonheur.

Conclusion

Même si la nature n’est pas bonne en elle-même, elle peut être prise pour modèle par les sages: il s’agit de s’inspirer du caractère universel et nécessaire de lois qui valent pour tous et qui assurent  l’harmonie  de l’univers pris comme un tout.

Quant à la nature de l’homme, elle n’est  (moralement) bonne  que si l’on décide que la vraie « nature »   de l’homme,  c’est d’être libre et heureux, ce qui dépend de sa volonté et de son choix: « Ainsi, sans la connaissance de la nature, on ne pourra jouir de plaisirs sans mélanges » (Maximes et sentences, p 57)

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 09:34
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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 18:03
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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:50
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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 19:18
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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 21:14
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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 11:29

Fiche mise en ligne par un collègue (merci!) et qui peut servir aussi pour la préparation de IEP

 

https://docs.google.com/file/d/0B3k3hVGkk6S1cnU4b0dwX2NYb0U/edit

 

 

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